Allocation d’actifs : Le temps des nouvelles offres

Après deux ans de consensus sur les actions européennes, les gestionnaires cherchent aujourd’hui à élargir leurs offres
Si les actions restent encore au centre de leurs préconisations, l’intérêt s’accroît pour des produits davantage tournés vers la performance absolue
Fotilia

Et maintenant ? Cela fait plus de deux ans que les allocataires d’actifs sont unanimes. Il faut, dans les portefeuilles, privilégier les actifs risqués. Et force est de constater que ces préconisations étaient les bonnes. Ainsi, en 2016 et 2017 une allocation sur les actions françaises performait de, respectivement, 4,86 % et 9,26 %. Même tendance, bien plus marquée encore, sur les actions américaines, avec une hausse du S&P 500 de 9,54 % et 19,42 % ces deux mêmes années. Dans le même temps, la performance des obligations gouvernementales européennes (de l’indice MTS 5-7 ans) est tout de même restée positive, à 2,02 % en 2016 et 0,84 % en 2017, mais le mouvement trentenaire de baisse des taux – et donc de performance mécanique de ces actifs – est clairement terminé. Aux Etats-Unis, la remontée des taux est déjà enclenchée et, en Europe, la Banque centrale a d’ores et déjà prévenu que sa politique accommodante tirait à sa fin. Certes, les Banques centrales continuent de veiller à ce que la remontée des taux se fasse sans trop de heurts, et peu d’acteurs économiques anticipent une erreur de politique monétaire. Mais il n’empêche, la nervosité regagne les marchés et le simple fait, par exemple, que le nouveau président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, évoque, lors de son premier discours, une éventuelle « surchauffe » de l’économie américaine a immédiatement provoqué un repli des indices.

Autre point de crispation, les annonces faites par le président des Etats-Unis, Donald Trump, sur de nouvelles taxes sur l’acier et l’aluminium et touchant tous les pays, ont entraîné une chute des marchés, ces derniers craignant une escalade des mesures douanières et, par là même, un ralentissement du commerce mondial.

Enfin, l’Europe n’est pas exempte de risques intrinsèques, avec, par exemple, le blocage politique italien après les résultats des élections de début mars, faisant la part belle aux eurosceptiques et rendant le pays difficilement gouvernable du fait de l’absence d’une majorité.

La situation sur les marchés d’actions est donc désormais beaucoup plus délicate qu’elle n’a pu l’être ces dernières années, car si le risque est rémunéré, il existe bel et bien, ce qui n’était pas le cas l’année dernière, par exemple, lorsque la volatilité plafonnait aux environs de 10, contre une moyenne de long terme plus proche de 15.

Rotation. Aujourd’hui, donc, le consensus des allocataires se fait moins net. Si nombre d’entre eux – la majorité – continuent de privilégier les actions, arguant que ces actifs sont ceux qui pourront le mieux profiter de la conjoncture de ces prochains mois, certains commencent, très progressivement, à s’intéresser à des produits compatibles avec ce retour du risque. De leur côté, les gérants n’ont pas attendu les investisseurs. Depuis plusieurs années maintenant, ils complètent leurs gammes existantes, développant même parfois de nouveaux produits. Faut-il s’attendre à une rotation violente de la collecte des fonds traditionnels vers d’autres offres ? A court terme, c’est très peu probable, mais certaines classes d’actifs ou certains types de gestion pourraient bien apparaître – ou réapparaître – dans les offres mises en avant par les promoteurs de fonds et donc dans les portefeuilles.

La gestion alternative : les long/short et les risk premia. Si la gestion alternative a pu avoir mauvaise presse par le passé, ces temps sont aujourd’hui révolus. Il est vrai que le dévelop­pement des fonds alternatifs Ucits, c’est-à-dire répondant aux mêmes exigences prudentielles que les fonds traditionnels, y est pour beaucoup, mais pas seulement. Dans les périodes de turbulence, les investisseurs sont à la recherche de classes d’actifs décorrélées des autres et capables d’apporter du rendement. Plusieurs sortes de produits répondent à ces critères.

