Bilan 2015 du marché de l’art

Derrière les millions, de nombreuses œuvres accessibles

Malgré le ralentissement de la Place chinoise, les ventes aux enchères continuent de très bien se porter
Les records s’enchaînent, mais sur tous les segments, il existe des opportunités d’achat à prix raisonnable
DR, Wang Jianlin, un grand collectionneur chinois, a acquis « Le Bassin aux nymphéas, les rosiers » de Claude Monet pour 20,4 millions d’euros.

Au regard de l’état négatif de l’économie et de la finance mondiales, le marché du « Fine Art » affiche une maturité lui permettant de s’affirmer comme un véritable placement alternatif. Les recettes globales se hissent à 16 milliards de dollars en 2015. Elles chutent de 1,9 milliard par rapport à l’exercice précédent, une baisse importante à imputer au réajustement du marché chinois.

La Chine en retrait.

Et pour cause, les aléas économiques ont naturellement affecté un marché intérieur en plein réajustement. Le climat d’instabilité ayant égratigné l’optimisme chinois, les grands collectionneurs rechignent à proposer en salles de ventes leurs meilleures œuvres et certains reportent leurs achats sur des valeurs sûres occidentales afin de diversifier leurs collections autant que leurs portefeuilles.

Rappelons tout de même combien la croissance du marché chinois fut fulgurante, avec des recettes en hausse de 305 % en huit ans. Tandis que la Chine, Hong Kong et Taïwan voient leurs résultats passer de 6,6 milliards de dollars à 4,8 milliards, le marché se porte particulièrement bien en Occident où les recettes annuelles sont stables (11,2 milliards). In fine, le nombre d’œuvres vendues dans le monde connaît une progression de 3 % par rapport à l’année 2014 avec 865.700 adjudications. La boulimie d’achats s’intensifie.

New York et Londres.

Bien qu’une soixantaine de pays pratiquent des ventes aux enchères, le triumvirat Etats-Unis-Chine-Royaume-Uni constitue à lui seul 87,5 % du marché de l’art en termes de recettes. Les trois puissances génèrent en effet 14 milliards sur les 16 milliards de dollars du résultat global. Avec 38 % de parts de marché pour seulement 12 % des lots vendus, les Etats-Unis reprennent la première place mondiale, tandis que la Chine se classe en deuxième position après avoir vu ses parts de marché baisser de 30 %.

Le Royaume-Uni conserve sa troisième place, avec 2,9 milliards de résultat annuel. Ce chiffre a plus que doublé en dix ans grâce à la vitalité de Londres, deuxième place de marché mondiale, qui rivalise désormais avec New York.

4 % du marché global pour la France.

Quatrième au palmarès, La France génère péniblement 576 millions de dollars, soit 4 % du marché global, avec un produit de ventes en chute de 7 %. Pour situer le chiffre d’affaires annuel français, il correspond au produit d’une seule belle vente cataloguée à New York ou à Londres. Face au record français de l’année établi à 6,2 millions de dollars pour un rouleau suspendus chinois attribué à Quan Gu, le record mondial affiche 179,3 millions pour « Les Femmes d’Alger » de Picasso.

Des cotes flamboyantes.

Le succès du marché occidental repose en premier lieu sur la qualité de ses œuvres modernes (artistes nés entre 1860 et 1920), pour lesquelles la demande est mondiale. Leurs ventes ont généré 5,2 milliards en 2015, soit avec 47 % du chiffre d’affaires occidental, avec de nouveaux records oscillant entre 141 millions et 179 millions pour Picasso, Modigliani et Giacometti. L’année s’est achevée sur la vente de 622 œuvres modernes millionnaires, un record absolu dans l’histoire du marché.

La période suivante, l’art d’après-guerre, augmente ses recettes de 308 % en dix ans grâce aux cotes flamboyantes d’artistes comme Roy Lichtenstein, Cy Twombly, Andy Warhol ou Sigmar Polke, tandis que l’art contemporain gagne 1.200 % en 15 ans ! Il s’est vendu quatre fois plus d’œuvres contemporaines en 2015 qu’en 2005 en Occident, pour des recettes annuelles de 1,2 milliard de dollars. Tout l’art contemporain n’explose pas pour autant et la vitalité économique du segment repose, pour près de la moitié des recettes, sur la cote exceptionnelle de dix artistes, à savoir Jean-Michel Basquiat, Christopher Wool, Jeff Koons, Peter Doig, Martin Kippenberger, Rudolf Stingel, Richard Prince, Yoshitomo Nara, Damien Hirst et Zeng Fanzhi.

Le rôle des grands collectionneurs chinois.

Conscients de la mutation de leur marché intérieur, les collectionneurs chinois misent sur les grandes signatures occidentales après avoir fait flamber les prix de leurs compatriotes. Ils acquièrent de plus en plus d’œuvres internationales majeures, souvent pour établir la cohérence qualitative de leurs propres musées. Car c’est en Chine que la création de musées d’art privés est la plus dense au monde. Les acquisitions de chefs-d’œuvre en salles ne relèvent pas d’achats impulsifs, mais d’un raisonnement économique simple et implacable, chaque musée ayant besoin de « sa » Joconde pour s’affirmer.

Ce n’est pas un hasard si le collectionneur chinois Liu Yiqian vient de s’offrir l’un des plus beaux Modigliani connus, au prix record de 170,4 millions de dollars : il construit la notoriété de son futur musée, le Long Museum à Shanghai. D’autres grands collectionneurs chinois ont réalisé quelques-unes des meilleures acquisitions de l’année dernière : Wang Jianlin s’est vu adjuger « Bassin aux nymphéas, les rosiers » de Monet (20,4 millions), et « L’allée des Alyscamps » de Van Gogh est désormais propriété privée chinoise pour la somme de 66,3 millions.

Saisir les opportunités...

Les ventes de prestige, abondamment couvertes par les médias, se révèlent inaccessibles à la grande majorité des collectionneurs mais le marché très haut de gamme représente une goutte d’eau dans le marché de l’art. Il faut savoir que seules 160 œuvres ont passé le seuil des 10 millions de dollars en 2015, soit 0,04 % des lots vendus sur l’année.

Derrière les prix records et les signatures médiatiques, il existe un immense marché à découvrir. En dépit des idées reçues, les trois quart des photographies, dessins et lithographies sont acquis pour moins de 5.000 dollars, tandis que 75 % des peintures et des sculptures se vendent moins de 7.200 dollars. Au-delà des effets de mode, il paraît important de reconsidérer notamment le marché des maîtres anciens (artistes nés avant 1760), segment de marché le plus abordable en Occident avec 77 % des lots vendus pour moins de 5.000 dollars. Dans cette gamme de prix, toutes les catégories de création sont abordables, y compris la peinture.

… pour un prix abordable.

Le grenier d’œuvres d’art occidental reste la France, qui présente un terrain favorable pour les œuvres abordables avec 81 % de lots vendus pour moins de 5.000 dollars, tandis que le ratio tourne autour des 60 % sur les places de marché plus haut de gamme de Londres et New York. Aujourd’hui, la moitié des transactions sont conclues sous les 1.234 dollars en Occident. Or, ces pièces « bon marché » passent à travers un processus strict (certification des maisons de ventes, exposition publique avant enchères) et valent la peine d’être considérées.

Même de grandes signatures modernes sont accessibles en estampes, médium souvent négligé bien qu’idéal pour commencer une collection. Salvador Dali règne sur cette partie du marché, ainsi que Joan Miro, Victor Vasarely, Marc Chagall ou Bernard Buffet.