Le supplice sans fin des propriétaires bailleurs

Bercy a précisé le dispositif de prise en charge des coûts fixes des entreprises par le gouvernement. Mais ses conditions excluent les petites et moyennes résidences de tourisme.  
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Après l’euphorie, la "gueule de bois". Le 24 février dernier, le ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, annonçait un nouveau dispositif d’aides pour les entreprises les plus impactées par la crise. Le gouvernement prendra en charge 70% de leurs pertes d’exploitation pour celles de plus de 50 salariés, 90% pour celles de moins de 50 salariés, le tout dans la limite de 10 millions d’euros sur l’année. Objectif affiché : leur permettre de payer leur loyer.

L’annonce a rassuré les propriétaires bailleurs des résidences touristiques. Beaucoup se retrouvent en difficultés financières depuis que plusieurs exploitants touristiques ont décidé (souvent unilatéralement) de suspendre le versement de leurs loyers. Partout, des voix se sont élevées pour protester, notamment en politique. «Les négociations étaient au point mort. Les semaines ont défilé sans qu’aucune solution soit proposée pour arriver à un arbitrage», a confié à la rédaction la sénatrice des Alpes-Maritimes et vice-présidente du groupe Les Républicains, Dominique Estrosi-Sassone, qui avait interpellé le gouvernement à ce sujet. C’est peu dire que l’annonce de Bercy avait suscité l’espoir des propriétaires bailleurs. Mais ce jeudi 11 mars, c’est la douche froide.

Des critères d’éligibilité inadaptés aux résidences touristiques  

Dans un communiqué, Bruno Le Maire a précisé que le dispositif entrera en vigueur le 31 mars et donné davantage de détails sur les conditions d’accès. Pour être éligible, une entreprise doit notamment générer un chiffre d’affaires supérieur à un million d’euros par mois. Dans le secteur du tourisme, seules les résidences situées en montagne exclusivement seront exonérées de ce critère. Pour les autres, il faudra montrer patte blanche.

Problème : ce seuil exclut d’office beaucoup de sociétés du secteur car une résidence moyenne génère environ un million d’euros de chiffre d'affaires… par an. De quoi provoquer l’ire du Syndicat national des résidences de tourisme (SNRT). « Nous sommes très déçus, déplore sa déléguée générale Pascale Jallet. Seules les structures moyennes qui n’exploitent que des résidences de tourisme de montagne vont être indemnisées correctement. »  

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Selon elle, les structures généralistes qui cumulent montagne, mer, villes et campagne, ainsi que les résidences urbaines, se retrouveront écartées. Paradoxalement, Pascale Jallet déplore que le dispositif ne soit pas non plus adapté aux grands groupes, qui ont besoin d’un accompagnement plus personnalisé. Comme pour lui donner raison, Pierre & Vacances a confié à Capital qu’il n’était pas «à la hauteur des pertes subies par les grands groupes», à peine l’annonce de Bercy terminée. Dominique Estrosi-Sassone estime, elle, que «les gros exploitants ont les reins suffisamment solides pour assurer les paiements de cette année» et plaide pour une reprise rapide du règlement des loyers suite au versement de cette aide.

Retour à la case départ ?

Beaucoup de bruit donc pour finalement peu de résultats. «Après des mois de discussions serrées, d’explications détaillées, de chiffres donnés dans tous les sens, on arrive malheureusement à un dispositif d’indemnisation qui permet au gouvernement de faire de belles annonces mais qui sera inefficace», assène Pascale Jallet, qui estime que c’est presque un «retour à la case départ».