H2O AM est pris à revers par l’attaque de l’Ukraine

Réjane Reibaud
Le gérant, à l'achat sur les devises émergentes et à la vente sur les emprunts d'Etat européens, a vu certains de ses fonds perdre jusqu'à 15% en un jour.
(Pixabay)

Alors que les fonds de H2O AM, en partie scindés en 2020 pour des problèmes de liquidité, commençaient à retrouver un peu de couleur, l'invasion en Ukraine leur porte aujourd'hui un sérieux préjudice.

Les fonds Multistrategies, Multibonds, qui pèse 1,5 milliard d’euros, Multi Emerging Debt et Vivace en particulier ont encaissé un rude choc le 28 février. Ainsi H2O Multibonds et Multi Emerging Debt affichent une chute brutale de plus de 15 % entre les deux valeurs liquidatives du 25 février et du 28 février. H2O Multistrategies et Vivace reculent eux de plus de 13% en une séance.

Tous ces fonds sont soit mixtes, mêlant actions, obligations et devises, soit dits fixed income (obligations, monétaire et devises). Ils affectionnent parfois la vente à découvert (les positions short). Or, si ces fonds ont dégagé de bonnes performances en début d'année, c'est notamment parce que leurs gérants étaient relativement longs sur les dettes des pays émergents et à la vente sur celles des pays développés, d’après les reportings de la société . Le tout dans un contexte de prévision d’une hausse des taux par la Fed aux Etats-Unis et d’une politique monétaire qui devait être moins accommodante en Europe courant 2022.

Las… La soudaine attaque de l'Ukraine par la Russie, à laquelle peu d’acteurs de marché croyaient, a provoqué une baisse brutale des rendements des obligations souveraines des pays développés et particulièrement du Bund allemand. Dans le même temps, le rouble a perdu 30% de sa valeur. Même si le gérant peut très rapidement changer de tactique, et l'a d'ailleurs souvent fait par le passé, la chute de la valeur liquidative de ses fonds ne trompe pas : les stratégies de H2O ont été prises à revers. 

Le pire est à craindre

Cette évolution de la valeur liquidative au 28 février est d’autant plus inquiétante pour les détenteurs de parts de ces fonds que depuis, les marchés de taux ont encore été particulièrement chahutés. Le taux 10 ans allemand a par exemple perdu 22 points de base le 1er mars, soit la plus forte chute observée depuis 2016. Même si lors de la séance suivante une partie de cette baisse a été effacée, son taux reste de 10 points de base inférieur à celui observé fin février. Les investisseurs des fonds H2O sont habitués à des performances en montagnes russes, mais, si le gérant a conservé des positions courtes sur les emprunts d’Etat européens, le réveil risque d’être brutal.

Quant à la banque centrale de Russie, elle a annoncé le 1er mars un gel du paiement des dettes en devise locale détenues par les investisseurs étrangers uniquement. Autrement dit, elle va provoquer un défaut de paiement pour les investisseurs non résidents en rouble.

Rien ne dit si H2O, dont Natixis est toujours actionnaire mais cherche à se défaire, était exposé en rouble à la dette russe dans le dernier reporting présent sur le site relatif à janvier 2022. On y comprend cependant que H2O Multibonds (éligible à 24 contrats d’assurance-vie en France et géré par Bruno Crastes, le fondateur de H2O), était short sur les dettes des pays du G4 en janvier, ce qui a participé à la bonne performance du fonds (+7,94%) ce mois-là. Les positions courtes en obligations atteignaient plus de deux fois la valeur liquidative des fonds... Par ailleurs, il est indiqué que « la contribution positive globale des positions de change résulte essentiellement de la performance des devises émergentes », tout en soulignant « les forts gains observés sur le real brésilien ».