Portefeuilles types

Edmond de Rothschild AM

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D’une semaine sur l’autre, de grands intervenants de la Place révèlent leur politique d’investissement par classes d’actifs et zones géographiques
Un rendez-vous pendant six mois avec trois partenaires choisis par la rédaction de L’Agefi Actifs afin de décrypter leurs allocations

Les marchés mondiaux ont connu, ces dernières semaines, le retour de la volatilité, qu’ils avaient eu tendance à oublier. Le mouvement est venu des Etats-Unis. La raison de ce grand retour de la volatilité provient de la dynamique des marchés obligataires qui s’est mise en place depuis la mi-décembre. En effet, la reprise mondiale synchronisée conduit les grandes banques centrales à réviser leur politique monétaire ou bien invite les investisseurs à anticiper ces changements. Jusqu’ici, ce changement de perception n’avait un impact que sur les taux souverains. Toutefois, la publication des statistiques mensuelles sur le marché du travail américain de janvier a changé la donne : les salaires ont accéléré au-delà des attentes. Dans l’esprit des investisseurs, si des tensions inflationnistes devaient désormais se manifester aux Etats-Unis, la transition progressive vers une politique monétaire moins laxiste serait remise en cause, quitte à déstabiliser des marchés sous perfusion de par leurs programmes de quantitative easing. Notons que la volatilité des statistiques sur les salaires et les révisions fréquentes invitent à une grande prudence. Il n’est pas acquis non plus que ces hausses de salaires se traduisent par un regain d’inflation, soit parce qu’elles s’accompagneraient d’un regain de productivité, soit parce qu’elles pourraient être absorbées par les marges des entreprises. Nous estimons qu’une remontée significative de l’inflation américaine demeure peu probable.

La progression des marchés d’actions du début d’année a été rapide, trop rapide. Estimant que le marché était suracheté et entraînant une certaine fragilité, nous ­avions neutralisé notre exposition actions en début d’année, sans pour autant surpondérer les marchés obligataires. Bien nous en a pris, les marchés mondiaux ayant subi une correction en l’espace de quelques jours. En effet, l’accélération du mouvement s’est traduite par un effet brutalement négatif sur les marchés de taux américains – les taux dix ans américains prenant +50 points de base. Ce mouvement a également, dans une moindre ampleur, touché l’Europe (+30 points de base sur le dix ans allemand, affichant des niveaux deux fois plus élevés qu’il y a quelques mois seulement). Le marché commence à anticiper des remontées de taux en zone euro, par la BCE, de plus de 140 points de base au cours des prochaines années. Cela s’est traduit par une performance fortement négative sur les marchés de taux gouvernementaux, le dix ans américain enregistrant une performance de -3 % depuis le début d’année et le dix ans européen de -2 %. Ce mouvement ne s’est pas limité au souverain, avec, dans une moindre mesure, un effet contagion sur les spreads de crédit, dans un mouvement d’aversion pour le risque.

Si l’écartement des spreads de crédit a été modeste, nous avons tiré profit de ce mouvement de risk-off pour remonter nos expositions à la dette américaine, les taux américains (nominaux à 3 % et taux réels à 1 %) nous apparaissant afficher des niveaux proches de leur valeur d’équilibre compte tenu de l’environnement économique actuel ; il y a dorénavant de la place pour les voir baisser en cas de retour d’un mouvement d’aversion au risque.

L’environnement reste clairement favorable aux actifs risqués et les aléas récents des marchés ne sont pas de nature à le remettre en cause. A la suite de la correction, nous estimons que l’environnement est propice à revenir progressivement à l’achat sur les actifs risqués dans les portefeuilles. Aussi, nous avons remonté notre exposition aux marchés actions.

Nous continuons de favoriser les actions européennes et les actions japonaises (dynamiques de croissance bénéficiaire et d’amélioration des marges plus élevées que sur les autres blocs) et nous avons, dans le mouvement de baisse généralisée, réduit nos positions de valeur relative afin de réduire les divergences géographiques. Le mouvement de rebond anticipé devrait impacter l’ensemble des marchés d’actions avec peu de différenciation et nous souhaitons limiter l’exposition du portefeuille aux aléas des mouvements EUR/USD. Nous continuons de mettre en place une gestion active et réactive.

 

Points forts 

  • La correction récente s’est faite par les prix, apportant une respiration dans un contexte de valorisations tendues
  • Une bonne saison de publications de résultats, avec une amélioration des perspectives
  • Nous nous attendions à un retour de la volatilité au cours de laquelle il faudrait être tactique ; les conditions sont réunies

Points faibles

  • L’inflation devrait cristalliser l’attention des investisseurs obligataires et actions dans les mois à venir
  • L’accélération attendue de la croissance du crédit dans un contexte de hausse de taux
  • Possible retour de l’aléa risque politique, tant aux Etats-Unis qu’en Europe et dans les pays émergents