Marchés

Des perspectives positives pour les actions européennes

Depuis le début de l’année, l’indice Euro Stoxx 50 affiche une performance négative, mais les gérants notent une forte différenciation entre les places financières
Les valeurs technologiques et le secteur du luxe apparaissent en grande forme et affichent un fort contraste par rapport aux secteurs défensifs et aux titres décotés

Après une belle performance en 2017 avec une progression de 6,49 % annuelle pour l’indice Euro Stoxx 50, les actions européennes ne séduisent plus. Selon les statistiques de l’EFAMA, l’association européenne représentant les fonds d’investissement, la collecte nette dans les fonds actions domiciliés en Europe a chuté récemment, passant de 85 milliards d’euros au premier trimestre 2018 à quelques 10 milliards d’euros au second trimestre. En cause, selon l’association : les incertitudes au niveau politique et celles concernant l’évolution du commerce international. Il est vrai qu’après avoir fini l’année 2017 sur une note très positive, les risques s’amoncèlent sur les économies européennes. D’après les économistes, celles-ci auraient atteint leur point haut en termes de cycle l’an dernier avec une hausse du PIB pour la zone à 2,4 %. A contrario, pour 2018, les prévisions oscillent entre 2 et 2,2 %. 

Risques géopolitiques. Le nouveau gouvernement cherche en effet à s’émanciper des règles européennes en matière de politique budgétaire, ce qui a conduit à un écartement des taux sur la dette italienne vis-à-vis des signatures les plus sûres, notamment par rapport à l’Allemagne et a un impact négatif sur les places européennes. Enfin, la mise en œuvre de mesures protectionnistes par l’administration de Donald Trump affecte aussi les grandes capitalisations, car l’Europe est l’une des régions du monde les plus ouvertes sur l’extérieur. Ainsi depuis le début de l’année, l’Eurostoxx 50 a-t-il perdu (au 17 septembre) plus de 4,5 %. Mais en entrant dans le détail, on se rend compte que toutes les places financières européennes ne sont pas logées à la même enseigne. « Le CAC 40 affiche une progression légèrement positive depuis le début de l’année (chiffres arrêtés au 17 septembre), en revanche, le Dax (indice de la Bourse allemande) perd plus de 6 %, soit autant que la Place Madrilène et davantage que les indices italiens (-3 % environ) », détaille Gilles Guibout, responsable des actions européennes chez Axa Investment Managers (IM). Une évolution contrastée liée à la composition des indices et/ou aux spécialités des différentes économies européennes. « En France, le secteur du luxe à travers LVMH, Hermès et Kering est très présent dans les indices et explique en grande partie la bonne tenue du CAC 40. A contrario, l’Allemagne, dont l’économie repose principalement sur le dynamisme extérieur, est plus affectée que les autres économies européennes par le protectionnisme et par les tensions entre la Chine et les États-Unis. De leurs côtés, les valeurs italiennes, et plus particulièrement les banques, sont pénalisées par la situation politique locale et entraînent dans leur sillage les autres places financières périphériques de l’Europe », poursuit Gilles Guibout.
 
Performances contrastées. « Les valeurs technologiques se démarquent avec de fortes progressions et des cours de bourse proches des plus hauts historiques, de même, le secteur luxe reste très performant. Du fait des perspectives de croissance toujours soutenues, ces deux segments se détachent fortement des valeurs défensives comme les services aux collectivités locales et des valeurs cycliques comme la consommation ou la distribution », détaille Gilles Guibout. Et des différences en termes de parcours boursiers existent au sein même des secteurs. En ce qui concerne les valeurs pétrolières par exemple, le contraste est saisissant entre le Groupe Total qui a gagné + de 20 % depuis le début de l’année (performance arrêtée au 17 septembre) et Royal Dutch qui a pris 1  % sur la période.

Une grande sélectivité. Cette dispersion géographique, sectorielle voire intra-sectorielle pousse les gérants à être très sélectifs sur les valeurs européennes. Ils sont nombreux dans ce cadre à miser sur les valeurs technologiques. « Nous investissons sur certaines valeurs technologiques, notamment dans les domaines du logiciel car même si leurs niveaux de valorisation sont élevés, elles disposent sur une moyenne période d’un potentiel de croissance lié notamment à la révolution technologique en cours », indique Gilles Guibout. Certains en font même un thème majeur de leurs investissements. « Si les valeurs technologiques sont moins nombreuses en Europe qu’aux États-Unis, le continent possède tout de même des leaders sur certains segments comme la robotique, l’automatisation », relève Geoffroy Goenen, responsable de la gestion actions européennes chez Candriam. Dans des domaines plus traditionnels, le gérant parvient également à trouver des valeurs qui misent sur l’innovation. « Nous recherchons des entreprises qui sont positionnées sur des secteurs de niche dont elles apparaissent comme étant des leaders grâce à l’innovation. Cela peut être le cas par exemple dans les ingrédients alimentaires, la chimie ou encore les équipements de santé. Parmi les valeurs que nous apprécions dans ces secteurs, on peut notamment citer les danois Novozymes, les anglais Croda et les allemands Symrise (chimie) ou Essilor en France (santé) », souligne Geoffroy Goenen. Pour autant, compte tenu de la différenciation intra-sectorielle, il ne faudrait pas totalement oublier les valeurs délaissées par le marché, et ce d’autant plus que leurs valorisations sont attractives. « Un titre comme Danone s’échange à 12,5 fois la valeur d’entreprise par rapport au cash flow opérationnel (l’EV/EBITDA) contre 26 fois pour Dassault Systèmes. Il est vrai que les perspectives de croissance ne sont pas les mêmes, la hausse du chiffre d’affaires du premier se situant autour de 3 à 4 % par an, contre le double pour la seconde. Pour autant, les valeurs délaissées par le marché peuvent apporter une contribution positive et régulière à un portefeuille », avance Philippe Lesueur, gérant chez Cholet Dupont. Elles permettent aussi d’équilibrer un fonds. « Nous sélectionnons aussi des titres délaissés par le marché, mais qui opèrent un recentrage porteur à moyen terme. Des valeurs comme Publicis, Continental ou même Accor ont opéré une revue de leur organisation et font évoluer leurs modèles économiques », souligne Gilles Guibout. 
 Autres secteurs délaissés dans lesquels les opportunités sont possibles : les télécommunications ou encore les services aux collectivités locales. Toutes ces valeurs pourraient aussi bénéficier d’un rebond plus général des marchés actions de la zone lié à l’atténuation des risques. Un budget italien davantage en ligne avec les perspectives européennes ou encore un rebond de la croissance en fin d’année pourraient en effet entraîner un retour des capitaux étrangers, une hausse des cours et même pour certains une rotation sectorielle temporaire. « Sur longue période, nous considérons que les valeurs de croissance sont les plus porteuses car elles sont portées par les changements technologiques. Pour autant, dans certaines phases du cycle, les titres “valuespeuvent afficher des valorisations trop basses et bénéficier ainsi de phases de rattrapage à court terme, cela pourrait être le cas en fin d’année », avance Geoffroy Goenen. Un rebond d’autant plus attendu que les perspectives, d’un point de vue fondamental, restent bonnes pour l’ensemble de la cote. Le consensus s’attend en effet à une croissance des résultats par actions de 10 % en 2018, soit le même niveau qu’en 2017 et de 9,4 % en 2019. De quoi soutenir les cours dans les prochains mois si les risques s’amoindrissent.