Convaincre...

On ne mettra pas sa main au feu que c’est la première annonce, mais elle va compter. A plusieurs titres. Swiss Life, puisque c’est de l’assureur helvète dont il est question, vient de communiquer les taux de rendement de ses contrats d’assurance vie. Avec un 1 % tout juste, il sera facile de s’en souvenir même si, pour d’autres raisons cette fois, de nombreux clients se souviendront surtout du taux de l’an dernier, plus attrayant, à ,50 %. Mais soyons juste. Ce 1 % va bien concerner une partie des assurés de l’établissement mais ne va pas s’appliquer pour autant à l’ensemble des détenteurs de contrats. Car une règle a été mise en place, qui fait varier le taux en fonction de la part d’unités de compte présente dans ledit contrat. Ainsi, pour un taux de 1 % avec moins de 30 % d’UC, la rémunération de l’année 2019 monte à 2,50 %, avec 60 % d’UC.

Comme il faut toujours préférer l’éducatif au répressif, on peut penser que l’impact d’un mécanisme poussant à accroître la part des unités de compte pour profiter de meilleures conditions de rémunération sur le fonds en euros, sera mieux perçu que celui consistant à fermer le fonds sans risque aux nouvelles souscriptions. Cette stratégie pourra aussi faire progresser plus rapidement la part des unités de compte dans les contrats. Ce qui ne sera pas de trop. Le mois dernier, elle avait atteint 34 %, créant une belle surprise pour leurs promoteurs. Las, la poussée a déjà fait long feu. Selon les derniers chiffres communiqués pour le mois d’octobre par la Fédération Française de l’Assurance, cette proportion est retombée à son niveau « historique ». Proche des 25 %. Naturellement, chez les assureurs-vie, beaucoup pourront se décourager de voir ce chiffre comme bloqué. Mais à condition de changer de référentiel, on pourra y voir un véritable acte d’investissement. Ce n’est pas si naturel, alors que l’environnement économique actuel avec ses taux bas ou négatifs conduit à ce que le placement fétiche des français ne soit autre désormais que… leur compte courant. En lot de consolation, ce n’est pas une particularité hexagonale puisqu’à l’échelle européenne, les ménages privilégient aussi les placements liquides et sans risque. Parmi lesquels la détention de monnaie et de dépôts à vue, s’affiche en hausse de 7,2 % sur un an glissant, à 7.900 milliards d’euros…

Pour les plus optimistes, ou disons les plus convaincus que la situation peut évoluer, il y aura eu récemment des signaux encourageants. On pense naturellement au succès de l’introduction en bourse d’une partie du capital de La Française des jeux. Le marketing et la nature d’une entreprise résolument populaire a incontestablement eu sa part dans l’engouement pour l’opération. Et puis, il faut bien pointer le nombre plutôt modeste – 500.000 personnes privées - ayant fait des demandes de souscription. Mais l’on retiendra que l’investisseur en bourse n’est donc pas forcément une espèce en voie de disparition. Et cela tombe bien. Hasard du calendrier ou pas, la communication du taux de Swiss Life qui donne peu ou prou le « top départ » à la longue liste des contrats commercialisés en France, intervient alors que ce numéro consacre son enquête au 20ème Grand Prix de la gestion d’actifs de L’Agefi. On y célèbre les meilleurs fonds et gérants de treize catégories différentes, pour leur capacité à générer de la surperformance – un alpha positif – par rapport au marché représenté par un indice de la catégorie à laquelle appartient le fonds. Dans un contexte tourmenté, c’est le moins que l’on puisse dire, les fonds gagnants de cette année affichent une moyenne d’alpha de 3,81 %. On notera qu’à la première place, figure la catégorie actions Amérique du Nord, dont la performance sur trois ans – qu’elle porte sur des fonds dits généralistes ou composés seulement de petites et moyennes capitalisations - est supérieure à…  30 %. Avec ces résultats, les convaincus des bienfaits de l’investissement en bourse pourront-ils devenir convaincants ?