Pierre & Vacances décroche un accord au forceps avec ses créanciers

Aroun Benhaddou
Le leader européen de la résidence de tourisme évite la faillite en procédant à une vaste restructuration de sa dette et de son modèle économique.

Les résidences Pierre & Vacances, Center Parcs, Villages Nature et Sunparks seront bel et bien ouvertes pour la période estivale 2022. La maison mère du leader européen de la résidence de tourisme a conclu, le 10 mars, un accord avec ses créanciers pour éviter la faillite. De l’avis général, les discussions ont été âpres et longues, mais ont abouti à un vaste plan de restructuration. Avec en premier lieu un renforcement de la solidité financière du groupe.

Une injection de 200 millions d’euros de fonds propres est prévue, dont une augmentation de capital avec maintien du droit préférentiel de souscription de 50 millions environ, ouverte à l’ensemble des actionnaires existants et intégralement garantie par ses créanciers, les fonds Alcentra et Fidera – lesquels s’engagent en parallèle à injecter entre 45 et 75 millions d’euros chacun. Atream, bailleur institutionnel du groupe, prévoit pour sa part de participer à hauteur de 30 millions d’euros.

In fine, le fondateur Gérard Brémond évite l’éviction pur et simple du capital en conservant 3,7%. Le consortium composé d’Alcentra, de Fidera et d’Atream détiendra quant à lui la majorité des titres, une fois l’opération bouclée le 16 septembre prochain. Le directeur général Franck Gervais, arrivé en janvier 2021, reste en place.

Première conversion d'un PGE en actions

L’autre grand chantier porte sur l’endettement du groupe, avec notamment la conversion en capital de près de 552 millions d’euros de dette non sécurisée, sur un total de 1,1 milliard. A cette occasion, et pour la première fois, un prêt garanti par l’Etat (PGE) de 240 millions d’euros fait l’objet d’un debt-to-equity swap. Ce prêt, obtenu en juin 2020, sera converti en 215 millions d’euros de capital, tandis que le solde sera remboursé au closing de l’opération. L’Etat deviendra donc actionnaire de Pierre & Vacances, via une fiducie.

« Un fiduciaire sera prochainement nommé et gérera pour le compte de l’Etat. Plus étonnant, les banques ont obtenu de l’Etat un partage de la valeur en cas d’amélioration de la situation financière du groupe, alors qu’elles vont déjà être indemnisées en cash à hauteur de 90% », explique un proche du dossier. Mais la bouffée d’oxygène est là. L’endettement financier net pro forma des opérations de restructuration sera quasi nul à la clôture de l’exercice, le 30 septembre 2022.

Le groupe, qui compte aussi dans son périmètre les résidences hôtelières urbaines Adagio et les camping Maeva, va aussi devoir réorganiser son modèle en profondeur. Il ne fera en effet plus appel aux particuliers pour financer, avec une carotte fiscale, la construction de nouveaux projets. Le financement de l’activité immobilière est externalisé au profit d’une foncière dédiée, ayant pour mission première d’acquérir et de louer au groupe de nouveaux sites. L’exploitation de multiples résidences déficitaires devrait être abandonnée.

Après dix exercices déficitaires consécutifs, Pierre & Vacances mise tout sur son plan stratégique baptisé « Réinvention 2025. » Des investissements massifs sont attendus sur les domaines Center Parcs pour en assurer la montée en gamme et la modernisation. Le projet Village Nature by Center Parcs, situé à deux pas de Disneyland Paris, fera quant à lui l’objet d’un protocole de conciliation sous l’égide du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) dans le courant du mois de mai 2022. En désaccord stratégique avec Disneyland Paris, Pierre & Vacances prévoit de devenir l’unique actionnaire du complexe.