Entreprises : la vague de dégradations n’est pas finie

Xavier Diaz
Après un premier round massif d’abaissements de notations, une deuxième vague est probable alors que les mesures de crédit ne s’amélioreront que très lentement.
(Pixabay)

Une deuxième vague ne fait pas de doute : celle de nouvelles dégradations de notations pour les entreprises. Fitch Ratings en prévoit plusieurs centaines après la première, qui a déjà provoqué 401 rétrogradations et 260 placements sous surveillance négative. «Historiquement, 50% à 60% des entreprises sous surveillance négative subissent de nouvelles dégradations dans un horizon de douze mois», affirment ses analystes. Cette menace concerne plus de 80% des entreprises déjà dégradées entre mars et juin. Même constat pour Moody’s : concernant l’Europe, la suppression des mesures de confinement «va bénéficier aux entreprises mais ne compensera pas complètement les dégâts financiers et économiques causés par le coronavirus, juge Marina Albo, responsable EMEA corporate finance chez Moody’s. L’impact, même après les mesures de soutien, sera clairement négatif pour le crédit de nombreuses entreprises.» Au total, 46% des entreprises notées par Moody’s ont une perspective négative.

Scorable, une société allemande qui a développé un modèle d'intelligence artificielle pour prédire les dégradations de notation, anticipe aussi une poursuite du mouvement. «Le cycle massif de dégradations depuis mars est loin d'être terminé», affirme Oliver Kroll, son directeur produit. Sur plus de 1.000 sociétés couvertes, 50% ont une probabilité significative d'être dégradées dans les douze prochains mois. «Nous prévoyons une probabilité de dégradation d'au moins un cran, mais, en règle générale, plus la probabilité est élevée, plus le risque de dégradation de plusieurs crans est important», poursuit ce dernier, qui prévient qu'un tiers des sociétés notées BBB seront dégradées en high yield (HY). Peu de secteurs y échapperaient, selon Scorable.

Pour les analystes de S&P, qui a opéré plus de 1.900 actions sur ses ratings (dégradations, perspective négative ou sous surveillance négative) depuis mars, même si les effets de la pandémie disparaissent en 2021, la qualité de crédit des entreprises des secteurs les plus affectés mettra du temps à s’améliorer. Parfois pas avant 2023. Si l’activité reprend, ces entreprises ont massivement augmenté leur dette. S&P rappelle que depuis le début de l’année 1.600 milliards de dette ont été émises par les entreprises (+60% par rapport à l’an dernier). Certains secteurs sont plus touchés que d’autres, comme la distribution spécialisée, les compagnies aériennes ou l’hôtellerie mais S&P constate que la pandémie est intervenue alors que la qualité de crédit des entreprises dans des secteurs comme le transport, les médias ou l’automobile, faiblissait déjà. L’augmentation des notations HY en est le reflet.