Le renouveau de la résidence « semi-principale »

Les Français ne veulent plus choisir entre ville et campagne

Fini les maisons de vacances qu’on ne retrouve que l’été ou lors des grands week-ends. Les confinements de l’année dernière ont bouleversé les projets immobiliers des Français et fait émerger le concept de résidence « semi-principale ». Des citadins qui veulent conserver un pied-à-terre en ville et acquérir une résidence secondaire pas très loin, dans l’objectif d’y vivre à part égale tout au long de l’année.

La ruée des jeunes parents

C’est le constat qui ressort de l’étude du réseau immobilier Barnes (1). 89 % des sondés disent vouloir passer plus de temps dans leur logement secondaire et 72 % souhaitent même transformer leur habitation secondaire en résidence semi-principale. Si le concept n’est pas nouveau, il s’en trouve fortement renforcé par la crise du Covid-19. « Nous avons observé un rajeunissement de la population ayant ce type de projet, explique Richard Tzipine, directeur général de Barnes. Avant, c’étaient surtout les retraités qui recherchaient un pied-à-terre en ville pour venir voir les enfants et petits-enfants. Aujourd’hui, ils sont concurrencés par de jeunes parents quadragénaires qui veulent changer de mode de vie avec leur famille ».

Mais attention à bien choisir sa seconde ville car toutes ne se valent pas. Si les Français sont prêts à s’éloigner des grandes agglomérations pour trouver un peu d’air frais, pas question pour autant de s’épuiser dans les transports. A l’instar des parisiens notamment, qui ciblent les villes « à deux ou trois heures de Paris en train », confirme Richard Tzipine. Il ajoute que le réseau de transport en commun de la seconde commune doit être dense et permettre de rejoindre l’autre résidence facilement.

Des acheteurs aux budgets plus importants

Ainsi, Barnes a constaté en 2020 une augmentation de 200 % du volume de transactions de son antenne à Deauville… qui est à seulement deux heures de la capitale. Double effet d’aubaine : ces nouveaux acquéreurs, principalement en provenance de la région parisienne, ont tendance à avoir un porte-monnaie mieux garni que les résidents locaux. « Le budget traditionnel des résidences secondaires en Normandie est compris en 800.000 et 1.5 million d’euros. Or cette année les acheteurs disposant de 2 à 5 millions d’euros étaient nombreux », explique Bénédicte Belvisi, directrice associée de Barnes Deauville. Le constat est similaire pour les régions de l’ouest de la France. Selon le réseau immobilier Laforêt, alors que le volume de transactions sur l’ensemble du territoire était en chute de 6 % l’année dernière par rapport à 2019, le recul n’était que de 5 % pour la Bretagne et de 3 % pour la Normandie (voir encadré). Ses agences d’Angers, Nantes, Rennes et Rouen, ont même enregistré une hausse des opérations.

Autre critère d’importance : la résidence semi-principale doit permettre d’accueillir les proches. Le logement représente plus que jamais un refuge pour ces ménages marqués par deux confinements qui ont bien souvent rimé avec isolement. 82 % des personnes interrogées par Barnes veulent ainsi pouvoir réunir enfants et petits-enfants dans leur domicile. « Ils sont très peu à envisager un nouveau confinement sans pouvoir être réunis en famille », explique le réseau dans son étude.

L’exode des parisiens : un mythe ?

La tendance à la résidence semi-principale trouve son prolongement dans les comportements d’achat en région parisienne. Le premier confinement avait été marqué par la fuite assez importante des habitants de la capitale vers la province. Cette bouffée d’air frais, presque forcée, semble les avoir convaincus de la qualité de vie au-delà du périphérique. Barnes revient dans son étude sur ces ménages parisiens prêts à s’expatrier extra-muros pour s’installer dans des maisons plus au calme en banlieue. Avec toujours comme condition sine qua none la connexion à Paris en transport en commun. Ainsi, les Hauts-de-Seine (notamment Neuilly et Boulogne), mais aussi les Yvelines et le Val-de-Marne semblent bénéficier le plus de cet afflux de parisiens. Ce phénomène de transfert a aussi été relevé par les notaires du Grand Paris. Dans une note publiée en fin d’année, ils estiment à 34 % la part de parisiens intra-muros ayant acheté en Petite Couronne au second semestre 2020, alors qu’ils n’étaient que 30 % à le faire ces dix dernières années. La Grande Couronne s’est attirée les faveurs de 11 % des habitants de la capitale, contre 8 % habituellement.

Mais la capitale n’a pas dit son dernier mot : certains quartiers autrefois délaissés sont en pleine renaissance. « Certains acheteurs qui ne juraient que par le VIIIe arrondissement élargissent leurs recherches au XVIe et à Neuilly. Le quartier semble dorénavant moins important que le nombre de mètres carrés et la présence d’espaces extérieurs », analyse Barnes dans son étude.

Résidence semi-principale, ruée vers la banlieue…faut-il dès à présent envisager un choc sur les prix ? Pas tout de suite répond Richard Tzipine. « L’offre est encore faible et pas encore à la hauteur de la demande. Le raz-de-marée est potentiel mais pas encore réel », relativise le dirigeant.

(1) Etude Barnes, Les nouveaux modes de vie immobiliers, réalisée auprès de 1.850 clients en France et à l’étranger entre le 26 et le 30 novembre 2020.

2020,une bonne année pour l'immobilier

Selon le réseau Laforêt, les chiffres de 2020 sont bons !
Le volume de transactions est certes en repli de 6 % au niveau national, mais la demande a progressé (+1 %). Une augmentation faible, mais fortement appréciable compte tenu des conditions de marché. La baisse des ventes s’est davantage fait sentir sur les appartements (- 9 %) que sur les maisons (- 6 %). Paris (-14 %) et l’Ile-de-France (- 10 %) enregistrent les reculs les plus importants alors que les régions progressent de 6 %.
L’ouest de la France est la zone qui a le moins souffert en 2020 : les transactions n’ont diminué que de 5 % pour la Bretagne et de 3 % pour la Normandie. À Angers, Nantes, Rennes et Rouen, les agences du réseau Laforêt enregistrent même une hausse d’activité. Des bonds qui peuvent s’expliquer par la fuite des franciliens, désireux de s’éloigner un peu de Paris mais pas trop. Ce phénomène de transfert a aussi été constaté « autour des grandes métropoles comme Bordeaux, Lyon et Marseille », écrit le réseau dans sa note. Sans surprise, la demande s’est écroulée à Paris (- 8 %) et en Île-de-France (- 3 %).
Le double effet ciseau d’une offre en recul et d’une demande en progression a conduit à la poursuite de la hausse des prix : + 4,1 % au niveau national avec une accalmie constatée au second semestre. « Les maisons faisant partie des biens les plus convoités, leur prix augmente davantage (+ 5,3 %) que celui des appartements (+ 3 %) », détaille Laforêt.