MaPrimRénov' : France Stratégie confirme la faiblesse des rénovations

Jonathan Blondelet
Les rénovations globales concernent 0,3% des dossiers subventionnés.

Après la fintech Heero et l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), c'est au tour de France Stratégie, dans le deuxième rapport du Comité d'évaluation du plan France Relance, de pointer la faiblesse majeure de MaPrimRénov' : le manque d'incitation à une rénovation globale. 

Les objectifs quantitatifs du dispositif sont largement dépassés, avec 640.000 dossiers validés contre 400.000 anticipés par le plan France Relance. Les données disponibles pour le premier semestre 2022 indiquent que le rythme est toujours soutenu, avec 315.000 demandes approuvées. Le seul bémol est à chercher du côté des logements collectifs, qui ne concernent que 4% des rénovations subventionnées alors qu'ils représentent 43% des résidences principales. 

Des rénovations surtout mono-geste

Côté qualitatif en revanche, le dispositif soutient essentiellement des rénovations mono-geste des dossiers validés (83%, soit 55% des montants de prime) en 2021. «Cette part est certes en diminution, puisqu’elle était de 91 % en 2020, et atteint 78 % au premier semestre 2022, mais elle traduit une insuffisance de rénovations d’ampleur nécessaires pour atteindre l’objectif de diminution de la consommation d’énergie finale», pointe France Stratégie.

Les rénovations globales ne concernaient que 2.026 dossiers (0,3%) en 2021. En ajoutant «MaPrimeRénov’ Sérénité», qui a succédé à un dispositif prééexistant au plan de relance, on arrive péniblement à 5% de l'ensemble. «Il faut dire que l’aide est faible eu égard au montant des travaux engagés (7.000 euros pour les ménages intermédiaires, 3.500 euros pour les ménages supérieurs)», poursuivent les auteurs du rapport. 

Pire, France Stratégie sembler suggérer que la sortie progressive des passoires thermiques  du marché locatif en fonction de la lettre de leur diagnostic de performance énergétique (DPE) pourrait être injuste au regard de l'effort fourni. «Des travaux de rénovation ambitieux se traduisant par des gains d’énergie importants ne se concrétisent pas systématiquement par des sorties de passoires thermiques ou d’atteinte de bâtiments à basse consommation, indique l'organisme. C’est le cas des rénovations passant de G à F qui figurent parmi les travaux générant les plus grands gains énergétiques (à l’origine d’un gain moyen estimé de 332 kWh par an).»

Des mesures fragiles

Au global, les dossiers validés en 2021 permettraient d'économiser 1,85 MtCO2 chaque année d'après l’Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE), suivant la métrique du DPE. Une diminution qui, sur le papier, rapproche le secteur résidentiel de l'objectif fixé par la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). Problème, la mesure souffre de plusieurs fragilités, en plus de reposer sur des estimations fragiles qui ne tiennent pas compte de la source d'énergie initiale ou de la superficie du logement, des éléments non demandés lors des dépôts de dossiers. 

Non seulement les objectifs sectoriels de la SNBC ne couvrent que les émissions directes et les réductions réelles d'émissions. Or, l'effet rebond n'est pas pris en compte alors que les ménages modestes peuvent avoir des comportements de restriction sur la température du logement qui disparaissent après travaux. «Le recours à des données de consommation réelle apparaît donc nécessaire pour préciser la contribution des travaux aidés par MaPrimeRénov’ aux objectifs de la SNBC, estime France Stratégie. Ceci devrait être possible en 2023 grâce à la disponibilité de données individuelles portant à la fois sur la consommation d’énergie après travaux, et sur le recours à MaPrimeRénov’.»

L'effet d'aubaine - sur la mesure des travaux qui auraient été déclenchés sans aides - est également un critère à prendre en compte, même si les auteurs reconnaissent qu'il est certainement limité pour les ménages modestes. Affaire à suivre.