Pierre-Papier

La révolution « verte » va bousculer le monde des SCPI

Longtemps restées à l’écart des enjeux environnementaux et sociaux, les SCPI s’apprêtent à connaître une véritable révolution dans ce domaine
Longtemps restées à l’écart des enjeux environnementaux et sociaux, les SCPI s’apprêtent à connaître une véritable révolution dans ce domaine
Cédric Nicard, directeur du développement durable chez Perial

Dans le monde de l’immobilier, les normes environnementales sont nombreuses pour la construction de bâtiments neufs, mais presque inexistantes pour la rénovation du bâti ancien. Une situation d’autant plus absurde que seul 1 % du parc immobilier se renouvelle chaque année, tandis que 99 % de ce même parc est déjà construit. Face à l’importance des enjeux climatiques, il devient urgent d’inciter les acteurs du monde de l’immobilier à lutter contre la prolifération de bâtiments aux mauvaises performances énergétiques.
Tel sera le cas, notamment grâce au « décret tertiaire », relatif aux obligations d’amélioration de la performance énergétique dans les bâtiments existants à usage tertiaire. Pour les sociétés de gestion de SCPI, il va devenir important de s’adapter face à ces évolutions réglementaires. Les sociétés les plus réactives bénéficieront d’une prime aux précurseurs qui pourra se répercuter sur la résilience des rendements offerts aux investisseurs.

Décret tertiaire : - 40 % de consommation énergétique à horizon 2030. En effet, le décret tertiaire, dont les prémisses remontent à 2010, va être réintégré dans le projet de loi Évolution du logement et aménagement numérique (Elan), présenté devant le Conseil des ministres au printemps 2018. Ce décret imposera, notamment, une diminution de 40 % de la consommation énergétique globale des bâtiments existants du secteur tertiaire : immeubles de bureaux, hôtels et commerces, etc. L’objectif initialement prévu d’une diminution de 30 % de la consommation énergétique d’ici 2020 a quant à lui été abandonné. Pour atteindre ces objectifs, les propriétaires comme les locataires auront un rôle primordial à jouer.
Les premiers devront s’attacher à se rapprocher de leur parc immobilier et envisager des travaux de rénovation, et les seconds devront faire évoluer leurs pratiques pour rationaliser leur consommation quotidienne d’énergie. C’est ce type d’approche qui permettra aux sociétés de gestion de transformer ces importantes contraintes réglementaires en véritables opportunités de création de valeur, et de valeur durable ! La loi donnera suffisamment de visibilité aux acteurs pour qu’ils puissent calquer leur mise en conformité avec les cycles immobiliers. Les travaux lourds potentiellement nécessaires pourront s’intégrer aux créneaux rendus libres par la vacance locative. Au-delà des travaux, nous constatons qu’un lien de confiance privilégié se crée entre les propriétaires et locataires, à l’occasion de la mise en œuvre d’une exploitation durable et transparente des bâtiments. Ces échanges sont positifs pour la pérennité de l’occupation des immeubles, donc, à terme,
pour le rendement des SCPI.

Vers la généralisation des labels verts : TEEC et ISR. Par ailleurs, de nouveaux labels « verts » sont en train d’émerger pour certifier l’éthique des investissements réalisés au sein des SCPI. Il s’agit du label Transition énergétique et écologique pour le climat (« TEEC »), lancé à l’initiative du ministère de la Transition écologique et solidaire, et du label Investissement socialement responsable (« ISR »), lancé à l’initiative de Bercy. Adaptations sectorielles de labels préexistants pour les valeurs mobilières, ces deux référentiels sont complémentaires. Le label TEEC porte sur l’amélioration des performances énergétiques des immeubles détenus par les fonds. Le label ISR est plus large puisqu’il intègre à la fois des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. L’Association française des Sociétés de Placement Immobilier (Aspim), en collaboration avec l’Association française de la Gestion Financière (AFG), travaillent actuellement sur la définition exacte des critères qui seront retenus pour l’attribution de ce second label. Une chose est sûre : l’apparition de ces labels dans le domaine des fonds immobiliers est une excellente nouvelle. Dans un contexte où l’investissement contribuant à la transition vers une économie décarbonée est plébiscité par les particuliers et institutionnels, ils vont permettre de mettre en avant la double valeur ajoutée des gérants d’actifs immobiliers. En effet, ces derniers ont la particularité de gérer à la fois le fonds et l’immeuble en tant que tels, démultipliant ainsi les leviers d’action. En outre, la clé du succès des stratégies environnementales réside dans la capacité des gérants à distiller leurs convictions. Ce qui sera primordial pour démontrer que l’investissement durable ne se fait pas au détriment du rendement, bien au contraire !