Cryptomonnaies à portée de main

De nouveaux produits les rendent plus accessibles qu’avant au grand public.

CGP soyez prévenus : les cryptomonnaies sont là pour durer ! Méprisées, conspuées, honnies par l’ensemble de la Place financière traditionnelle pendant des années, elles semblent en passe de réussir leur pari de s’inscrire durablement dans le paysage. A coups de « livret » et de « plan d’épargne », des acteurs peu connus du grand public accélèrent la démocratisation de ces actifs nouvelle génération. Mais leur normalisation ne se fait pas sans susciter d’interrogations.

Le livret à rendement garanti de Coinhouse

Dernièrement, Coinhouse a beaucoup fait parler d’elle. La plateforme de trading de cryptomonnaies a surpris son petit monde en lançant le livret Crypto USDT à rendement garanti. Le taux, annoncé à 5 % au lancement du livret, sera revu tous les trimestres, à la hausse comme à la baisse. Sa particularité est d’être investi sur le tether (dont le sigle boursier est l’USDT), la principale stablecoin du marché, qui réplique la valeur du dollar. Le livret est accessible dès 50.000 USDT (environ 43.100 euros), aux particuliers comme aux entreprises. Voilà pour l’originalité. Derrière, on retrouve un mécanisme classique de prêt-emprunt similaire à celui de la finance traditionnelle. Coinhouse prête l’argent de ses clients à d’autres investisseurs en cryptomonnaies, via 16 plateformes intermédiaires.

Les investisseurs aguerris ne manqueront pas de remarquer que les 5 % promis font pâle figure face aux rendements espérés via l’achat en direct de cryptomonnaies. « Nous nous adressons aux épargnants qui veulent faire leurs premiers pas en cryptomonnaies avec le moins de risques possibles, défend Romain Saguy, directeur commercial et marketing de Coinhouse. Nous apprenons avec le marché : si nous sentons une appétence pour plus de rendement et une acceptation du risque plus importante, nous pourrons nous adapter ».

Certes. Mais le point qui interroge le plus n’est pas le rendement. Le choix du tether comme sous-jacent suscite des inquiétudes (voir ci-contre). En octobre dernier, Tether Ltd, la société émettrice de ce stablecoin, a écopé d’une amende de 41 millions de dollars par la Commodity futures trading commission (CFTC). Le régulateur américain lui reprochait d’avoir menti sur les réserves censées garantir un dollar américain pour chaque jeton USDT délivré, entre juin 2016 et février 2019. L’enquête du CFTC a montré que la société détenait sur cette période seulement 27,6 % de réserves en monnaies fiduciaires, le reste étant plutôt détenu en fonds divers. Tether s’est défendue, arguant que la réglementation ne l’obligeait pas à avoir l’équivalence en monnaie sonnante et trébuchante. La défense peut sembler audacieuse alors que les cryptomonnaies tentent encore de gagner le coeur des épargnants moyens. Mais pour Romain Saguy, cette sanction est à relativiser car elle apporte aussi des gages. « Jusqu’à présent, nous avions peu de visibilité sur les comptes de Tether, reconnaît-t-il. C’est chose faite désormais. De plus, l’amende est plutôt symbolique compte tenu de la capitalisation de l’USDT, ce qui relativise la gravité des faits reprochés ». A voir si son explication convainc les CGP, avec qui il dit vouloir travailler davantage. « Le livret est facile à expliquer et rentre dans les modèles qu’ils connaissent », estime-t-il. C’est vrai, mais ils ne sont pas les seuls sur ce créneau.

