Marchés

De nouvelles tensions post électorales

Le résultat des élections européenne n’a pas provoqué de drame, mais la situation politique n’apparaît pas plus apaisée
Les indices, plutôt que de saluer un résultat sans réelle mauvaise surprise, s’inquiètent de la fragmentation résultant du scrutin
Adobe Stock

Attendus fébrilement, les résultats des différents scrutins en Europe ont provoqué un soulagement, du moins dans un premier temps. La vague populiste n’a pas déferlé avec autant de violence que redouté sur le Parlement européen. Avec un total de 23 % des députés, les partis de droite souverainiste et nationaliste (7,7 %) et l’extrême droite (15,3 %), restent encore très loin de la majorité, d’autant que les dissensions existant entre eux rendent difficile, voire impossible,  toute coalition issue de ces partis. Cependant, un danger peut en cacher un autre, ou comme ici, plusieurs.

Immobilisme. En premier lieu, le fait que pour la première fois depuis quarante ans les deux partis qui formaient une coalition jusque-là majoritaire (le PPE, Groupe du Parti Populaire Européen Démocrates-Chrétiens et le S&D, le groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates) ne le soient plus, a rajouté une variable à une équation déjà difficile à résoudre pour le Parlement. Aujourd’hui, le PPE et le S&D représentent, ensemble, 43 % des voix, contre 54,8 % en 2014. « L’élection européenne aboutit non pas à une vague populiste, mais à un morcèlement du Parlement qui va obliger à des coalitions nationales hétéroclites, voire provoquer des paralysies », pouvait-on lire dans une note de DNCA rédigée par Igor de Maack, juste après les résultats.

Dommages collatéraux. Ensuite, si le populisme n’a pas réellement gagné au niveau européen, le succès du parti de Matteo Salvini en Italie, qui a réuni 34 % des suffrages du pays, a de quoi donner des sueurs froides aux investisseurs, au premier rang desquels figurent les détenteurs d’obligations italiennes. Ces résultats ont en effet donné des ailes au leader de la droite italienne qui a annoncé un nouveau creusement des déficits, même si Bruxelles a lancé des mesures disciplinaires contre le pays pour n’avoir pas respecté les règles de l’Union économique et monétaire concernant l’endettement et le déficit budgétaire de ses membres.
 Les marchés de taux italiens ont immédiatement réagi, accusant immédiatement de fortes tensions. Le problème, c’est que ce mouvement sur les taux pourrait ne pas se borner à l’Italie. Une crise sur ce pays pourrait en effet se solder par une contagion sur les états cœurs de l’Europe. A noter d’ailleurs que, selon les données de la Banque des règlements internationaux (BRI), les banques détentrices des plus gros montants de dette italienne sont les établissements français, devant les espagnols et les allemands.

Autres sources d’instabilité. Par ailleurs, en Allemagne aussi, les mauvais résultats de la droite chrétienne conservatrice (CDU/CSU), qui n’ont récolté que 28,9 % des suffrages - son plus faible score à des élections nationales - et du parti social-démocrate (SPD), membre de la coalition au pouvoir Outre-Rhin, à 15,8 %, ont aussi créé des tensions. Dans une note précédant les élections, Apolline Menut, économiste eurozone chez AXA IM, estimait qu’un résultat aux élections du CDU/ CSU dans les 30 % (c’est-à-dire supérieurs à ceux effectivement obtenus) pourrait « accélérer le départ de Merkel et la fin de la Grande Coalition ». De quoi inquiéter encore les marchés. Generali IM a aussi réagi de son côté en soulignant qu’en Allemagne, « les mauvais résultats obtenus par les partis au pouvoir risquent d’intensifier les tensions au sein du gouvernement ».

Succession à venir. Ces incertitudes supplémentaires s’inscrivent en outre dans un contexte particulier, car Mario Draghi, emblématique président de la banque centrale européenne, devra laisser la main au mois d’octobre prochain. Pour beaucoup, c’est une intervention du président de la Banque centrale qui a sauvé l’euro, lorsqu’il a affirmé que la Banque centrale européenne ferait faire tout ce qui serait nécessaire (« whatever it takes ») pour cela. Il n’est pas certain que le nouveau président, lorsqu’il aura passé la querelle de succession qui s’annonce, trouve des formules aussi marquantes à l’avenir pour rassurer les marchés.