Bpifrance réinvente l’épargne patriote

La banque publique lance un fonds de capital investissement permettant d’investir dans 1.500 entreprises

Flécher l’épargne des Français vers l’économie réelle : le gouvernement le voulait, Bpifrance l’a fait. La banque publique d’investissement a annoncé le 30 septembre dernier le lancement du FCPR Bpifrance Entreprises 1 (BE 1). Il s’agit d’un fonds de fonds investissant dans des start-up et PME non cotées, majoritairement françaises (80 % de sociétés tricolores, 13 % européennes, 5 % nord-américaines et 3 % asiatiques). « Nous permettons aux Français de soutenir l’économie réelle en leur donnant accès à une classe d’actifs habituellement réservée aux investisseurs professionnels et institutionnels », avance Benjamin Paternot, directeur de l’activité fonds de fonds de l’organisme publique.

Le pari de la diversification

Les épargnants pourront investir dans un portefeuille de 1.500 entreprises réparties dans 145 fonds. « Nous voulions un produit de capital investissement plus diversifié que ceux existant actuellement sur le marché, avec un horizon d’investissement plus court », précise Benjamin Paternot. La durée de vie de BE 1 est en effet de 6 ans prorogeable d’un an, alors que la moyenne du marché est plutôt d’une dizaine d’années. Les fonds sélectionnés correspondent à ceux dans lesquels Bpifrance a investi pour comptes propres entre 2005 et 2016. Un fonds de fonds secondaire donc, qui lui permet de céder 5 % de ses part à cette occasion.

Les ambitions de collecte de BE 1 sont moindres : seulement 95 millions d’euros. C’est 123 IM qui a été choisi pour en assurer le référencement et gérer la souscription, tout réseau de distribution confondu (banques, assureurs et CGP). Une plateforme en ligne a également été créée. Le fonds sera disponible via plusieurs supports : assurance vie, PEA-PME, compte-titre et même PER.

Une stratégie risquée manquant de visibilité

A la demande de certains de ses partenaires, Bpifrance ne communique ni la liste des fonds, ni la totalité des lignes. Tout juste connait-on les principaux secteurs (voir graphique) et les quelques noms indiqués dans la documentation du produit. S’il est donc difficile d’évaluer la santé financière des actifs sous-jacents, la profondeur du portefeuille devrait permettre de lisser le risque de perte en capital. Il semble toutefois assez élevé compte tenu des stratégies de gestion des fonds : 54 % de capital développement, 40 % de capital innovation et 6 % de mezzanine et dette.

En misant autant sur le venture, Bpifrance peut asseoir sa communication sur le sens donné à l’épargne investie. Mais elle interroge sur l’adéquation entre BE 1 et l’objectif de démocratisation de l’investissement dans l’économie réelle. « Le format du fonds n’est pas le plus adapté au grand public. Il existe des fonds de private equity moins risqués, comme ceux qui investissent dans les infrastructures. Mais ils sont moins vendeurs car ils ne ciblent pas des start-up », relève Benjamin Spivac, ingénieur patrimonial et associé d’Amplegest. Pour lui, BE 1 devrait être proposé à une clientèle patrimoniale via un réseau de distribution plus ciblé, formé au private equity

S’il concède que la part de venture aurait pu être moindre, Bertrand Tourmente, associé gérant chez Althos Patrimoine, salue les avancées du placement. « Ce produit ouvre la voie du non coté aux particuliers. Il leur montre qu’en attendant 5 ans, ils peuvent gagner beaucoup plus qu’avec le livret A ou le fonds en euros ». Ce délai correspond à une spécificité des parts A1 (disponibles hors assurance vie et épargne retraite) : en acceptant l’immobilisation des rendements générés, les investisseurs bénéficient d’une exonération fiscale sur les distributions. Cet avantage n’est pas disponible via les parts A2, logeables dans un PEA-PME. A noter toutefois que compte tenu de la période de constitution des portefeuilles, certains fonds de BE 1 devraient commencer à générer de la plus-value prochainement, bien avant les cinq ans.  

Fiche technique du contrat

Numérotation SRRI :7sur 7

Minimum d’investissement : 5.000 €

Maximum d’investissement : 95.000 €

Horizon d’investissement : 6 ans + 1

Période de souscription : du 01/10/20 au 30/09/21

Frais d’entrée : max 1,04 % + Commission de 2 % (acquise au fonds à partir du 01/04/21)

Frais de gestion : 0,90 %