Crise des émergents : un vrai danger pour les pays développés

En cas d'aggravation de la crise des pays émergents, leur poids croissant dans l'économie mondiale aurait d'importantes conséquences sur les pays développés
Le déficit commercial japonais a atteint un niveau record en janvier 2014
Bloomberg

Selon une étude de Morgan Stanley, une aggravation de la situation économique des pays émergents aurait d’importantes conséquences sur les économies développées. Contrairement à la crise asiatique de 1997, les auteurs soulignent en effet que les pays développés se montreraient beaucoup moins résilients à un choc économique et financier venu du monde émergent, dont le poids dans le PIB mondial s’est considérablement accru.

Depuis  1997, la part des pays émergents dans la production mondiale de richesse est en effet passée de 20% à 38%. Les marchés développés sont aussi beaucoup plus exposés aux pays émergents qu’il y a 15 ans, que ce soit via les exportations, les revenus des entreprises, le système bancaire ou les portefeuilles d’investissements. « La croissance [des pays développés] est [en outre] plus faible, les craintes de déflation demeurent et la demande intérieure est un moteur moins important pour la croissance, ce qui rend l’activité des pays développés et les marchés plus vulnérables à un choc déflationniste via la demande externe », ajoutent les auteurs de l’étude.

Un impact de 1,4 % sur l'économie américaine. L’étude prend pour hypothèses un déclin de 15% des importations des pays émergents pendant deux trimestres consécutifs, combiné à une détérioration des conditions financières similaire à celle de la crise de 1997 et une baisse des prix des matières premières. Selon les projections de Morgan Stanley, l’économie américaine verrait sa croissance ralentir de 1,4 point de pourcentage sur les quatre premiers trimestres suivant le choc. Les Etats-Unis opéreraient ensuite un rebond grâce à la baisse des matières premières et à la politique accommodante de la Réserve fédérale.

La zone euro et le Japon en récession. Sur le Vieux continent, la zone euro retomberait en récession (PIB en baisse de 1,2 % au deuxième trimestre 2014, puis -0,2 % au troisième trimestre), mais profiterait néanmoins d’un euro moins fort ainsi que de la baisse des taux d’intérêts à long terme et des prix des matières premières. « Le choc externe combiné à une demande intérieure plus faible pourrait relancer les craintes de déflation », notent les auteurs. L’économie japonaise connaîtrait elle aussi une récession qui inciterait probablement la Banque du Japon à assouplir sa politique monétaire. La baisse des prix énergétiques serait cependant plus favorable au Japon qu’aux autres économies développées, car les importations de pétrole ont fortement augmenté depuis l’accident de Fukushima.

Les Bourses européennes touchées. En ce qui concerne les marchés financiers, les Bourses européennes seraient plus sévèrement touchées que celles des Etats-Unis et du Japon. « Les sociétés européennes ont généré entre 65 % et 80 % de la croissance de leurs revenus à partir des marchés émergents ces dernières années », indiquent les auteurs. Au total, 33 % de leurs revenus proviennent des marchés émergents, alors que ce chiffre a fortement chuté aux Etats-Unis. Il s’établit à 12 % au Japon.

Sur les marchés obligataires, les titres d’Etat des pays développés profiteraient, en tant que valeurs refuge, de la dégradation de la conjoncture et des politiques monétaires accommodantes des banques centrales. Avec à la clef une baisse des taux. Les marchés du crédit américain et européen seraient moins exposés que les marchés d’actions au risque émergent, car une large part des émissions de dette a été réalisée par des sociétés générant la majeure partie de leurs revenus sur leur marché domestique. Les secteurs de l’énergie, des matériaux de base, de la chimie et de la construction automobile seraient les plus exposés à un écartement des primes de risque.

L'or, grand gagnant des turbulences. Dans le compartiment des matières premières, les métaux industriels continueraient à souffrir, comme ce fut le cas en 2013, tandis que le baril de Brent chuterait à 80 dollars, contre environ 107 dollars à l’heure actuelle. « L’or serait le grand gagnant, grâce aux flux recherchant des actifs sans risque », pronostiquent les équipes de Morgan Stanley.

Le baromètre de Morgan Stanley est disponible ici.