BPCE libère Natixis des contraintes du marché

Franck Joselin
L’objectif affiché du retrait de la cote de Natixis demeure la simplification et le développement du groupe.
Natixis

C’est la fin d’une époque. Le groupe BPCE a annoncé son intention de racheter les parts minoritaires (29,3%) de sa filiale cotée Natixis. Cette opération sera suivie d’un retrait obligatoire, si les actionnaires minoritaires ne détiennent pas plus de 10% du capital et des droits de vote de la société à l’issue de l’offre. Le montant total de l'opération s'élève à environ 3,7 milliards d'euros et ferait de BPCE le premier groupe bancaire non coté en Europe.  

Avec cette opération, BPCE veut regrouper les activités d’assurance et de paiements avec les métiers de la banque de détail du groupe. Une fois le retrait de cote effectué, il rachètera donc ces activités à Natixis. La banque veut aussi constituer un nouvel ensemble appelé «Global Financial Services», piloté par Nicolas Namias, l’actuel directeur général de Natixis. Ce pôle réunirait les métiers au service des grandes clientèles, soit la gestion d’actifs et de fortune (Natixis Investment Managers et Natixis Wealth Management) et la banque de grande clientèle (Natixis CIB).

Laurent Mignon, président du directoire du groupe BPCE, a insisté sur le fait que cette réintégration de Natixis ne constitue pas «une opération de synergies», mais a une vocation «de simplification et de développement». A titre d’exemple, il explique qu’avec une seule structure, «les relations avec le régulateur sont plus rapides et plus efficaces». Le dirigeant a d’ailleurs précisé, alors que Natixis est déjà engagé dans une cure d’économies, que ce regroupement n’aurait, en soi, pas de répercussions sociales.

Désaffection de la Bourse

Si cette opération a lieu maintenant, c’est notamment parce que «le groupe a toute la capacité financière pour faire cette opération, on pense que c'est le bon moment», a indiqué le dirigeant. C’est aussi parce qu’il estime qu’une cotation ne lui apporte plus rien aujourd’hui. «La Bourse ne permet plus aux banques de financer leur croissance dans de bonnes conditions», a expliqué Laurent Mignon, regrettant les décotes sur actif net auxquelles est confronté le secteur en Europe. Il constate ainsi que «par rapport à 2006, le monde bancaire n’est plus le même. La demande de fonds propre a profondément changé».

Le dirigeant se défend par ailleurs d’avoir voulu faire une bonne affaire, en proposant 4 euros alors que l’action Natixis avait été introduite à 19,55 euros en 2006 (lire ci-dessous). «Le prix que l’on propose n’est pas un prix de crise, a-t-il répété à plusieurs reprises. Le prix proposé correspond à l’actif net tangible. » Il a par ailleurs rappelé que cette offre valorise la banque 12,7 milliards d’euros et «est 36% supérieur à l’objectif de cours moyen des analystes qui suivent la valeur».

La cotation de la gestion d'actifs reste possible

Interrogé sur une éventuelle mise en Bourse ultérieure de sa gestion d'actifs, Laurent Mignon a répondu «pourquoi pas ?», par exemple si le besoin s'en faisait ressentir pour une opération de croissance. «Ce n'est pas du tout à l'ordre du jour, mais ce n'est pas quelque chose que j'exclus», a-t-il ajouté en soulignant que le sujet des décotes ne se posait qu'aux banques et pas aux gestionnaires d'actifs cotés en Bourse.

Le groupe devra toutefois rester attentif, lors de ses potentielles opérations de croissance externe. Certaines aventures peuvent mal se terminer, comme ce fut le cas pour H2O. Après les déboires qu’a connus sa boutique, Natixis a dû provisionner un total de 51 millions d’euros pour se séparer de sa participation (22 millions d’euros au troisième trimestre 2020 et 29 millions au quatrième), même si Nicolas Namias précise que cette séparation améliorera ses ratios de capitaux propres de 10 points de base.