Les fonds long/short action, par exemple, c’est-à-dire pouvant intervenir à l’achat comme à la vente sur des titres. Si ces produits sont connus depuis longtemps, ceux réellement neutres au marché, c’est-à-dire dont l’évolution n’est en rien liée à celle des indices, sont aujourd’hui mis en avant par ­certains gestionnaires.

Autre mouvement observé dans la gestion alter­native, l’apparition, ces dernières années, de fonds en mesure de capter les primes de risques alternatives (les fonds de risk premia). Comme leur nom l’indique, ces produits tentent de capter certaines primes de risques durables sur les marchés. Elles peuvent, par exemple, être la conséquence du caractère value de certains titres, de leur faible volatilité structurelle ou encore de leur taille. Et si ces techniques d’extraction de primes de risques s’appuient sur des modèles théoriques classiques bien connus, ce concept n’a véritablement connu son essor qu’à partir des années 2010, et bien plus récemment en France.

La gestion thématique. Certes la gestion thématique reste liée aux indices traditionnels : en cas de chute brutale des marchés, indifférenciée, les fonds d’actions thématiques baisseront quoi qu’il arrive. Cependant, en proposant des fonds exposés aux tendances de très long terme – il peut s’agir du vieillissement de la population, du développement de la technologie, de changement dans le style de vie ou l’alimentation –, les gérants espèrent que sur le moyen terme – et a fortiori sur le long terme – ces produits profiteront de l’avènement ou du développement des thèmes sur lesquels ils sont investis. Les offres peuvent être constituées de produits multi­thématiques, sur plusieurs tendances à la fois, ou de produits purs, sur une seule thématique. Différence notable avec la gestion sectorielle, en vogue il y a quelques années, les fonds thématiques sont présents, dans la très grande majorité des cas, sur plusieurs secteurs et non pas sur un seul en particulier.

La gestion systématique. Technique de gestion plus que classe d’actifs, la gestion systématique est aussi mise en avant aujourd’hui par certains gestionnaires. Cela fait longtemps que des fonds dont les décisions d’investissement sont liées à des algorithmes existent, mais leur retour sur le devant de la scène s’explique de plusieurs manières. Une raison pragmatique d’abord : une machine n’est pas sujette aux émotions qui peuvent gagner les gérants physiques lors de phases de stress de marché. Leur mise en avant peut aussi être un phénomène plus conjoncturel, avec le développement aujourd’hui auprès du grand public de nombreuses applications concrètes utilisant l’intelligence artificielle – et une sorte de ­fascination qui peut en découler parfois.

La gestion du risque. Un facteur est aujourd’hui particulièrement mis en avant dans la gestion des porte­feuilles. Il s’agit du risque. Et, ces dernières années, de nombreuses gestions ont développé des processus d’allo­cation en fonction des niveaux de risque des classes d’actifs. Si, commercialement, ces offres se développent, les récentes périodes de baisse ont cependant mis en avant que la gestion systématique du risque dans les produits de risk parity – c’est-à-dire accordant à chaque classe d’actifs un même niveau de risque – pouvait avoir des effets amplificateurs des tendances de baisse. En effet, lorsque sur les actions, par exemple, une hausse de la volatilité entraîne mécaniquement un allégement des positions d’un grand nombre d’acteurs, cela a mécaniquement pour conséquence d’amplifier le mouvement.

La diversification. Cet autre point est mis en avant ces dernières semaines et prôné par les allocataires. La diversification constitue une des bases de la construction de porte­feuilles et, souvent, un rempart contre les baisses subites de certaines classes d’actifs. Comment les gérants envisagent-ils cette diversification ? Souvent par le retour sur les émergents, par le biais d’actions, mais aussi de produits de taux, beaucoup moins connus, notamment des distributeurs. Cette zone géographique, sous-­pondérée dans les porte­feuilles depuis plusieurs années, a tendance à revenir dans les allocations, même si certains investisseurs se souviennent encore du mouvement violent de retrait des émergents lorsque les Etats-­Unis avaient, au printemps 2013, envisagé un tapering, c’est-à-dire une normalisation de leur politique monétaire.

