La rénovation globale n’est pas viable économiquement pour les particuliers

Le dispositif d’aide à la rénovation énergétique des biens doit être revu pour viser un parc décarboné en 2050.

Difficile de soutenir que l’Etat ne mets pas la main à la patte pour accélérer le verdissement des biens des ménages. Le dispositif d’aide à la rénovation énergétique MaPrimeRénov’ explose tous les compteurs : 2 milliards d’euros ont été accordés en 2021, répartis sur 644.000 aides et la même enveloppe est prévue pour 2022. Au total, ce sont 7 milliards d’euros qui sont distribués chaque année pour s’aligner progressivement sur la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) afin que la totalité du parc immobilier français atteigne le niveau Bâtiment basse consommation (BBC) en 2050. Mais l’argent public est-il affecté utilement ? «La plupart des opérations de rénovation énergétique ne sont pas alignées avec les objectifs de la SNBC», tranche Guillaume Dolques, auteur d’une étude (1) sur le sujet et chargé de recherche à l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE). Les aides disponibles poussent les ménages à procéder par petites touches lors des travaux de rénovation de leur logement.

Un outil d’évaluation

C’est pour calculer la viabilité économique des projets de rénovation que I4CE a développé PanelRénov’, un outil à destination des décideurs et des experts de la rénovation. «La viabilité économique représente l’intérêt financier d’un ménage à se lancer dans une opération de rénovation, en intégrant plusieurs paramètres dont la rentabilité de l’investissement, le reste à charge et l’équilibre de la trésorerie», développe Guillaume Dolques. Le constat est sans appel : les rénovations globales pour atteindre les étiquettes de DPE B et C, les plus à même d’atteindre les objectifs de la SNBC, ne sont économiquement pas viables pour les particuliers. Le temps de retour sur investissement en termes d’économies d’énergie est supérieur à 10 ans, ce qui est au-delà de la durée de projection moyenne dans un logement. Le reste à charge est prohibitif pour beaucoup de ménages, même lorsqu’ils ont recours à l’éco-PTZ.

Un bémol doit être apporté aux résultats de l’étude, qui ne prennent pas en compte l’accroissement de la valeur verte du bien, même si l’outil est paramétré pour le faire. I4CE ne la considère pas encore assez mature sur le marché, mais elle pourrait bien rapidement s’imposer alors que les remontées de professionnels faisant état de fluctuations de la cote en fonction de l’étiquette énergétique se multiplient. Pour autant, le constat fondamental de l’étude peut pour l’heure aisément se vérifier avec la sortie programmée des passoires énergétiques du marché de la location. Les bailleurs sont encouragés à gagner une ou deux lettres sur leur DPE pour rester en dehors de l’interdiction sans penser rénovation globale. «C’est par ailleurs un problème d’intérêts croisés, puisque c’est le locataire qui bénéficiera des économies d’énergie», ajoute le chargé de recherche.

Accroitre la fiscalité ou les aides

Pour remédier à ce problème des petits pas, I4CE a exploré deux pistes de réformes :

- Accroître la fiscalité carbone en supprimant les aides à la rénovation, remplacées par un prêt à taux faible qui couvrirait la totalité du coût des travaux. Cette solution fait peser sur les ménages un déficit de trésorerie puisque le coût du prêt n’est pas couvert par les économies d’énergies. Sans incitation complémentaire, cela nécessiterait d’atteindre une fiscalité élevée pour pousser à la rénovation.

- Augmenter les aides pour les rénovations globales, jusqu’à 100 % du coût des travaux pour les ménages les plus modestes et 40 % pour les plus aisés. En miroir avec la solution punitive, la solution incitative doit proposer un subventionnement élevé pour pousser les particuliers à rénover. Ce niveau de couverture, couplé avec un emprunt de 60.000 euros sur 30 ans en moyenne, rend l’opération «positive» - rentable pour les ménages. «Un forfait rénovation globale dont le montant est plafonné à 15.000 euros existe déjà pour MaPrimeRénov’. En choisissant cette seconde option, il faudrait aligner son montant avec les objectifs de la SNBC», préconise Guillaume Dolques.

(1) «Quelles aides publiques pour la rénovation énergétique des logements», 03/02/2022