Présidentielles : les candidats font leurs propositions sur le logement

Réunis au congrès annuel de la Fnaim, sept représentants de partis ou candidats ont fait part de leurs propositions Tour d’horizon.
Marine Le Pen, candidate du Front National, a présenté ses propositions au congrès de la Fnaim.

Le congrès de la Fnaim a pris une tournure présidentielle ce mardi 30 novembre. La Fédération nationale de l’immobilier réunit ses troupes au Carrousel du Louvre jusqu'à ce soir pour sa grande messe annuelle. Après la ministre du Logement Emmanuelle Wargon hier, son président a convié les principaux candidats à l’élection présidentielle à venir présenter leurs propositions en matière de logement.

Etaient présents Arnaud Montebourg, Marine Le Pen (Front National), la sénatrice des Alpes Maritimes Dominique Estrosi-Sassone (représentant Xavier Bertrand, Les Républicains), le député européen Geoffroy Didier (représentant Valérie Pécresse, Les Républicains également), le député du Val d’Oise Aurélien Taché (pour Yannick Jadot), la maire de Rennes Nathalie Appéré (pour Anne Hidalgo) et enfin le porte-parole de La République en Marche Roland Lescure. A noter que l'ensemble des candidats déclarés (ou pseudos déclarés au moment des faits) avait été convié, certains préférant sans doute réserver leur matinée pour des annonces plus importantes...

Les intervenants se sont succédés devant un parterre d’agents, de mandataires et autres professionnels de l’immobilier, adhérents de la Fnaim. Tous ont eu le choix de s’exprimer librement ou de répondre aux questions du journaliste animateur Guy Lagache, pendant une douzaine de minutes. Tour d’horizon des principales annonces.

Arnaud Montebourg veut brader les biens abandonnés pour les rénover

Arnaud Montebourg a répondu aux questions de Guy Lagache.

Le candidat de la «remontada» française s’est inspiré de l’Italie. Pour lutter contre la désertification du monde rural et la densification à outrance des métropoles, l’ancien ministre propose que l’Etat récupère les logements obsolètes ou laissés à l’abandon et les vendent à des particuliers pour une modique somme en échange d’une rénovation. Cette mesure, déjà mise en place en Italie, est également au programme de Marine Le Pen.

Arnaud Montebourg souhaite aussi créer une «réserve républicaine du logement», c’est-à-dire réserver des habitations du parc social et intermédiaire à certains corps de métier, tels que les policiers, gendarmes, infirmiers…Le candidat n’a pas non plus l’apanage de cette proposition puisqu’elle est également soutenue par Valérie Pécresse.

L’assurance universelle des loyers de Yannick Jadot

Aurélien Taché a défendu les idées du candidat EELV Yannick Jadot.

Le candidat d’Europe Ecologie les Verts (EELV) n’était pas présent à la Fnaim mais représenté par le député du Val de l’Oise et fondateur du mouvement les Nouveaux Démocrates, Aurélien Taché. Sans surprise, le parti écolo se distingue par son soutien à la loi Climat et Résilience et sa volonté d’accélérer le calendrier de la rénovation énergétique des logements (voir ci-dessous). Pour cela, il entend augmenter le soutien public à hauteur de dix milliards d’euros. Un budget conséquent dont les détails du financement n’ont pas été précisés.

Les Verts entendent aussi généraliser l’assurance contre les impayés de loyer. «Celles qui existent déjà sont très chères.. Rendre cette assurance obligatoire pour tous les propriétaires fera baisser son prix», a assuré Aurélien Taché. L’objectif est d’éviter de mettre les propriétaires en difficultés, en les obligeant à se protéger contre le risque d’impayés.

Marine Le Pen veut supprimer l’IFI

Seule candidate à avoir choisi le format tribune libre avec Geoffrey Didier, la candidate du Rassemblement National a indiqué qu’elle entendait supprimer l’impopulaire Impôt sur la fortune immobilière (IFI). Elle a fustigé le «choix antipatriotique» du président de la République qui aurait préféré favoriser «l’investissement spéculatif au détriment de celui dans la pierre». Dans le même esprit de critique du gouvernement, elle a dénoncé son choix en matière d’imposition locale. «Emmanuel Macron avait dit qu’il supprimerait la taxe d’habitation, pas qu’il ferait exploser la taxe foncière», a-t-elle taclé.