Un autre moyen de diversifier les porte­feuilles est le recours aux ETF, produits qui suivent les indices et qui permettent de s’exposer à moindres frais à des pans entiers de la cote. Et si ces supports étaient principalement utilisés en France par des investisseurs institutionnels, leur apparition ces dernières années dans les contrats d’assurance vie – notamment ceux proposés par les robo-advisors – milite pour leur développement auprès d’un public de particuliers.

La gestion couverte et les convertibles. Dans un environnement où la performance des actions reste incertaine tout en présentant, sur le papier, encore un potentiel – comme c’est le cas aujourd’hui –, il n’est pas rare que les promoteurs de produits financiers mettent en avant certains fonds investissant sur ces marchés mais couvrant une partie de de leur exposition pour en diminuer les risques. Il peut s’agir de certains fonds long/short (voir plus haut), mais présentant structurellement un biais long au marché. Avec des stratégies de couverture, certains gérants peuvent par ailleurs, en abandonnant une partie de la hausse, offrir une protection contre une partie de la baisse des marchés. Toujours dans une logique de protection, des produits sur d’autres classes d’actifs peuvent également être activement commer­cialisés, comme les obligations convertibles, qui, avec leur composante obligataire et leur composante optionnelle, peuvent profiter d’une partie de la hausse des actions tout en protégeant l’inves­tisseur contre une partie de la baisse.

Les fonds patrimoniaux. Difficile, ensuite, d’aborder une période de doute sur les actions sans penser aux fonds flexibles patrimoniaux. C’est d’ailleurs souvent leur résistance pendant les périodes difficiles qui a fait le succès des plus connus d’entre eux. Il ne serait donc pas étonnant que les gérants mettent en avant leurs produits diversifiés dans les mois qui viennent. Cependant, cette catégorie de produits reste extrêmement hétérogène et les performances peuvent varier de plusieurs dizaines de pourcents entre le meilleur et le moins bon de leur catégorie. Outre le talent des gérants pour effectuer leur allocation, le positionnement résolument défensif ou dynamique de certains et des critères comme le niveau de diversification des fonds ont pu parfois faire la différence entre les meilleurs et les moins bons d’entre eux (lire tableaux). Un positionnement davantage européen ou davantage international, par exemple, a pu créer des écarts de performance significatifs. Par ailleurs, de nombreux fonds patrimoniaux ont pu, pendant de nombreuses années, bénéficier de la bonne performance de leur poche taux lorsque les marchés d’actions étaient en difficulté. Cela est moins vrai aujourd’hui et les gérants de ces fonds devront, pour performer, être réellement flexibles et diversifiés.

Le dividende, mis en avant ces dernières années du fait de la faiblesse des taux d’intérêt. Certains gérants continuent de proposer des fonds d’entreprises versant des hauts dividendes. Si le rendement qu’offrent ces titres peut se révéler très élevé, certaines valeurs de hauts dividendes peuvent cependant souffrir lors des phases de hausse des taux.

Le stock-picking. Enfin, dans cette période où les inquiétudes viennent non pas d’un effondrement de l’activité, mais, au contraire, de craintes d’un emballement, les gestionnaires mettent en avant le fait que la sélection de valeurs (le stock-picking) prend aujourd’hui tout son sens. L’argument est bien connu : si dans des périodes de récession ou de reprise brutale tous les titres évoluent de concert, certaines périodes de hausse ou de baisse plus différenciée peuvent appeler à davantage d’écarts entre les évolutions des différents titres et donc favoriser ces stratégies.


Les fonds de risk premia ou de primes de risques alternatives

Apparus dans les années 2010, les fonds exploitant les primes de risque alternatives, c’est-à-dire tirant une performance des anomalies de marché durables, sont aujourd’hui proposés aux investisseurs. L’offre de ces produits ne cesse de se développer et, outre ceux présentés ici, de nouvelles offres sur cette stratégie d’investissement voient le jour régulièrement.

 


Les fonds thématiques

Depuis plusieurs années, certaines maisons de gestion se sont faites les spécialistes des fonds thématiques. Les gestionnaires cités ci-dessous, par exemple, proposent tous une gamme de produits plus ou moins étendue de gestion thématique. Par ailleurs, dans de nombreux fonds, le critère des grandes tendances est intégré dans le processus de gestion sans que cela apparaisse nécessairement dans les noms des produits.