Lazard tente «une percée» dans le segment du conseil immobilier

Adrien Paredes-Vanheule
Le secteur immobilier traverse une période de profondes mutations dont le groupe Lazard Frères, filiale parisienne du groupe de conseil financier et de gestion d’actifs Lazard, entend bien en profiter.

La firme a dévoilé, ce jeudi, sa nouvelle activité baptisée Lazard Immobilier, ayant pour ambition d’«opérer une percée» dans le segment du conseil stratégique aux acteurs et usagers de l’immobilier. Ces derniers sont en quête de visibilité sur les évolutions du marché et de conseils pour affiner leurs stratégies dans le secteur, postule la société. Pour codiriger cette nouvelle unité, Lazard Frères va s’appuyer sur son associé gérant fraîchement promu Vincent Thillaud, qui opère dans les fusions-acquisitions chez Lazard depuis 15 ans –  particulièrement dans le secteur immobilier – ainsi que sur l’ex-directeur général et président de Colliers International France, Gilles Betthaeuser, qui rejoint la société en tant que senior advisor.

«Nous avons vocation à nous adresser à l’ensemble des acteurs de l’immobilier (investisseurs institutionnels, promoteurs, foncières, etc) ainsi qu’aux grands utilisateurs comme les grandes entreprises françaises et autres clients industriels. Au-delà des missions de conseil, nous souhaitons nous intégrer en amont dans la stratégie des acteurs et des utilisateurs sur leur manière de gérer leur patrimoine immobilier, de prendre des actifs en location, de monétiser leurs actifs immobiliers», explique Vincent Thillaud.

Labourage profond

Gilles Betthaeuser estime que Lazard Immobilier peut «prendre une place assez rapidement» sur le marché du conseil immobilier mais que l’entité n’a pas vocation à concurrencer les brokers du secteur. «Nous voulons être des acteurs qu’on sollicite sur des projets complexes porteurs d’enjeux lourds. Les enjeux locatifs peuvent être intéressants dès lors que la valeur d’un bail dépasse 15-20 millions d’euros par an. Nous allons nous positionner sur des portefeuilles de plusieurs centaines de millions d’euros», ajoute-t-il.

Un acteur devient référent sur le marché dès lors qu’il est identifié sur, au moins quinze à vingt opérations emblématiques, selon Gilles Betthaeuser. «Nous sommes plutôt sur l’idée de labourer profond que de ratisser large», dit-il. Lazard Immobilier conseillera ses clients sur de premiers deals immobiliers dès cette année. Des opérations dont les montants se situeraient entre 500 millions et un milliard d’euros.

Le périmètre de cette nouvelle entité dépassera les frontières françaises puisqu’elle couvrira l’Europe de par ses expertises immobilières et fusions-acquisitions, notamment à Londres et à Milan. Lazard Immobilier conseillera acteurs et utilisateurs sur la quasi-majorité des classes d’actifs immobilière.  En premier lieu, l’immobilier tertiaire exposé au phénomène d’hybridation des processus de travail comme le co-working et le flex office. Le marché de l’immobilier d’entreprises est soumis à deux grandes tendances, expose Gilles Betthaeuser.

D’une part, une complexification des enjeux de ressources humaines et de gestion des talents. «L’immobilier devient un catalyseur de la transformation organisationnelle des entreprises. Il y a une difficulté à se projeter sur le moyen-long terme et cette confrontation du court-terme avec le moyen-long terme. Les décisions dans l’immobilier sont des décisions sur 9, 12 ou 15 ans. D’autres formes juridiques de bail, plus flexibles et adaptées, doivent être envisagées. A Paris, en 2020, les entreprises ont déboursé deux milliards d’euros pour se désengager de leurs baux.»

D’autre part, les enjeux financiers de l’immobilier sont devenus très importants. L’immobilier est davantage utilisé comme un vecteur de création de valeur et de ressources propres pour l’entreprise. «Nous anticipons l’arrivée de certaines tendances américaines sur le marché européen telles que la financiarisation de l’immobilier auprès des grands utilisateurs. En Europe, les grandes entreprises sont encore très lourdement propriétaires de leurs actifs malgré la progression du leaseback (une entreprise qui vend un bien dont elle est propriétaire à une société de crédit-bail qui le remet immédiatement à sa disposition par un contrat dédié, ndlr). Elles ont besoin de travailler leur stratégie immobilière de manière plus dynamique», note Vincent Thillaud.