Idée vertueuse

Lors de la conférence qui a sanctionné la fin du grand débat national, Emmanuel Macron a évoqué la stratégie que les pouvoirs publics entendaient mener pour financer les baisses d’impôts promises : faire travailler plus les Français. Avec en corollaire l’idée que ces derniers n’en font pas autant que leurs voisins en Europe, expliquant ainsi un « différentiel » en termes de « création de richesses et donc de revenus ». Compte tenu de la sensibilité politique de certaines pistes possibles, comme la remise en cause des 35 heures, ou d’engagements clairement pris et de fait impossibles à remettre en cause - modifier l’âge légal de la retraite fixé à 62 ans - il a été trouvé une solution intermédiaire : allonger la durée de cotisation en mettant en place « un système de décote qui incite à travailler (…) plus longtemps ».
 On ne rentrera pas dans le débat qui consiste à relever aujourd’hui les difficultés pour les plus de 55 ans à être embauchés, mais il faudra veiller à ce que la logique du raisonnement soit bien en phase avec… la logique du marché. En revanche, pour parvenir à leurs fins, les pouvoirs publics ont opté pour un mécanisme de bonus/malus portant sur une période assimilable à un eldorado pour nos compatriotes - à défaut de l’être sur le plan financier. En effet, si l’on en croit les résultats d’une enquête européenne menée par Invesco, dont les principaux enseignements figurent en page 12 de ce numéro, les Français s’affichent comme nettement plus attachés à la préparation de la retraite qu’à la réalisation de projets financiers, quels qu’ils soient. Mais, jamais à un paradoxe près, ils considèrent que l’investissement dans un plan d’épargne retraite n’est pas une stratégie prioritaire à leurs yeux. Seul un investisseur de l’Hexagone sur deux indique qu’il consacre du temps à la planification financière, contre une moyenne européenne plus proche des deux tiers. C’est dire… Certes, comme le souligne l’enquête, tout cela doit être considéré avec le poids de l’assurance vieet de l’immobilier dans nos patrimoines. Reste que l’on voit aisément ce que la mise en place de ce bonus /malus pourrait avoir de vertueux, en conduisant le plus tôt possible nos compatriotes à s’instruire économiquement et à s’intéresser à des offres financières pour faire progresser leurs avoirs financiers. Gérants d’actifs et assureurs y trouveraient également leur compte en participant au développement de l’épargne salariale, ou à la présence d’unités de compte au sein des contrats d’assurance vie. Autant de leviers qui, s’ils sont bien actionnés, bien compris aussi, seraient également en mesure d’allonger l’horizon d’investissement moyen établi en France par la même enquête à moins de sept ans. Et pas forcément parce que beaucoup auront choisi de prendre leur retraite au-delà de l’âge légal…