Taux

L’Agefi Actifs.- Les taux de crédit immobilier semblent avoir entamé un cycle haussier depuis décembre 2010, qu’en est-il ?

Les taux d'intérêt à moyen et long terme pourraient remonter facilement de 30 à 40 points de base.

L'Agefi Actifs. - Comment s’explique la baisse des taux d'intérêt observée de janvier à août 2010 en France et en Allemagne ?

Nicolas Forest. - L’année 2010 a vu émerger le risque souverain en Europe. En effet, les pays ayant les problèmes budgétaires les plus importants ont beaucoup souffert. Dans le même temps, les grands pays, dont l’Allemagne et la France, ont bien résisté, les investisseurs se focalisant sur les pays aux économies les plus robustes.

Dans les prochains moins, le risque de liquidité sur les petits pays de la zone euro devrait se maintenir. Nous restons donc prudents et défensifs sur les pays périphériques de la zone. Ces derniers ne trouveront certainement pas de solution endogène à leurs problèmes. Dans la première partie de l’année, les investisseurs se tourneront donc toujours en priorité vers les économies les plus fortes.

Est-ce à dire que les taux resteront bas dans ces deux pays ?

- Pas exactement. Leur niveau devrait demeurer contenu, mais il n’est pas exclu qu’il remonte légèrement dans les prochains mois. Ainsi, les taux à moyen et long terme pourraient gagner facilement 30 à 40 points de base dans les trois prochains mois, ce qui amènerait les emprunts à 20 ans français à près de 4 % et les emprunts à 10 ans un peu en dessous de 3,5 %. Cela est dû au fait que les problèmes des pays périphériques de la zone euro devraient déboucher sur des plans d’aide qui pénaliseront les pays qui vont aider les autres, dont la France et l’Allemagne.

L’évolution des taux, en France et en Allemagne, restera donc, quoi qu’il en soit, conditionnée dans les prochains mois par la situation des pays périphériques, mais les phénomènes de fuite vers la qualité (fligh to quality) auront moins d’importance que cela n’a été le cas l’année dernière.

La différence de taux (spreads) entre la France et l’Allemagne pourrait-elle s’accroître ?

- L’année passée, les différences de taux entre la France et l’Allemagne sont restées plutôt stables, même si nous avons pu momentanément voir apparaître quelques tensions. En 2011, cette situation devrait perdurer.

Cependant, en 2012, la situation pourrait devenir plus critique pour la France. Le pays est en effet soumis à un programme de réduction de déficit budgétaire, certes réaliste pour l’année 2011, mais difficile à tenir en 2012, année électorale. Ces inquiétudes ne sont, pour l’heure, pas encore prises en compte par le marché, mais il n’est pas impossible que lorsque cela sera le cas, les taux français augmentent plus rapidement que les taux allemands. Le marché a aujourd’hui une grande confiance dans l’économie française, mais cette situation peut se retourner très vite, d’autant que les agences de notation surveillent de très près les niveaux de déficit de la France.

Finalement, nous n’estimons pas qu’il existe à court terme un très grand risque de remontée violente des taux, mais nous devrions tout de même observer un mouvement de hausse progressif en France qui a déjà commencé et qui continuera ces prochains mois.

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