L’immobilier neuf dévisse

Les autorisations de construire chutent à un niveau rarement observé par la FPI. Les ventes entre janvier et mars plongent de 20% par rapport au premier trimestre 2021. Les stocks continuent de s’épuiser, au point de risquer la pénurie.

Une spirale infernale. Petit à petit, le marché de l’immobilier neuf s’enlise dans un contexte morose qui pourrait bien déboucher sur une crise. Le contexte économique tend une situation déjà très compliquée. Les acteurs  naviguent à vue, entre une inflation galopante, des matières premières rares et chères et des acquéreurs incapables d’absorber totalement la hausse des prix inhérente à cette situation. Alors que promoteurs, constructeurs et investisseurs se voient obligés de se remettre autour de la table pour renégocier des tarifs déjà signés, ils doivent aussi composer avec des autorisations de construire délivrées au compte-goutte et qui entraine tout le marché vers le bas.  

Les permis repartent pourtant à la hausse : la Fédération des promoteurs immobilier (FPI) en a recensé 134.400 au premier trimestre 2022, soit 25,1% de plus qu’à la même période l’année dernière. Mais pour la Fédération, cette remontée est «artificielle». «Elle est due à un pic de dépôts des permis de construire avant le 1er janvier 2022, date d’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation environnementale. Il s’agit en toute vraisemblance d’un épiphénomène et non d’une tendance», écrit-elle dans son dernier observatoire du marché. La baisse est particulièrement visible pour les logements collectifs. 19.200 permis ont été délivrés au premier trimestre, très loin des 60.000 de la période avant Covid.

En conséquence de la pénurie d’autorisations, les mises en vente s’écroulent à un peu plus de 17.000. Celles de logements collectifs «chutent de 30,5% par rapport au T1 2021, insiste la FPI. L’offre commerciale est désormais sous le seuil des 80 000 logements à la vente. On assiste à un véritable décrochage de la production de logements neufs. Du jamais vu depuis la création de l’observatoire (2012) !»  Les acheteurs semblent avoir senti le vent tourner et se ruent sur les logements disponibles. Quasiment partout sur le territoire métropolitain, les délais d’écoulement des stocks tombent en-dessous de 12 mois.

Les ventes accélèrent et pourtant, elles sont moins nombreuses : 29.628 à la fin de ce premier trimestre, soit 20,2% de moins qu’à la même période en 2021. «Sans exception, tous les postes de ventes baissent ce trimestre [logements en bloc, en détail et résidences services, ndlr]. Le décrochage par rapport aux années antérieures se concrétise. Nous considérons 2021 comme un rattrapage artificiel dû à l’effet Covid ».

Les logements neufs se font plus rares…Et donc plus chers ! La FPI relève une hausse de 5,8% en un an en régions, 3,4% en Ile-de-France. Même s’ils sont toujours moins élevés que ceux de l’ancien, les prix du neuf sont dans une «dynamique de croissance nettement plus soutenue».

Bataille de chiffres

Les chiffres de la FPI tranchent avce l'optimisme affiché par le ministère du Logement. Ce dernier mettait en avant une hausse de 10,1% des autorisations de construire entre décembre 2021 et février 2022, par rapport aux trois mois précédant. Le gouvernement recensait également davantage de permis délivrés au premier trimestre que la FPI :141.900, en données CVS-CJO, soit le nombre le plus élevé depuis près de 15 ans (troisième trimestre 2007). 

Contactée par la rédaction, la FPI n'a pas encore donné les raisons de cette différence de chiffres.