Carmignac Patrimoine s'est fortement désensibilisé aux actions en mars

Réjane Reibaud
Le fonds phare du groupe est passé d'une exposition de 44% aux actions fin février à 11% environ au 20 mars. Les gérants réalisent beaucoup d'opérations tactiques. La société de gestion estime que les marchés ne voient pas le choc déflationniste "violent" en cours, et mise sur la Chine pour les actions.

En cette période de confinement, la société de gestion Carmignac s'exerce chaque semaine à garder le contact avec ses clients en réalisant une video conférence sur son site Internet sur ses décisions d'investissement. Ce 2 avril, Didier Saint-Georges, managing director et membre du comité stratégique d'investissement de Carmignac, est resté fidèle à son analyse de la crise selon laquelle il s'agit d'un choc déflationniste violent et de grande ampleur, que les marchés n'ont toujours pas pris en compte. "Les marchés ont toujours un espoir de reprise économique, ils espèrent aussi un financement solidaire des déficits budgétaires des membres de l'Union européenne, mais ils nous semblent trop optimistes", commente le gérant pour expliquer notamment la reprise de 20% des marchés en moyenne depuis les annonces de soutien massif des banques centrales et des gouvernements il y a quelques jours.

Carmignac avait alors augmenté légèrement son exposition aux actions pour des achats à bon compte durant la dernière semaine de mars. "Mais depuis, nous avons de nouveau mis en place des couvertures sur les actions, car la crise économique prend la trajectoire des Etats-Unis", explique-t-il. "Il s'agit de mouvements tactiques, qui bougent beaucoup, donc nous préférons ne pas donner le niveau de notre exposition actions à un temps T pour nos fonds".

Sur le site Internet du groupe, il est toutefois possible de voir que Carmignac Patrimoine, le fonds phare du groupe, avait plus de 44% en exposition aux actions fin février mais que celle-ci avait chuté à environ 11% au 20 mars.  Carmignac Patrimoine perdait un peu plus de 6,62% au 1er avril depuis le début de l'année. A fin février, son encours était d'un peu moins de 11 milliards d'euros. En 2013, à son apogée, il dépassait les 26 milliards.

Axelle Pinon, spécialiste produits actions, a indiqué que les actions européennes constituaient aujourd'hui 9% du fonds et les marchés émergents, 8%. Les actions américaines sont, elles, intégralement couvertes pour les raisons évoquées plus haut. De manière générale, le fonds a augmenté ses positions vendeuses sur les indices actions.

Augmentation de l'exposition à l'or

Sur l'Europe, Axelle Pinon pose la question de la soutenabilité de la dette de certains pays alors que les déficits budgétaires s'envolent et que les difficultés de soutiens coordonnées se sont fait jour. "A moyen terme, au fur et à mesure de la création monétaire pour financer les déficits, il y aura un risque de perte de confiance sur les monnaies. C'est pourquoi nous avons augmenté notre exposition à l'or", avait annoncé un peu plus tôt Didier Saint-Georges. Mais le fonds garde une exposition majoritaire en euro, sa devise de référence.

Concernant les Etats-Unis, l'impact économique n'en étant qu'à ses débuts, le fonds a récemment intégralement couvert ses positions en actions US.

Sur les marchés émergents, l'exposition est essentiellement en actions chinoises domestiques. "La Chine fait figure d'exception dans un paysage où il est encore trop tôt et difficile de savoir quel impact va avoir l'épidémie de Covid sur les pays émergents", explique Axelle Pinon. Le fonds se positionne surtout sur les valeurs chinoises qui bénéficient des politiques publiques de soutien à l'économie et les valeurs de nouveaux modes de consommation comme le e-commerce et les data-centers.

Christophe Younes, spécialiste produits fixed income, a enfin indiqué que le crédit constituerait un moteur de performance à venir, à condition d'être très sélectif, le risque de liquidité s'étant sensiblement atténué.