Arnaques au placement : des Français tout en contradictions

Conscients des risques, ils pensent pourtant toujours que les placements sans risque peuvent rapporter, d'après une étude de l'AMF.
(Adobestock)

Difficile d'échapper aux margoulins du placement. L'étude «arnaque à l'investissement», réalisé par la société d'études BVA pour l'AMF (1), met en lumière une population française dont presque les deux tiers ont été exposés à des sollicitations directes ou à des publicités pour des produits «alternatifs». Un tiers de cette même population est considéré comme «semi-active», ayant donné suite à la sollicitation initiale, 3% des sondés ont sauté le pas et 1% ont vu leur économies s'envoler dans la nature. 

Des citoyens avertis mais naïfs

Ces chiffres impliquent une bonne connaissance du problème : l'immense majorité de la population a entendu parler d'arnaques financières ou d'usurpations d'identité dans le domaine des placements. «97% des Français jugent important le risque d’arnaque au placement, 51% même le jugent même très important, indique Robert Ophèle, président de l’AMF, lors d'une conférence commune du Parquet de Paris, l'AMF, l'ACPR et la DGCCRF sur le sujet le 13 octobre. Pourtant les citoyens considèrent qu’il est possible d’avoir des placements sans risque qui rapportent plus que des placements sur livret dans un contexte de taux bas.» Bien que sensibilisés au risque d'arnaque, le manque d'éducation financière pousse les Français vers l'abîme, qui sont 64% à penser que des placements garantis rapportent plus que les livrets d'épargne. Face à un placement garanti avec un rendement nettement supérieur à celui du livret A, ils sont 80% à vouloir en savoir plus, et seulement la moitié à le faire auprès d'un conseiller. 

Ces considérations se traduisent par un niveau de satisfaction faible vis-à-vis des offres disponibles. Seuls 24% des répondants envisagent les opportunités offertes par les marchés actions, alors même qu'ils ne sont que 15% à se contenter du rendement des livrets d'épargne réglementée. La faute, en partie, au conseiller bancaire, que seuls 38% des Français jugent apte à proposer des solutions adaptées à leur situation. La variété des produits d'épargne et des placements financiers proposés par les banques n'est suffisante que pour 29% d'entre eux. La moitié des répondants pensent qu'il faut laisser tomber les placements traditionnels, 41% que des placements alternatifs dans des biens réels comme le vin ou les parkings rapportent plus que ces derniers et 19% que les crypto-monnaies sont des placements rentables. 

La population la plus renseignée est la plus exposée

La population définie comme exposée à ces placements alternatifs par l'AMF est majoritairement masculine et CSP+, souvent en couple. Le fait de se renseigner davantage que le reste de la population et d'être moins réfractaire au risque les met plus à la portée des escrocs. Pour autant, quand on passe à la catégorie des exposés dits «actifs» à celle des victimes, ce sont toujours des hommes, mais cette fois plutôt jeunes (18-34 ans), en couple et CSP-. Des alertes des banques au moment des versements ont beau intervenir dans la moitié des situation, elles n'empêchent pas la souscription.

(1) Etude réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 5.000 Français âgés de 18 ans et plus, du 22 septembre au 7 octobre 2021, complétée par des entretiens auprès de victimes et d'une éthnographie digitale des mécanismes mis en oeuvre dans les arnaques