Les banques, mauvaises élèves de la rénovation énergétique

68% des Français n’auraient pas reçu d’accompagnement de la part de leur conseiller sur les dispositifs de financement. En parallèle, les banques refusent de plus en plus de financer des passoires thermiques.

Passage quasi obligé de tout projet immobilier, les banques seraient pourtant à la traine côté rénovation énergétique. C’est ce qui ressort d’une étude menée par le courtier en ligne Pretto et l’acteur Effy publiée ce mardi 05 avril (1). 

Selon le sondage, les Français sont conscients de l’enjeu de la performance énergétique de leur logement : 52% se disent attentifs au diagnostic de performance énergétique (DPE) de leur habitation. Mais leur connaissance a des limites : 47% ne connaissent pas les dispositifs d’aide à la rénovation énergétique. Un chiffre important et qui contraste avec les efforts du gouvernement pour simplifier les solutions existantes. Depuis le 1er janvier 2022, le ministère du Logement a notamment lancé la plateforme France Rénov, nouveau portail unique à destination des particuliers.

En attendant que le message s’ancre dans les esprits, les Français ont encore tendance à se tourner principalement vers leur conseiller bancaire pour parler rénovation. «C’est celui qui permet le projet immobilier et qui pourrait donc financer les travaux à engager», explique Pierre Chapon, président de Pretto. Réflexe logique donc. Sauf que les particuliers semblent avoir du mal à trouver des conseils pertinents. 68% des sondés déclarent que leur conseiller bancaire n’a pas su leur fournir de conseil sur les dispositifs de financement. «La rénovation énergétique n’est pas encore dans le cœur des pratiques des banques, développe le dirigeant de la fintech. Cela met du temps pour qu’une décision stratégique se concrétise dans la formation des conseillers sur le terrain, y compris pour les établissements qui voudraient en faire une priorité.»

Hausse des refus de financement de passoires thermiques

Le retard des banques serait donc dû à des délais de fonctionnement et non à un manque de volonté. «Toutes les banques nous disent se pencher sur le sujet», affirme Pierre Chapon. Pourtant, les refus de financement de passoires thermiques augmentent. Les banquiers commencent à bouder ces logements dont la valeur est remise en question : à partir de 2023, les logements les plus énergivores ne pourront plus être loués. Avec un usage d’exploitation en moins, la sanction du marché risque de ne pas se faire attendre. Pour éviter cela, les propriétaires n’auront d’autres choix que d’engager des travaux. Mais leur capacité d’endettement pourrait alors poser problème.

Pierre Chapon, qui pense que les refus de financement des passoires thermiques devraient augmenter, ajoute que l’inflation du coût de l’énergie renforcera la composante énergétique dans le budget des ménages. «Or, aujourd’hui, elle n’est pas prise en compte dans le calcul d’endettement», précise-t-il. Selon les chiffres du ministère du Logement, 11 millions de Français seraient encore logés dans des passoires thermiques, soit 4,8 millions d’habitations.

Des banquiers à la traîne donc, mais la situation ne semble pas meilleure du côté des courtiers. Interrogé sur le sujet, Pierre Chapon souligne l’épineuse question du modèle économique. «Les courtiers sont bien placés pour prendre leur place sur le marché et ils devront réfléchir à la façon de s’y positionner», indique-t-il, ajoutant que les montants de la rénovation par geste sont trop faibles pour justifier une intermédiation.

(1) : Sondage Pretto/ Happydemics (réalisé du 24 février au 8 mars 2022 auprès de 1.053 personnes.