Racisme : la Fnaim signe une convention avec SOS Racisme

Gaetan Pierret
L’association conduira des tests de contrôle auprès d’agents immobiliers et administrateurs adhérents de la Fédération. Le partenariat fait suite au rapport choc de SOS Racisme publié en début d’année qui révélait que près d’une agence sur deux acceptait de discriminer des candidats locataires.   

La Fnaim tente de prendre le taureau par les cornes. La Fédération nationale des agents immobiliers a profité de son congrès annuel qui se tenait les 5 et 6 décembre au Carrousel du Louvre à Paris pour annoncer la signature d’une convention avec SOS Racisme. L’association procèdera à des tests de contrôle auprès d’agents immobiliers et administrateurs de biens adhérents de la Fnaim. L’annonce est faite plusieurs mois après la publication du rapport choc de SOS Racisme.

En mars dernier, l’association révélait les résultats de tests menés auprès de 136 agences immobilières. Ses membres s’étaient faits passés pour des candidats locataires, aux noms à la consonnance française, maghrébine ou sub-saharienne. Résultat : près d’une agence sur deux pratiquait des filtres discriminatoires (48,5%). Les personnes d’origine maghrébine ou subsaharienne «ont une chance sur deux de contacter une agence qui accepterait de pratiquer ou de laisser pratiquer une discrimination à leur endroit» alors même qu’elles rempliraient toutes les conditions de solvabilité, déplorait SOS Racisme.

Jean-Marc Torrollion s’était à l’époque montré optimiste, jugeant certes les résultats «insuffisants» mais estimant «encourageant» que «la formation obligatoire mise en place» produise «progressivement ses effets». «Évidemment, on ne peut qu'être en colère quand on constate ce résultat-là. Mais je crois que les progrès sont là et ils sont significatifs, déclarait-il sur France Info. C'est long mais je suis persuadé que nous sommes sur un chemin vertueux».

Neuf mois plus tard, le chemin vertueux a mené à la signature du partenariat avec SOS Racisme. Elle s’est faite en grande pompe au Louvre, en présence de Jean-Marc Torrollion, à l’initiative du projet, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, d’Olivier Klein, ministre délégué à la Ville et au Logement et d’Isabelle Lonvis-Rome, ministre déléguée auprès de la Première ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Egalité des chances.

Du beau monde donc car le partenariat a été développé avec l’appui du gouvernement, sous l’égide de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH). Il s’inscrit dans la continuité de la signature le 1er octobre 2020 de la charte visant à « renforcer l’action des professionnels de l’immobilier pour lutter contre toutes formes de discriminations dans l’accès au logement » signée par les principaux syndicats professionnels de l’immobilier, et de la mise en place, par le décret du 14 octobre 2020, d’une formation obligatoire à la discrimination pour les professionnels de l’immobilier. Une première mobilisation peu suivie d’effets comme Jean-Marc Torrollion a tenu à le souligner à la Isabelle Lonvis-Rome.

«Madame la ministre, en cinq ans de mandat, nous avons eux trois réunions sur ce sujet sans que des actions soient prises, lui a-t-il rappelé. Nous avons voulu aller au-devant de SOS Racisme plutôt qu’attendre une nouvelle enquête. C’est une forme d’exposition que nous assumons ! Peu importe les idées préconçues que peuvent avoir leurs clients propriétaires, ils sont le filtre républicain qui doivent garantir l’absence de discrimination dans la relation avec les locataires».

Cette dernière s’est montrée dithyrambique sur l’initiative de la Fnaim, saluant un projet «inédit et très courageux». «Les discriminations sont une négation de nos valeurs républicaines. Elles érodent le lien qui nous unit les uns aux autres». Dominique Sopo, président de SOS Racisme s’est dit lui aussi très enthousiaste de cette initiative mais a appelé à «mettre la pression sur les sites peer to peer», «trop peu regardés jusqu’à présent». «Mais la mobilisation des professionnels est déjà un signal très fort envoyé au marché», a-t-il toutefois conclut.