Brexit

Des conséquences limitées à long terme

Le 23 juin, la décision des Britanniques de sortir de l’Union européenne a provoqué une chute des marchés de plus de 10 %
Malgré cette réaction, les gérants estiment que les conséquences de cet événement sont avant tout politiques

La tension est, certes, un peu retombée, quinze jours après la décision de la Grande-Bretagne de quitter l’Union européenne, mais force est de constater que les marchés ne s’attendaient pas à un tel séisme. Le 24 juin, lors de la publication des résultats du vote ayant eu lieu le jour précédent, les actions européennes ont chuté de plus de 8 %, pendant que la livre plongeait de plus de 7 % face au dollar et de 5 % face à l’euro. La séance suivante, après un week-end, alors que certains professionnels attendaient déjà un rebond des indices, le CAC 40 et l’EuroStoxx 50 abandonnaient encore près de 3 %.

L’économie britannique touchée.

Sur le plan macroéconomique, le Brexit a entraîné une vague de dégradation des perspectives économiques pour la Grande-Bretagne pour l’année 2017. Standard and Poor’s a ainsi abaissé la note de la Grande-Bretagne de deux crans, faisant passer le pays de AAA à AA, et Fitch a également dégradé d’un cran la notation du pays, de AA+ à AA.

Du côté des gestionnaires, Amundi, par exemple, a revu ses perspectives de croissance pour le pays de 2 % à 0,7 % pour l’année prochaine. Chez Axa, la révision à la baisse est encore plus marquée puisque David Page, économiste senior chez Axa Investment Managers, a indiqué avoir fait passer ses prévisions pour la Grande-Bretagne pour la même période à 0,4 % de croissance contre 1,9 % avant le vote du Brexit.

Plus qu’un choc commercial, c’est plutôt un choc d’incertitude que redoutent les économistes. Cette situation inédite provoque en effet dans le pays un gel des investissements des entreprises qui attendront une normalisation du climat économique. Elle pourrait aussi avoir des conséquences importantes sur la consommation car non seulement certains Britanniques pourraient reporter leur acte d’achat, mais le repli de la livre présente des effets inflationnistes qui pourraient provoquer rapidement un recul du pouvoir d’achat des ménages.

La zone euro préservée.

Si la récession guette la Grande-Bretagne dans les prochains trimestres, la zone euro, de son côté, devrait être épargnée d’un point de vue strictement économique. Certes, des pays très liés commercialement à la Grande-Bretagne, comme les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark, voire la France, seront touchés mais, à l’instar de Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements chez Vega IM, de nombreux observateurs estiment que « le Brexit [ne devrait pas] remettre en cause la dynamique économique actuelle plutôt favorable depuis le début de l’année en zone euro ». Ainsi, il faudra peut-être s’attendre à une croissance plus proche de 1,3 % ou 1,4 % pour la zone euro, en 2017 contre 1,6 % ou 1,7 % escompté jusqu’alors.

Incertitude politique.

Plus que jamais, les événements qu’a connus l’Europe ces dernières semaines ont démontré que les risques politiques avaient tout lieu d’être redoutés par les marchés. La décision des Britanniques de quitter l’Union européenne « n’est pas déterministe », explique Didier Borowski, responsable de la macroéconomie chez Amundi. Au contraire, cette décision fait entrer l’Europe dans une zone d’incertitude. Pour la Grande-Bretagne d’abord, où la démission de David Cameron illustre la crise que traverse aujourd’hui le parti conservateur au pouvoir. Mais dans de nombreux pays d’Europe également, où des politiques donnent de la voix pour, à leur tour, appeler les peuples à se prononcer pour ou contre le maintien dans la zone. A noter cependant que malgré les poussées populistes, « aucun des pays de la zone euro n’envisage de sortir de la monnaie unique », déclare Didier Borowski. D’ailleurs, les élections en Espagne qui se sont tenues le dimanche suivant le référendum britannique, bien que ne réglant pas la situation de blocage du pays (le parti de Mariano Rajoy a totalisé 137 députés contre les 176 requis pour avoir une majorité absolue), n’a pas vu de déferlante eurosceptique comme l’anticipaient certains observateurs.

Un long chemin vers normalisation.

Il est vrai que dans le cas d’un pays ayant adopté l’euro comme monnaie, une sortie de l’Union serait encore bien plus problématique que la décision britannique. D’ailleurs, Benjamin Melman, directeur allocation d’actifs et dettes souveraines chez Edmond de Rothschild Asset Management, estime qu’« à la différence de la question du Grexit qui avait agité les marchés entre 2011 et 2015, la décision britannique n’engendre aucun risque systémique du fait de la non-appartenance de ce pays à la monnaie unique ».

Il n’empêche, le chemin de la normalisation de l’économie européenne demeurera très long. Si l’article 50 du traité de l’Union européenne permet de démarrer un processus de sortie du Royaume-Uni d’une période de deux ans, de nombreux professionnels estiment que de nouveaux accords prendront bien plus de temps à être négociés. « La soixantaine d’accords commerciaux que la Grande-Bretagne va devoir signer pourraient mettre entre cinq et sept ans à se concrétiser », anticipe l’un d’eux.

Réaction normale.

Eu égard aux problèmes économiques et politiques que pose le vote britannique, la baisse des marchés observée les premiers jours qui ont suivi le Brexit était-elle normale ou marque-t-elle le début d’un krach boursier de plus grande ampleur ? A cette question, les gestionnaires semblent confiants. Certains d’entre eux font ainsi remarquer que la chute des indices de plus de 10 % en deux séances les ramène simplement au niveau où ils se situaient une semaine auparavant. Le Brexit n’a donc fait qu’effacer la hausse provoquée par des anticipations contraires au résultat du vote qui a eu lieu.

Sur le plan microéconomique, Paras Anand, responsable de la gestion actions européennes chez Fidelity International, se veut aussi rassurant et estime que ce type d’événement n’influe « qu’à la marge [sur] les perspectives de long terme des entreprises », et de déclarer « qu’à un niveau agrégé, paneuropéen, cela ne devrait pas se traduire de façon trop marquée sur les perspectives des entreprises ». Le gérant est donc de ceux – nombreux – qui voient en cette baisse une opportunité d’investissement plutôt que le marqueur d’un repli boursier plus important. Même s’il est généralement admis que le risque politique en Europe est aujourd’hui plus élevé qu’auparavant et doit être rémunéré.