BNP Paribas veut doubler ses investissements dans le non-coté

Amélie Laurin
La banque compte atteindre 4 milliards d'euros d'interventions en fonds propres auprès des PME et ETI françaises d'ici à 2024. La moitié proviendra de sa filiale BNP Paribas Développement
BNP

La crise de 2009 avait poussé les banques françaises à se désengager en partie du capital-investissement pour compte propre, pénalisé par la réglementation Bâle 3. Celle de 2020 pourrait au contraire les inciter à miser davantage sur une classe d’actifs aux rendements potentiels attractifs, en une période de taux d'intérêt durablement bas. Dans le sillage des nouvelles ambitions de Crédit Mutuel Equity (ex-CM CIC Investissement) présentées fin 2019, BNP Paribas a annoncé hier vouloir porter son engagement en fonds propres dans l’économie française de 2 à 4 milliards d’euros d’ici à 2024. Déjà présente au capital de plus de 1.000 entreprises, la banque cible des investissements en minoritaire dans des PME et PMI tricolores.

La présentation de ce programme était initialement prévue en mars. «C’était déjà notre ambition avant la crise et cela prend encore plus de sens aujourd’hui», a déclaré Alain Breffeil, directeur des entreprises au sein de la banque de détail en France de BNP Paribas, au cours d’une conférence de presse. «La crise a provoqué une hausse de l’endettement et va générer des pertes d’exploitation qui viendront entamer les fonds propres et la capacité d’investissement des entreprises», ajoute le responsable. La Banque de France a sonné l’alarme hier. «L'augmentation de l'endettement des entreprises est susceptible de dégrader la solvabilité de nombre d'entre elles, ce risque étant accentué dans le cas d'une reprise atone et d'une dégradation de leurs notes de crédit », constate l’institution dans son rapport semestriel sur les risques pesant sur le système financier français. «Une hausse marquée des défaillances d'entreprises pourrait à son tour induire une augmentation des créances douteuses au bilan des banques, freinant la dynamique du crédit, nécessaire à la reprise économique», précise également la Banque de France.

Recapitaliser les entreprises

Le nouvel engagement de BNP Paribas «vient compléter les mesures prises par le groupe pendant la crise sanitaire pour répondre aux enjeux de trésorerie des entreprises françaises : moratoires de crédits, prêts garantis par l’Etat (PGE), solutions d’affacturage simplifiées, etc.», souligne un communiqué de la banque. Trois mois après l’annonce du PGE, BNP Paribas en revendique «60.000 traités ou en cours» pour une demande de trésorerie de «plus de 17 milliards d’euros», avec un taux d’acceptation de 98%. Au total, les banques françaises ont accordé plus de 100 milliards d’euros de PGE, selon Bercy. Malgré un moratoire d’un an sur les premiers remboursements, «on sent bien le besoin rapide de recapitaliser les entreprises pour assurer la relance», pointe Alain Breffeil. Les acteurs publics et privés ont commencé à se mobiliser, comme l’illustrent les 2 milliards d’euros promis par les assureurs français, la Caisse des Dépôts et le Fonds de réserve des retraites pour financer les PME et les ETI en fonds propres et en dette.

Quatre entités du groupe

Chez BNP Paribas, les investissements passeront par des entités existantes, principalement par BNP Paribas Développement, la filiale de capital-développement du groupe, qui devra faire passer ses encours «de 1 à 2 milliards d’euros», selon Alain Breffeil. Au cours des 15 dernières années, l’entité a déjà doublé de taille tous les cinq ans environ, montre la courbe de ses montants investis. Elle mise entre 1 à 15 millions d’euros par entreprise, et 3 millions en moyenne.

Les autres filiales concernées sont BNP Paribas Principal Investments et dans une moindre mesure la compagnie d’assurance BNP Paribas Cardif et BNP Paribas Asset Management. Toutes devront aussi multiplier leurs interventions par deux. Comme «BNP Dév», BNP Paribas Principal Investments intervient uniquement en minoritaire, mais ses tickets sont plus élevés (10-15 millions d’euros en moyenne) et rarement en direct. La structure privilégie plutôt les fonds de fonds et le co-investissement. «Nous allons développer le direct», assure Alain Breffeil.

Les équipes «Dév» et Principal Investments totaliseraient une centaine de personnes. Elles s’appuient sur les centres d’affaires de la banque de détail qui disposent d’experts en fusions-acquisitions et financements structurés.