Allocations 2017 : Des décisions moins évidentes qu’il n’y paraît

Les craintes déflationnistes se sont éteintes et les Etats-Unis normalisent leur politique monétaire
Les taux longs se sont infléchis à la hausse et une violente rotation sectorielle a eu lieu sur les actions
Bloomberg, Si certaines mesures du nouveau président laissent les professionnels dubitatifs, comment expliquer cet élan inattendu sur les actions et les records de performance des indices américains ?

Pendant plusieurs années, les discours des prévisionnistes n’ont varié qu’à la marge : approche du haut de cycle pour les Etats-Unis avec des marchés d’actions surévalués par rapport aux marchés européens, taux extrêmement bas des deux côtés de l’Atlantique avec des politiques accommodantes des banques centrales éloignant toute perspective de hausse.

Si, en 2017, certains points restent identiques, il ne fait aucun doute que, davantage encore que les années précédentes, le monde a changé. Décision des Britanniques de sortir de l’Union européenne (Brexit), élection de Donald Trump aux Etats-Unis, refus des Italiens de réformer leur constitution et désaveu du Premier ministre alors en place, les équilibres politiques ont évolué en quelques mois. Par ailleurs, la Réserve fédérale américaine a repris la voie d’une normalisation de sa politique monétaire, alors que la Banque centrale européenne continue sa politique d’assouplissement quantitatif (quantitative easing) qui durera encore plusieurs mois. Ces changements par rapport à l’année dernière, sans remettre en cause les grandes orientations d’investissement qui prévalaient, ont toutefois fait bouger certaines lignes des allocataires.

Effet Trump.

Les professionnels attendaient le pire en cas d’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis et finalement, c’est un véritable rally boursier qui a suivi l’annonce des résultats. Certes, la personnalité du nouveau président peut se révéler inquiétante – ses premières déclarations en termes de politique étrangère et ses réactions sur les réseaux sociaux ont pu déstabiliser les observateurs –, mais les marchés financiers semblent avoir davantage pris en compte les effets que pouvaient présenter les mesures du candidat sur la croissance. « D’un point de vue théorique, certaines mesures annoncées par le candidat Donald Trump, comme les baisses d’impôts pour les ménages et les entreprises ou les travaux d’infrastructures, pourraient avoir des répercussions positives la croissance américaine », explique Yves Longchamp, économiste chez Ethenea Independent Investors (Schweiz) AG.

Mais ce dernier de tempérer immédiatement en déclarant être « très circonspect sur la mise en pratique effective de ces mesures. Sans compter que d’autres points avancés comme la fermeture des frontières ou la remise en cause des accords commerciaux devraient avoir l’effet contraire ». Mêmes réserves du côté d’Axa IM où Maxime Alimi, le responsable de la stratégie d’investissement, explique par exemple que « certains secteurs ont particulièrement bien réagi aux annonces de Donald Trump, comme le secteur financier qui devrait bénéficier d’une forte dérégulation. Cependant, il ne faut pas négliger que les bénéfices à court terme d’une telle décision pourraient devenir des coûts à long terme si ce même secteur financier, du fait même de cette dérégulation,  devenait plus risqué ».

Prolongation de cycle.

Alors, si certaines mesures du nouveau président laissent les professionnels dubitatifs, comment expliquer cet élan inattendu sur les actions et les records de performance des indices américains ? C’est que depuis plusieurs mois, les Etats-Unis ont retrouvé une dynamique inflationniste. Les craintes d’une déflation et d’un ralentissement de la croissance pour 2017 ont été reportées dans le temps. « Le cycle américain est prolongé. Le ralentissement cyclique est maintenant plutôt à prévoir pour 2018 alors qu’il était attendu pour 2017 il y a encore quelques mois », explique Maxime Alimi.

L’élection américaine, en réduisant l’incertitude sur les marchés, a donc agi en catalyseur. Les investisseurs ont profité de cet événement pour prendre en compte le fait que beaucoup de signaux macroéconomiques américains étaient repassés au vert. La croissance pour le troisième trimestre a surpris à la hausse, avec un taux annualisé de 3,5 %. Par ailleurs, le taux de chômage est descendu au plus bas depuis 2007 à 4,6 % et même si la représentativité de ce taux est parfois remise en question, l’emploi américain se porte bien. D’ailleurs le niveau des salaires a tendance à accélérer. Enfin, les indicateurs avancés comme l’ISM manufacturier, des services ou les indicateurs de confiance des consommateurs se maintiennent à des niveaux laissant augurer une bonne tenue de l’activité.