Marine Le Pen s’est également dit d’accord avec les propositions de la Fnaim concernant la simplification du relèvement des immeubles bâtis. Elle abonde également dans le sens de la Fédération en matière de financement. «L’innovation financière est nécessaire pour faciliter l’accès au logement», a-t-elle souligné. Elle se dit en faveur de la portabilité des prêts immobiliers du vendeur à l’acheteur.

Valérie Pécresse veut un "comité de la hache" 

Geoffroy Didier a exposé les idées de Valérie Pécresse. 

Valérie Pécresse devant se préparer pour le dernier débat des candidats à l’investiture des Républicains de ce soir, c’est Geoffroy Didier qui était chargé de défendre ses idées en matière de logement. Son programme, qui doit encore être peaufiné, manque pour l’instant de propositions fortes. Il regroupe essentiellement des mesures dans le prolongement de celles appliquées à la région Île-de-France (IDF) dont elle est la présidente. La possible candidate LR entend ainsi généraliser le «plafond anti-ghetto». Appliquée à la région IDF jusqu'à présent pour «éviter de concentrer les problématiques sociales au même endroit», la mesure consiste en une suspension du financement par l'Etat de la construction de logements sociaux pour les communes qui en construisent plus de 30%.

Comme beaucoup d’autres intervenants de la matinée, Geoffroy Didier est revenu sur la nécessité de simplifier la construction de logements neufs. Pour cela, Valérie Pécresse mettra sur pied un «comité de la hache» dont la mission sera de déconstruire le millefeuille administratif qui freine les constructeurs immobiliers. De même, elle veut raccourcir à six mois le délai de rendu des jugements en cas de litige lié à un projet. La fiscalité sur les programmes de transformation de bureaux en logements, vieux serpent de mer de la politique du logement depuis des années, pourrait être allégée. Enfin, Geoffroy Didier a affirmé que la politique de zéro artificialisation des sols pourra être plus souple dans les zones rurales.  

Du côté de Xavier Bertrand, Anne Hidalgo et La République en Marche (dont le candidat tarde à se faire connaitre), peu de grandes annonces ont été faites. Domonique Estrosi-Sassone et Nathalie Appéré sont essentiellement revenues sur le sujet de la loi Climat tandis que Roland Lescure s’en est tenu à défendre le bilan du gouvernement.

Ces candidats qui veulent changer le calendrier de la loi Climat

La sénatrice LR Dominique Estrosi-Sassone a regretté que ses propositions sur la loi Climat aient été retoquées par le gouvernement.

Si le défilé de candidats n’a pas donné lieu à des propositions fortes, tous se sont exprimés sur la rénovation énergétique du parc privé. Le calendrier imposé par la loi Climat & Résilience a fait la quasi-unanimité contre lui.

De Xavier Bertrand à Arnaud Montebourg, en passant par Valérie Pécresse et Marine Le Pen, la majorité des aspirants à plus haute fonction de l’Etat s’accordent sur le besoin de revoir les échéances d’interdiction à la location des passoires thermiques. Ils jugent son rythme trop rapide par rapport aux dispositifs d’accompagnement pour les propriétaires. « Le calendrier n’est pas réaliste car le financement ne suit pas. L’Etat fait supporter aux Français la rénovation du parc. Or, la rentabilité des travaux de rénovation se calcule sur 40 ans, plutôt que sur du court terme », a ainsi taclé Arnaud Montebourg. Marine Le Pen a profité de sa tribune libre pour égratigner la politique publique de logement, « réduite à des contraintes écologiques punitives ». Pour aider les ménages à financer leurs travaux, Anne Hidalgo veut mettre en place une « prime climat » qui conjuguerait subvention et avance sur remboursement. Dominique Estrosi-Sassone a dressé la liste des propositions des sénateurs concernant le volet logement de la loi Climat et résilience « balayées d’un revers de la main » par le gouvernement. Elle a notamment évoqué l’idée du doublement du déficit foncier et de l’élargissement du Denormandie dans l’ancien à tout le territoire. Sans surprise, Yannick Jadot est le seul candidat à vouloir accélérer le calendrier. Aurélien Taché a toutefois précisé que les aides publiques devraient être plus importantes pour que ce rythme soit soutenable.

Hier déjà, c'était au tour de la ministre du Logement Emmanuelle Wargon de s'exprimer sur le sujet au congrès de la Fnaim. Elle a tenu à assurer que le gouvernement serait vigilant et pourrait l'adapter en fonction de l'évolution du marché.