En 20 ans, la présence des femmes à la tête des sociétés de gestion a stagné

Laurence Marchal
La France réunit 8 % des professionnelles concernées, sur un total de 22% de Françaises exerçant au sein du Vieux Continent.

 

Les femmes représentaient en 2020 seulement 14 % des professionnels de la gestion d’actifs et 20 % des cadres dirigeants des 50 premières sociétés mondiales du secteur, selon une nouvelle étude de Heidrick & Struggles intitulée « Harnessing the impact of female talent in asset management ». Il s’agit d’une proportion quasi égale à celle observée 20 ans plus tôt, signe que la situation n’a malheureusement pas évolué.

De plus, seulement 3 % d’entre elles occupent la fonction de directrice générale, ce qui représente « une proportion faible, même pour le secteur financier », observe le cabinet de conseil. Une autre étude de Heidrick & Struggles montre que 6 % des directeurs généraux dans les sociétés de services financiers sont des femmes. L’accession récente de Valérie Baudson à la tête d’Amundi fait donc figure d’exception.

Les postes où les femmes sont les plus représentées sont ceux au sein des conseils d’administration (33 %). Elles sont ensuite 8 % à être directrices des ressources humains, 6 % à être à la tête d’un département et encore 6 % à être directrice des opérations.

La France accueille 8 % des femmes dirigeantes

Autre enseignement de l’étude : 58 % des femmes cadres ont été recrutées en externe à l’âge moyen de 53 ans. Cela témoigne « des faibles (et tardives) perspectives d’évolutions proposées aux femmes en interne », selon Heidrick & Struggles.

 « Contrairement aux idées reçues, la faible progression de la féminisation des équipes dirigeantes des sociétés de gestion sur les dernières décennies (…) est avant tout liée à une sphère professionnelle historiquement masculine avec des écarts de salaires encore persistants qui conduisent les femmes à quitter le secteur avant d’avoir atteint les plus hautes fonctions », commente Muriel Moreau, managing partner du bureau de Paris d’Heidrick & Struggles et responsable de la pratique Financial Services pour la France.

La situation est contrastée en fonction des pays. En Europe, qui concentre 38 % des femmes dirigeantes, 19 % des femmes leaders sont basées au Royaume-Uni, et seulement 4 % d’entre elles travaillent en Allemagne et 2 % aux Pays-Bas. La France réunit, quant à elle, 8 % des professionnelles concernées, sur un total de 22% de Françaises exerçant au sein du Vieux Continent. Les Etats-Unis restent en tête dans ce domaine, accueillant 48 % des femmes dirigeantes et fournissant 92 % des dirigeantes.

Alors que la concurrence pour les femmes et les talents en général s'intensifie dans tous les secteurs, les auteurs de l’étude estiment que « les leaders de la gestion d'actifs doivent continuer à favoriser des environnements plus inclusifs où chacun peut contribuer et influencer les résultats ». La mise en place d'un système de soutien pour les femmes ne doit pas se limiter à se concentrer sur le recrutement et la conception des carrières. Par exemple, Heidrick & Struggles cite Fidelity International, qui a prolongé son congé parental pour les pères, leur offrant six mois de congé entièrement payé au Royaume-Uni. Aviva, Invesco et M&G ont des politiques similaires. Goldman Sachs offre aux nouveaux pères un congé de paternité payé de 20 semaines. « Ces mesures sont importantes, car elles vont dans le sens de la parité sur le lieu de travail et remettent en question les préjugés associés à la maternité, qui restent répandus dans tous les secteurs », soulignent les auteurs.