Dans cet environnement, la Réserve fédérale américaine a repris la normalisation de sa politique monétaire avec une hausse des taux de 25 points de base en décembre. Mais cet événement a été totalement anticipé par les marchés si bien qu’avec un haut de cycle décalé dans le temps et l’anticipation de stimuli liés aux promesses du nouveau président, il n’est pas étonnant que certains allocataires s’orientent davantage sur les actions américaines.

Résilience de l’Europe.

Comme les Etats-Unis, l’Europe a elle aussi été, avec le Brexit au mois de juin dernier, confrontée à un résultat politique inattendu. Et comme aux Etats-Unis, cela n’a pas eu de répercussion sur les marchés. La croissance européenne, quoi que faible, est toujours attendue aux alentours de 1,5 % en 2016 et en 2017. Le taux de chômage de la zone euro diminue et est passé sous la barre des 10 % à 9,8 % au mois de d’octobre dernier. Alors même avec le Brexit – qui devrait avoir des répercussions avant tout sur la Grande-Bretagne, beaucoup moins sur la zone euro – et la décision du peuple italien au mois de novembre de désavouer leur Premier ministre en ne votant pas positivement au référendum sur la réforme constitutionnelle, de nombreux gérants restent positifs – sans être euphoriques – sur les actions européennes.

Mouvements rapides.

Selon certains professionnels, les actions sont donc encore – et toujours – attractives. Aux Etats-Unis car le risque est passé, selon certains, du côté des marchés obligataires et en Europe car, dans un contexte de croissance modérée, les bénéfices des entreprises sont attendus en hausse grâce à l’amélioration du cycle économique et la faiblesse de l’euro par rapport au dollar.

Il est cependant à craindre que beaucoup de ces éléments ne soient d’ores et déjà intégrés par les marchés. En témoigne la forte rotation sectorielle qui a eu lieu depuis l’élection de Donald Trump. « Les actions ‘value’ et cycliques ont fortement surperformé les actions croissance si bien qu’aujourd’hui, il n’y a plus de décote des premières par rapport aux secondes », constate Serge Pizem, responsable de la gestion multiclasses d’actifs chez Axa IM. Nordea estime, de son côté, que « la hausse des bénéfices des sociétés américaines observée au troisième trimestre 2016 devrait être temporaire. En effet, des facteurs permanents comme la faiblesse de la productivité pèsent à long terme sur les marges ». Même méfiance du côté des actions européennes. « L’Europe est au centre de l’attention avec de nombreuses échéances électorales dans les prochains mois. Plus de risques macroéconomiques, moins de soutien monétaire et le regain d’incertitudes politiques militent en faveur de prévisions de rendements plus faibles », explique le gestionnaire dans une note de décembre.

Risques.

Même si les gérants restent confiants, l’année 2017 ne s’annonce donc pas dénuée de risques. Les actions restent toutefois souvent privilégiées aux emprunts d’Etats souverains, la tendance baissière des taux s’étant aujourd’hui inversée – particulièrement aux Etats-Unis. Les allocataires demeurent présents sur les actions, privilégiant encore les cycliques et la value même si les écarts avec le style croissance s’est maintenant très atténué.

Mais, contrairement au début 2016, ils affichent généralement cette année moins de convictions fortes sur la classe d’actifs. Peu de conviction également sur les émergents où « la dynamique observée en 2016 a été arrêtée par l’élection de Donald Trump », constate Patrick Mange, stratégiste marchés émergents chez BNP Paribas IP, qui reste plutôt neutre sur la classe d’actifs « même si certaines vulnérabilités des pays émergents se sont réduites ».

Finalement, le premier trimestre risque de ne pas être de tout repos sur les marchés car si beaucoup de gérants se laissent porter par la hausse des actions de ces dernières semaines, ils sont unanimes pour dire que dans l’état actuel de l’économie mondiale, ce mouvement devrait être accompagné de périodes de grande volatilité. Et les cent premiers jours suivant la prise de fonction effective du nouveau président américain le 20 janvier seront décisifs.