De grands investisseurs rappellent à l’ordre les entreprises sur l’écologie

Stéphanie Salti, à Londres
A l’occasion d’une campagne de CDP, une centaine d’investisseurs font pression sur un millier d’entreprises pour obtenir davantage de données environnementales.

Pandémie ou pas, la question environnementale reste cruciale aux yeux des investisseurs mondiaux. Par le biais de l’organisation internationale à but non lucratif CDP (anciennement Carbon Disclosure Project), 105 d’entre eux, dont Covéa Finance, le Fonds de réserve pour les retraites (FRR), Comgest et la Financière de l’Echiquier lancent aujourd’hui une campagne visant 1.051 sociétés mondiales de 49 pays différents pour leur demander de publier davantage de données dans le domaine environnemental. Au total, ces investisseurs gèrent plus de 10.000 milliards d’actifs. «Année après année, notre campagne attire de plus en plus d’investisseurs», explique à L'agefi Emily Kreps, directrice mondiale des marchés de capitaux au sein de CDP : «en 2019, 88 investisseurs avaient pris pour cible 707 entreprises. Cette année, ils sont plus d’une centaine, ce qui tend à démontrer l’étendue de la détermination des investisseurs en matière environnementale».

Les entreprises sollicitées représentent plus de 8.000 milliards de dollars de capitalisation boursière et plus de 4.800 mégatonnes d’équivalent en dioxyde de carbone par an, soit l’équivalent des émissions des Etats-Unis en 2017, précise CDP. 38 d’entre elles sont des fleurons hexagonaux. Parmi ces sociétés, on trouve Bonduelle, Carrefour, Dassault Systems, Accor Hotels, Eiffage, Essilor, Renault ou encore Michelin et Pernod Ricard.

Près d’un cinquième des sociétés ciblées (17%), toutes nationalités confondues, communiquent déjà sur un thème environnemental spécifique : le changement climatique, l’impact sur les forêts ou la gestion de l’eau. Ces sociétés font partie de cette campagne 2020 parce qu’elles n’ont pas encore divulgué des données sur l’un ou l’autre thème, alors qu’elles y ont été invitées par les investisseurs. Par exemple, le distributeur Carrefour, qui décroche la note la plus élevée (A) dans le classement CDP en matière de changement climatique, n’a pas soumis ses données en matière de gestion de l’eau. De son côté, Alstom a accédé à la demande des investisseurs en dévoilant ses efforts en matière de changement climatique, mais n’a pas communiqué sur ses actions en matière de sécurité de l’eau.

CDP espère que cette campagne incitera les entreprises ciblées à divulguer les informations demandées : «le scénario idéal consiste à ce que l’entreprise fasse amende honorable et publie dans la foulée les informations manquantes dans notre outil de reporting», explique Emily Kreps. «Elles peuvent aussi se rapprocher de l’investisseur et expliquer la raison pour laquelle elles ne sont pas prêtes cette année mais pourraient l’être dès l’an prochain», ajoute-t-elle. En 2020, plus de la moitié des entreprises (58%), dont Berkshire Hathaway et Nintendo, ont été sélectionnées pour publier des informations uniquement sur le changement climatique. Côté français, Plastic Omnium, ou encore Wendel, Albioma et Ubisoft figurent aussi dans cette catégorie.

Près d’un tiers (30%) des entreprises ont été invitées à dévoiler des informations sur deux thématiques. «2020 est une année complexe», poursuit la directrice mondiale des marchés de capitaux de CDP, car «à l’origine, elle devait être une année cruciale à la fois pour l'action climatique et pour l'économie. Or avec le report de la COP 21 à l’année prochaine, nous pensons qu'il est important pour les marchés financiers de continuer à faire pression sur l'économie réelle tout en digérant les conséquences actuelles et à venir de la pandémie de coronavirus».