EOS Allocation va noter les sociétés de gestion sur leur process ESG

Réjane Reibaud
La note sera pondérée à 30% sur la société elle-même, à 50% sur le process et 20% sur les fonds.
(Pixabay)

Séparer le bon grain de l'ivraie dans la masse toujours croissante des sociétés de gestion qui se disent ISR (investissement socialement responsable). C'est un des objectifs d'EOS Allocation, une société qui s'est spécialisée dans l’allocation d’actifs et la sélection de fonds auprès des conseillers en gestion de patrimoine, des banquiers privés et des investisseurs institutionnels. A l'occasion d'une conférence dédiée à ses clients, son fondateur Pierre Bermond, a annoncé le lancement d'une notation des process ESG des sociétés de gestion. "Il s'agit de noter le process ESG, la sincérité de son approche et le respect des valeurs affichées par la société de gestion. On ne note pas la performance financière des fonds, ni la pertinence des choix de gestion, ni son approche plutôt qu’une autre comme le best in class, le best in universe ou l’impact", a expliqué Pierre Bermond.

L'objectif est de faire gagner du temps et de donner des outils aux conseillers en gestion sur leur sélection des meilleurs fonds ISR et de s'y retrouver dans la jungle des labels. Et pour cela, il estime important que les conseillers puissent juger de la sincérité des gestionnaires à travers une analyse indépendante. L'idée est d'identifier le côté obscur des sociétés de gestion. Il cite ainsi l'exemple d'une grande banque qui a nommé récemment un responsable de la communication comme responsable ESG. "C'est très révélateur de la vision de la banque sur l'ESG" a-t-il expliqué. De même, on peut douter de la sincérité d'une approche lorsque la société dit seulement que "tous les 5 millions d'euros, ils vont construire des ruches sur les toits".

EOS Allocation estime aussi qu'un fonds qui ne note en critères ESG qu'une partie de son portefeuille ne va pas au bout de la démarche " On pense qu’il faut que la totalité du portefeuille soit notée". De même, une société de gestion qui n'aurait aucune politique interne ESG qu'elle applique à elle-même, ne va pas au bout de ses convictions. "C'est un peu du faites ce que je dis mais pas ce que je fais". Et de citer encore, les sociétés de gestion qui ont une approche uniquement quantitative par rapport à une approche qualitative." Certaines sociétés comparent les notes ESG de leur portefeuille avec l’indice et disent j’ai une meilleure note, donc je fais de l'ESG. On ne pense pas que ce soit une approche sincère", a-t-il commenté.

Approches idéales

Selon lui, il existe des approches idéales qui mixent plusieurs critères, mais qui sont encore peu répandues. Telle serait le cas d'une société qui cumulerait par exemple une certaine harmonie de sa politique ESG externe avec ses propres valeurs de gouvernance (comme sur l'égalité hommes femmes, la politique de rémunération, ...), ou d'environnement (ses politiques de déplacements, le contrôle de ses émissions carbones, ). La société ESG "idéale" aurait aussi une équipe de gestion expérimentée, une approche fondée sur le positif plus que sur le négatif, noterait toutes les sociétés détenues en portefeuille, aurait des reporting de qualité et transparents, et enfin, reverserait une partie des frais de gestion ou de son résultat à une association ou une fondation. Elle aurait enfin, "une politique claire de vote en assemblées générale et une approche ESG étendue à toute sa gamme de fonds" a-t-il ajouté

L'outil mis en place par EOS Allocation ambitionne de donner une note globale sur 100 grâce notamment à des rencontres régulières avec les gérants. Cette note serait pondérée à 30% sur la société elle-même (l'expérience de son équipe, sa politique RSE, sa contribution, etc), à 50% sur le process (en analysant la relation des analystes ESG avec les gérants, son approche quantitative et qualitative, sa politique de vote en AG, etc) et à 20% sur les fonds (qualité du reporting, structure les frais, etc).

« Lorsqu’on fait de l’ISR, la finalité c’est de faire bouger les choses. C’est ce que nous voulons faire en orientant les sociétés de gestion vers les meilleures pratiques", a-t-il conclu. Contrairement à certaines agences de notation et afin d'éviter tout conflit d'intérêt, EOS Allocation ne sera pas rémunéré par les sociétés notées mais par ses clients CGP, banques privées et investisseurs institutionnels.