Résidences de tourisme : « Monsieur le Premier ministre, il y a urgence »

Le SNRT et l’UNPI ont adressé une lettre commune à Jean Castex sur l’inadéquation du dispositif d’aide présenté le mois dernier aux résidences de tourisme.
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Les propriétaires bailleurs, qui ne perçoivent plus de loyer depuis un an, ne sont pas au bout de leurs peines. Le mois dernier, Bercy présentait en grande pompe son nouveau dispositif d’aide aux entreprises, visant à prendre en charge une partie de leurs coûts fixes pour qu’elles puissent honorer leurs loyers.

L’espoir était grand du côté des bailleurs de résidences touristiques. Mais la publication des critères à respecter pour bénéficier de ce dispositif a été une douche froide. Le Syndicat national des résidences touristiques (SNRT) a très vite sonné l’alarme, prévenant que la majorité du secteur s'en trouvait exclue. Il a été récemment rejoint dans son combat par l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) : le 2 avril dernier, les deux associations se sont fendues d’un courrier au Premier Ministre lui demandant d’agir.

 « Le décret du 24 mars 2021 ne répond pas à la gravité de la situation, peut-on lire dans le courrier que la rédaction a pu consulter. Il ne tient pas compte de la très forte saisonnalité du tourisme de montagne. Ses dispositions sont trop exclusives pour les acteurs qui ont besoin des aides et trop complexes à mettre en place ». Au-delà de leur mécontentement, le SNRT et l’UNPI ont fait part de leurs recommandations au Premier Ministre : 

  • Abaisser le minimum de perte de chiffre d’affaires (CA) subi par l’exploitant de 50 % à 30 %, comme défini au niveau européen
  • Gérer les demandes d’aides au niveau de la résidence et non de l’entité juridique du gestionnaire (un exploitant possédant plusieurs résidences se trouve face à un casse-tête juridique, l’empêchant la plupart du temps, de bénéficier des aides)
  • Modifier le seuil de 12 millions d’euros de CA pour ne pas exclure les petits exploitants
  • Prendre en compte la saisonnalité des locations de montagne en raisonnant sur une moyenne de douze mois lissée sur 2019 et non au mois le mois
  • Instaurer un crédit d’impôt complémentaire de 50 % pour les bailleurs sur la partie de loyers éventuellement abandonnée.

« Si toutes ces mesures sont mises en place simultanément et que les exploitants reçoivent dans leur très grande majorité une aide correspondant à 70 % de leurs charges fixes sur la perte de CA, ils pourront s’engager à reverser a minima 70 % des loyers aux bailleurs », assurent les deux associations.

Elles ont également rappelé à Jean Castex que les recettes des exploitants de résidences de tourisme ont chuté de 80 % en moyenne. « Monsieur le Premier Ministre, il y a urgence », lui écrivent-elles en guise de conclusion.

Le courrier semble avoir porté ses fruits : selon nos informations, l’UNPI s’est entretenue hier avec le directeur de cabinet d’Alain Griset, ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, chargé des Petites et Moyennes Entreprises.

Les hébergeurs de la montagne montent au créneau

Neuf acteurs du secteur, dont le SNRT, se sont constitués en Collectif* et ont publié un communiqué commun ce vendredi 9 avril. Par la voix de plusieurs de leurs membres, ils dénoncent eux aussi les critères retenus pour faire partir du dispositif d’aide du gouvernement.

Ils reprochent notamment au décret d’application publié le 24 mars dernier d’instituer un mode de calcul qui ne tient pas compte de la saisonnalité de leur type d’activité. Selon eux, il prendrait au mieux « un quart des charges fixes (janvier à avril), quand 85 % du chiffre d’affaires annuel est réalisé sur la période ».

Pour Patrick Labrune, président du SNRT, « le décret ne couvre qu’une proportion infime des charges fixes des professionnels de l’hébergement touristique. Celles-ci sont très élevées du fait du coût de location et d’entretien des immeubles ». Même les grands groupes ne semblent pas y trouver leurs comptes. « Le plafonnement des indemnisations à 10 millions d’euros est très insuffisant au regard du préjudice subi par Pierre & Vacances et permettra de couvrir moins de 25% des charges fixes, explique Grégory Sion, directeur général de P&V. Un déplafonnement semblable à celui accordé aux remontées mécaniques est indispensable pour la sauvegarde de notre écosystème. »

*Collectif composé du SNRT, du Groupement national des indépendants hôtellerie & restauration, l'Union nationale des associations de tourisme, ainsi que des résidences Pierre & Vacances, Belambra Club, VVF Villages, Club Med, MMV et CGH