Immobilier

Les désillusions des nouveaux propriétaires

Gaétan Pierret
Pressés par le temps et des concurrents tous azimuts, ils ne sont pas assez vigilants lors des visites et font souvent face à des mauvaises surprises une fois installés.
(Adobe stock)

L'achat d’un logement n’est pas un long fleuve tranquille. Il peut même se transformer… en sacrée douche froide.

Le dernier baromètre de Qualitel met la lumière sur les déconvenues que les nouveaux propriétaires peuvent rencontrer une fois installés. Pour cette sixième édition, l’association et son partenaire Ipsos se sont penchés sur les parcours de recherche et critères de sélection des ménages (1). Deux étapes décisives regorgeant de chausse-trappes que les futurs acquéreurs, chasseurs immobiliers en herbe, ne parviennent pas toujours à éviter. Avec, à l’arrivée, de mauvaises surprises pour une majorité d’entre eux.

Pas moins de 68 % des nouveaux propriétaires depuis moins de cinq ans déclarent avoir eu au moins une mauvaise surprise une fois installés dans leur nouveau logement. Plus de deux tiers donc qui se disent gênés par des points qu’ils n’avaient forcément pas vus lors des visites… et pas des moindres. Un peu plus de la moitié (52 %) a même identifié des travaux à réaliser dans son logement après l’avoir acheté.

Ces déconvenues sont suffisamment gênantes pour donner envie d’aller voir ailleurs. Au total, 44 % des sondés ayant acheté un logement il y a moins de cinq ans ont déjà envie d’en changer, dont 28 % à court ou moyen terme. La proportion augmente chez ceux ayant eu plus de trois mauvaises surprises (61 %) et grimpe même à 66 % pour ceux ayant eu des déboires côté isolation sonore.

Des mauvaises surprises en pagaille

Le pire pour ces déçus de la pierre est sans doute de savoir que leurs déconvenues étaient évitables. Alors que tout se joue lors des visites, beaucoup confessent n’avoir pas été assez vigilants sur certains points, comme la présence d’une climatisation (59 %), la sécurité du logement (43 %) ou, encore pire dans le contexte de la loi Climat et Résilience : le diagnostic de performance énergétique (DPE – 34 %). A l’inverse, certains points ont retenu toute leur attention, comme le type de vitrage (88 %), la superficie des pièces (87 %) ou bien encore leur agencement (86 %).

 

Têtes en l’air, les Français ? Plutôt sous pression. Acheter un logement n’est pas une sinécure, encore moins quand il s’agit du premier : 47 % des nouveaux propriétaires depuis moins de cinq ans confirment que la prise de décision a été stressante, dont 59 % pour les moins de 35 ans, majoritairement des primo-accédants. Les visites relèvent souvent du parcours du combattant : les points techniques à analyser sont légion et s’additionnent aux critères personnels à vérifier. Alors que 84 % des nouveaux propriétaires n’ont pu visiter leur futur logement qu’une à deux fois, un quart d'entre eux auraient aimé s'y rendre quelques fois de plus avant de prendre une décision. 

Cette dernière se fait souvent sous la contrainte du temps. Pour ne pas se faire doubler, les candidats acquéreurs sont obligés de se positionner rapidement : 89 % des sondés ont ainsi dû le faire en moins d'une semaine. Un délai très court pour un achat très engageant.

D’autres déconvenues à la retraite ?

Stressés et soucieux de se plaire dans leur logement au moment de l’achat, les futurs propriétaires oublient souvent de se projeter dans leurs vieux jours. Et ne vérifient donc pas assez que le bien qu’ils convoitent est adapté aux mobilités réduites. Seuls 12 % des ménages interrogés disent que l’adaptabilité du logement aux personnes âgées ou à mobilité réduite est un critère indispensable (voir ci-dessous). Si cette proportion augmente avec l’âge des acquéreurs, elle n'atteint que 18 % pour les 60 ans et plus. Un comble quand on sait que 77 % d'entre eux affirment avoir acheté leur logement pour y rester toute leur vie. « Cette tendance peut s'expliquer par un facteur psychologique qui est le refus, voire l'incapacité, de se projeter dans une vie avec une mobilité réduite », a avancé Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos, lors de la présentation du baromètre. Les jeunes (moins de 35 ans) sont logiquement moins nombreux à se projeter sur une période aussi longue (50 %) et sont, en conséquence, encore moins vigilants sur l’adaptabilité de leur logement (10 %).

Les pressions exercées de toutes parts sur les candidats acquéreurs les conduisent à commettre des erreurs qui peuvent être très regrettables. Alors qu’ils s’engagent sur plusieurs années, il se trouvent souvent à court de temps pour évaluer correctement les biens qu’ils visitent et éviter les mauvaises surprises. Près de la moitié des sondés ont bien compris qu’ils ne connaissaient pas assez les rouages de l’immobilier et souhaitent donc être accompagnés par un professionnel lors de leur prochain achat. Un souhait légitime mais qui ne les protège pas des déconvenues à l’emménagement. Comme des voisins un peu trop bruyants par exemple.

(1) Baromètre Qualitel par Ipsos, « Les Français à la recherche de leur logement : entre priorités, compromis et mauvaises surprises », 2022. Enquête réalisée en avril 2022, auprès de 3.056 personnes, dont 1.664 ayant changé de logement au cours des cinq dernières années.