Le crowdfunding immobilier frôle le milliard de collecte

Les plateformes ont collecté 958 millions d’euros, soit une hausse de 90% par rapport à 2020. Le rendement moyen s’élève à 9,21%.

Le financement participatif continue de gagner ses lettres de noblesse. L’immobilier se taille la part du lion, en s’arrogeant 42% de la collecte totale du crowdfunding, tous segments confondus. La plateforme Fundimmo et l’agrégateur de projets Hellocrowdfunding ont publié leur baromètre annuel sur le marché (1). La progression par rapport aux années précédentes est forte mais des inquiétudes sur les taux de retard et défaut, ainsi que sur la communication des plateformes sur le sujet, commencent à faire jour.

Une collecte en forte hausse et un rendement en très légère baisse

958 millions d’euros ont été investis dans les projets proposés par les plateformes de crowdfunding immobilier. C’est 90% de plus qu’en 2020. Pour Jérémie Benmoussa, président du directoire de Fundimmo et de l’association professionnelle Financement Participatif France, cette forte croissance s’explique par les besoins des promoteurs et marchands de biens qui ont augmenté «en fin d’année avec la hausse des délivrances de permis de construire». Il a également ajouté lors de la présentation du baromètre qu’elle se justifie aussi «par la croissance du nombre de projets, davantage que par une augmentation de leur taille». 1.065 opérations ont effectivement été financées par les plateformes, soit 81% de plus qu'en 2020. Les montants moyens sont en faible hausse : 899.933 euros en 2021, soit +5% par rapport à l'année précédente.

Source : baromètre Hellocrowdfunding & Fundimmo

En moyenne, les investisseurs ont misé 2.871 euros par projets. Et c’est peu dire qu’ils en ont eu pour leur argent : le rendement moyen s’élève à 9,23%. Il est en légère baisse par rapport à 2020 (9,3%), mais dépasse de plus de 6 points les performances des SCPI. Jérémie Benmoussa préfère voir dans cette légère inflexion une «stabilisation». «Au début du crowdfunding en 2015, certains anticipaient une baisse significative de son rendement, a-t-il rappelé. Mais année après année, on voit qu’ils se maintient au-dessus de 9%».

Source : baromètre Hellocrowdfunding & Fundimmo

Retards et défauts : vigilance sur la communication des plateformes

Si le crowdfunding continue sa démocratisation – et parallèlement sa "premiumisation" en se tournant de plus en plus vers les CGP -, le secteur est encore jeune. Ce n’est qu’en 2014 que les pouvoirs publics ont défini les deux statuts encadrant la profession (conseillers en investissements participatifs et intermédiaire en financement participatif).

Les plateformes ont certes prouvé la viabilité de leur modèle économique, mais celui-ci repose beaucoup sur la santé financière des porteurs de projets (promoteurs et marchands de bien dans le cadre de l’immobilier). Or, malgré les sécurités qu’elles peuvent prendre (garantie financière d’achèvement, création d’une société civile de construction vente pour chaque projet…), le risque de défaut existe toujours. «Avec un rendement à plus de 9%, le risque du crowdfunding ne peut pas être exclu», a d’ailleurs souligné Laurent Altamyer, fondateur de Hellocrowdfunding lors de la présentation du baromètre.

Pour l’heure, le taux de défaut de projets semble contenu. Il est de 0,09%, en baisse de 0,07 point par rapport à 2020. En revanche, les retards sont à la hausse. Ceux de moins de six mois s’élèvent à 4,76% (contre 4,4% en 2020), et ceux plus de six mois à 6,61% (contre 5,7% en 2020), dont 3,9% avec un retard de 6 à 12 mois. Au-delà des chiffres, le point de vigilance à avoir est surtout la communication des plateformes. «Elles communiquent difficilement sur leurs taux de retard et de défaut par souci d’image mais aussi de confidentialité en cas de procédure légale», a expliqué Laurent Altmayer qui a reconnu que le taux moyen de son baromètre pouvait être en-dessous de la réalité du marché. Le manque de transparence de certaines peut inquiéter les investisseurs, qui ne savent pas toujours à partir de quand un «retard» devient un «défaut». «L’absence de communication d'une plateforme ne signifie pas qu’elle n’agit pas, a tenu à rassurer Jérémie Benmoussa. En cas de procédure légale, elles engagent leur responsabilité pénale et ne peuvent pas communiquer tous les détails qu’elles souhaiteraient».

Source : baromètre Hellocrowdfunding & Fundimmo

Financement Participatif France devrait communiquer les chiffres du crowdfunding, tous segments confondus, dans les prochaines semaines.

(1) : 40 plateformes étudiées.