Crédit

« La production de crédits va flancher après l'élection présidentielle »

L’Agefi Actifs a aussi interrogé Philippe Taboret, directeur général adjoint du courtier en immobilier Cafpi
Après un début d’année très actif, les banques distribueront moins de crédits au cours du second semestre
DR, Philippe Taboret, directeur général adjoint Cafpi

L’Agefi Actifs. - Quel état des lieux du crédit immobilier accordé par les banques dressez-vous ?

Philippe Taboret. - Le début d’année a été marqué par une volonté de prêter beaucoup, dans la lignée des objectifs encore très ambitieux des banques après 2016. Ces objectifs sont facilités par le fait que les banques disposent encore de fonds illimités à 0 %. Elles sont par ailleurs mieux organisées maintenant qu’elles respectent leurs obligations réglementaires et rentabilisent bien ces prêts. Je suis donc assez en phase avec les récentes annonces de la Banque de France sur une production historique de crédit au premier trimestre. Ce qui est assez positif car je suis convaincu d’une tendance à la baisse au second semestre.

L’élection présidentielle aurait donc peu d’influence sur le marché ?

- Il y a la persistance d’un mouvement conjoncturel fort : la production de crédits est très élevée depuis septembre dernier, le mouvement ne va pas soudain disparaître. Cela-dit, on note un ralentissement dans la demande qui se matérialisera sur les chiffres globaux d’ici à trois mois. Est-ce conjoncturel à la présidentielle ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, je pense que la production va flancher lentement après l’élection.

La renégociation de crédits semble quant à elle avoir déjà montré des signaux clairs de ralentissement...

- Effectivement, nous sommes passés de 30 % de la production totale de crédits au premier trimestre l’an dernier à 25 % cette année. Nous allons sans doute passer à un ratio de 15 % sur le reste de l’année contre 40 % l’an dernier, une baisse liée bien entendu à un effet remontée de taux. Globalement, nous réaliserons moins de volume de crédits sur le rachat, sur l’ancien, tout en maintenant un niveau équivalent sur le neuf – achat et investissement – grâce à la persistance du dispositif Pinel sur le locatif.

Les taux ont amorcé une remontée depuis la fin d’année dernière. Continuent-ils de jouer dans le réflexe d’achat ?

- Les gens se rendent compte de la remontée faible et lente des taux et du fait que ce relèvement correspond à un cycle de hausse. Ce qui signifie que les taux devraient irrémédiablement progresser cette année. Alors effectivement, cela précipite certaines opérations.

La récente baisse de l’inflation à 1,50 % en mars en zone euro peut-elle toutefois annoncer un répit sur les taux ?

- Nous assistons à une amélioration de la croissance mondiale et à un retour de l’inflation, même si elle connaît des soubresauts. Il y a toujours des périodes d’accalmie dans ces phases de reprises : cela peut être lié à une baisse du prix du pétrole, à un attentisme sur l’efficacité de la politique de Donald Trump... Mais au fond, il est assez clair que nous avons atteint un point bas l’an dernier et que la tendance lourde est à la hausse désormais.

Cafpi a été le courtier qui a prévu la plus forte remontée de taux au premier semestre (0,50 point). Vous persistez dans vos prévisions ?

- Nous avons été assez critiqués lorsque nous avons annoncé un inversement de tendance dès novembre. Depuis, nous avons atteint 0,20 point de hausse. En juin, ce niveau aura sans doute doublé. Fondamentalement, nous évoluerons autour de 2 % sur le crédit à 20 ans en juin ce qui, il faut le rappeler, correspondait à des conditions de financement extraordinairement basses en juin 2016.

Avec une poursuite de la hausse au second semestre ?

- Il y aura sans doute une continuité dans la hausse. Certains facteurs vont influencer son rythme : le déroulement du Brexit, la politique de la Banque centrale européenne et, bien entendu, l’issue de l’élection française. Sur ce dernier point, nous attendrons le projet de loi de Finances 2018 du prochain gouvernement pour avoir davantage de visibilité.