Embargo sur le pétrole russe : les tractations se tendent à Bruxelles

Par Clément Solal, à Bruxelles
Principale responsable du blocage, la Hongrie de Viktor Orbán entend obtenir de l’UE des compensations financières.

Ce devait être l’affaire de quelques jours. Présenté le 4 mai par la présidente de la Commission européenne, le sixième paquet de sanctions de l’Union européenne (UE) contre la Russie allait en tout état de cause être approuvé par les Vingt-Sept avant le 9 mai, pensait-on du côté de la présidence française du Conseil. Douze jours plus tard, toujours rien. Les négociations continuent d’achopper sur les modalités du futur embargo sur le pétrole russe, principale mesure du projet de la Commission.

Celui-ci prévoyait ainsi un arrêt des importations du pétrole brut et des produits raffinés d’ici à la fin de l’année pour tous les pays de l’UE, la Hongrie et la Slovaquie exceptées en raison de leur extrême dépendance aux livraisons par l’oléoduc russe Droujba. Enclavés, sans accès à la mer ni aux oléoducs européens, les deux Etats s’étaient vu octroyer un délai d’un an supplémentaire, jusqu’à fin 2023, que l’exécutif européen semble désormais prêt à étendre jusqu’à fin 2024. Des dérogations dont la République tchèque et la Bulgarie souhaitent également bénéficier. Mais qui restent insuffisantes aux yeux de Viktor Orbán. Proche du Kremlin, le Premier ministre hongrois, rarement gêné lorsqu’il s’agit de paralyser le processus de prise de décision de l’UE, réclame, pour lever son veto, des garanties quant au futur approvisionnement de son pays, ainsi que des compensations financières.

L’équation est des plus complexes pour la Commission européenne, qui se doit de convaincre Budapest mais ne peut pas se permettre de céder à son chantage. Le bras de fer s’inscrit dans un conflit plus large avec la Hongrie, privée des subsides du fonds de relance européen et sans doute bientôt d’une bonne partie des fonds structurels du budget communautaire, du fait de ses multiples atteintes aux principes de l’Etat de droit.
L’embargo mis de côté ?

Le blocage est tel qu’il serait envisagé de laisser de côté, un temps, le sujet du pétrole, afin d’adopter le reste du paquet de sanctions, exempt de controverse. Le projet de Bruxelles prévoit de cibler les avoirs de nouvelles personnalités proches du Kremlin et d’exclure trois banques russes supplémentaires du réseau de messagerie interbancaire Swift, dont Sberbank, de loin le plus gros établissement du pays.

«Ces autres sanctions sont prêtes depuis une dizaine de jours, ce qui est très frustrant car les oligarques et les banques ont tout le temps de s’y préparer», peste un diplomate européen. «En même temps, les adopter sans l’embargo signalerait un échec de notre côté. Il faudrait alors faire attention à la manière dont on communique. C’est tout ce qu’attend Moscou», indique une source diplomatique.