La reprise de Pierre & Vacances se dessine difficilement

Avec une seule offre ferme, Gérard Brémond, président fondateur et actionnaire de référence du groupe de résidences de tourisme, disposera d’une faible marge de manœuvre.

Pierre & Vacances peine à séduire les investisseurs. Le groupe de résidences de tourisme a annoncé mardi avoir reçu une seule offre ferme dans le cadre du processus d’adossement, même s’il assure poursuivre la discussion avec d’autres candidats. Cette annonce «constitue une très mauvaise nouvelle, confie Arnaud Despre, analyste chez Portzamparc. Encore récemment, le management évoquait quatre ou cinq repreneurs potentiels». Le marché n’a pas apprécié. L’action a chuté de 23% en deux séances, et a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis le début de l’année.

Cette proposition d’un groupe d’investisseurs, dont certains sont déjà créanciers du groupe, est actuellement discutée avec la direction de Pierre & Vacances et avec son actionnaire majoritaire, Gérard Brémond, avant d’être soumis aux créanciers financiers. Cette offre aurait été déposée par le groupement réunissant les fonds Alcentra et Fidera, et la société d'investissement Atream, selon Les Echos. Information que Pierre & Vacances s’est refusé hier à commenter. Contacté par L’Agefi, le groupe indique qu’un accord est attendu en fin d’année ou début 2022.

Besoin de 400 millions d’euros

L’urgence est là. Fin mars, à l’issue de son premier semestre 2020-2021, Pierre & Vacances affichait une dette nette de 645 millions d’euros. Et depuis le groupe a obtenu un nouveau financement de 300 millions d’euros. Pierre & Vacances a besoin de fonds propres, alors qu’il ne capitalise plus que 69 millions d’euros en Bourse. «L’unique candidat actuel, devrait réaliser une augmentation de capital de 400 millions d’euros pour subvenir aux besoins du groupe, mais avec toute latitude pour imposer ses conditions, vraisemblablement sans droit préférentiel de souscription (DPS), anticipe Arnaud Despre. Sans compter la conversion de dette en capital des créanciers repreneurs, qui risque d’avoir un fort effet dilutif sur les actionnaires actuels. » Le repreneur pourrait aussi proposer une porte de sortie à Gérard Brémond, 84 ans, président fondateur de Pierre & Vacances

Par ailleurs, deux protocoles de conciliation ont été signés dans la continuité du nouveau financement de 300 millions d’euros conclu en mai dernier. La première tranche de 175 millions a été versée à Center Parcs en juin dernier. La seconde tranche de 125 millions ne pourra être tirée qu’après l’homologation des protocoles et l’adoption de la conciliation par le tribunal de commerce de Paris au plus tard le 2 décembre.

Le premier protocole a été conclu entre Adagio, filiale d’ aparthotels» de Pierre & Vacances, ses associés et sept établissements bancaires, et traite notamment sur les conditions liées aux 23 millions d’euros de prêts garantis par l’Etat (PGE). Le second a été signé entre Pierre & Vacances SA, sept établissements bancaires, dont les prêteurs au titre du nouveau PGE de 34,5 millions d’euros, les porteurs d’Euro PP et certains porteurs d’Ornane (obligation remboursable en numéraire et en actions nouvelles et existantes).

Nouveau geste envers les bailleurs individuels

Le groupe doit aussi trouver un accord avec ses 18.800 propriétaires individuels. La semaine dernière, Pierre & Vacances leur a fait une nouvelle proposition, avec pour la période de mars 2020 à juin 2021 une franchise de 5 mois consentie par le bailleur signataire (contre 7,5 mois dans le premier avenant). Soit le versement d’un montant équivalent à 11 mois de loyers sur la période de 16 mois considérée, soit près de 70% des loyers contractuels. En contrepartie, les bailleurs signataires de ce nouvel avenant renonceront au reversement de toutes indemnités envisagées par l’Etat, et à la remise des bons de séjours d’une valeur de 2.700 euros, prévus dans l’avenant de septembre. Les bailleurs ont jusqu’au 2 décembre pour adhérer à cette nouvelle offre, ou jusqu’au 31 décembre pour ceux qui auraient signé l’avenant de septembre. La première proposition a déjà été acceptée par 64% des bailleurs, certains pourraient préférer la conserver plutôt qu’adopter la nouvelle proposition. Les bons de séjours de 2.700 euros correspondent environ à 2,5 mois de loyers pour les porteurs de parts de Center Parcs, et de 5 mois pour les propriétaires de résidence Pierre & Vacances ou d’«aparthotel» Adagio, précise le groupe. Pierre & Vacances cible un taux d’acceptation de 85% pour ses deux propositions.

«Le groupe a besoin d’un nouveau départ, conclut Arnaud Despre. L’offre actuelle est trop dispersée et certains actifs n’ont plus lieu de rester au sein d’un groupe qui poursuit sa montée en gamme. » En mai dernier, Pierre & Vacances a dévoilé son plan «Réinvention 2025», visant 275 millions d’euros d’Ebitda, pour 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires tourisme à cet horizon. Sur son premier semestre clos fin mars, le groupe affichait une chute de 70% de son chiffre d’affaires tourisme à 165 millions d’euros, pour une perte d’Ebitda de 286 millions. Toutefois, sur le quatrième trimestre 2020-2021 (juillet-septembre), le chiffre d’affaires tourisme a progressé de 17% à 497 millions. Il recule ainsi seulement de 22% à 801 millions sur l’ensemble de l’exercice.