Le plan d’épargne bitcoin

Avant Coinhouse, il y avait déjà Stackinsat. La société propose depuis octobre 2020 un plan d’épargne bitcoin qui se veut encore plus accessible que le livret Crypto USDT. Les épargnants peuvent y souscrire dès 10 euros, en mettant en place des versements programmés. Stackinsat s’occupe de gérer leurs investissements, en leur achetant des satochis (des centimes de bitcoin) et de les leur délivrer. C’est ici la limite de l’accessibilité : à date, les clients sont encore responsables de la conservation de leurs bitcoins. Or, celle-ci nécessite une solution technique et sécurisée, comme le recours à un coffre-fort numérique pour héberger les jetons. Après un an d’existence, Stackinsat est en passe de lever ce frein et devrait proposer une fonctionnalité de conservation prochainement. Pour l’instant, son fondateur Jonathan Herscovici, entend consolider l’activité de l’entreprise, notamment en tendant la main aux CGP. Stackinsat leur propose essentiellement une affiliation forte en marque grise. Le conseiller peut ainsi développer une interface commerciale avec ses propres couleurs (tout en mentionnant le nom de Stackinsat), dans l’objectif de rassurer davantage le client et de faciliter la vente. A la clé : la moitié de la marge. L’affiliation représente aujourd’hui 30 % de l’activité de Stackinsat qui travaille avec une vingtaine de CGP. La fintech aurait séduit plus de 7.200 épargnants répartis entre la France, la Suisse, la Belgique et le Luxembourg. Ils placent en moyenne 100 euros par mois en achats récurrents et 600 euros par mois en versements ponctuels.

Et maintenant, Lydia !

Preuve que les cryptomonnaies aiguisent les appétits : la plateforme de paiement mobile Lydia devrait bientôt se lancer sur ce marché. La fintech a mis en ligne une liste d’attente pour un nouveau service de trading qui devrait être dévoilé dans les prochains jours. Selon nos informations, Lydia pourrait proposer l’achat et vente de bitcoins (près de 1.200 milliards de dollars de capitalisation), d’ethereum (plus de 547 milliards de dollars) et de cardano (près de 65 milliards). Pour l’instant, Lydia cultive le mystère. Tout juste a-t-elle évoqué un « accès à des investissements plus rentables que le Livret A » dans l’objectif de poursuivre leur mission de « rendre l’argent facile, pour tous, en dépoussiérant la banque ». Comme un air de déjà vu.

Pressés par leurs clients qui n’ont plus que le mot « bitcoin » à la bouche, les CGP semblent ne plus avoir le choix que de se mettre au diapason des cryptomonnaies. De potentiels nouveaux partenaires leur tendent la main, avec des produits nouveaux mais qui copient des systèmes de la finance traditionnelle.

« La finance décentralisée duplique les procédés de la finance centralisée »

Louis-Alexandre de Froissard, gérant et associé du cabinet Montaigne Conseil & Patrimoine

L’Agefi Actifs : Comment jugez-vous les nouveaux produits investis en cryptos ?

Ils participent à les vulgariser et c’est une très bonne chose ! Le Plan épargne bitcoin de Stackinsat est très simple d’utilisation. Plus un actif a de la volatilité et plus il faut rapprocher ses investissements. En revanche, je trouve cela dommage d’investir sur une seule cryptomonnaie. J’ai pour habitude de conseiller à mes clients d’investir dans plusieurs cryptomonnaies, notamment l’ether, pas que le bitcoin.

Vous êtes plus critique sur le Livret Crypto USDT…

Oui car le sous-jacent manque de transparence. La société Tether a été condamnée pour avoir publié des comptes faux. Aujourd’hui, le doute demeure toujours sur l’équivalence en dollars de l’USDT qu’elle garantit. De plus, ses comptes sont validés par un cabinet basé aux îles caïmans… Il serait dommage que la commercialisation de ce livret échoue à cause d’un problème de la société Tether. D’autres stablecoins offrent plus de garantie, comme l’USD Coin (contrôlé par le régulateur américain), voire le BUSD de Binance.Toutefois, il faut souligner que Coinhouse a le mérite d’aller chercher de la diversification : avec son système de prêts et emprunts, elle peut échanger du tether contre plusieurs cryptomonnaies.

Quels conseils donnez-vous aux CGP qui veulent se lancer sur les cryptos ?

Je leur en donnerais trois : s’informer, investir à titre personnel et s’informer encore ! Le fonctionnement des cryptomonnaies est complexe mais compréhensible. Il faut bien les appréhender pour saisir toutes les opportunités de la finance décentralisée. On sent une accélération dans la démocratisation des cryptomonnaies. Les livrets, les plans, les ETF… la finance décentralisée finit par dupliquer des procédés de la finance centralisée.