La production de crédit marque le pas

En juillet, les encours étaient en hausse de 6,4%. La production de nouveaux crédits est en baisse constante depuis mai.

Un ralentissement, mais tout va bien. La Banque de France a publié ce mercredi 31 août les chiffres de crédits à l’habitat pour les particuliers. Ils traduisent une hausse des encours de crédit à l’habitat mais une baisse de la production après le pic du mois de mai. En temps normal, cette dynamique pourrait être expliquée par la saison estivale. Mais c’est plutôt le durcissement des conditions de financement des particuliers qui semble pouvoir expliquer ce ralentissement et se traduire enfin dans les chiffres de la BdF.  

La production de nouveaux crédits en baisse

En juillet, la production de crédits à l’habitat s’est élevée à 21,8 milliards d’euros, après 22,6 milliards en juin et 26,8 milliards en mai. «Cette production se rapproche de la moyenne sur 5 ans (20,3 milliards), reflétant le processus de normalisation en cours», ajoute la BdF. Un discours optimiste, qui tranche avec celui beaucoup plus alarmiste des courtiers. Depuis plusieurs mois, la profession est vent debout contre les chiffres de la Banque de France, dénonçant un décalage avec la réalité du marché. En cause : la méthode de calcul.

Le président du réseau Cafpi, Olivier Lendrevie, a notamment interpellé Olivier Garnier,
directeur général, statistiques, études économiques et international de la Banque de France sur LinkedIn, en réaction à un passage sur BFM Business. «Vous vous appuyez sur des statistiques de décaissement de crédit (=passage chez le notaire) du 1er semestre, qui correspondent à des offres de crédit émises par les banques entre octobre 2021 et mars 2022, pour essayer de balayer sous le tapis une situation de blocage liée au paramétrage du taux d'usure que les professionnels du crédit ont commencé à observer à partir du mois de mai. Votre démonstration est un anachronisme total.», a-t-il cinglé.

De son côté, l’Observatoire Crédit Logement / CSA, fruit du partenariat entre les deux instituts et le professeur Michel Mouillart, décrit une réalité plus négative que celle de la BdF. Il relève une baisse du montant de la production de crédit à l’habitat de 15,5% entre mai et juillet comparé à la même période l’année dernière. Le nombre de prêts accordés baisse lui de 11,4% sur les mêmes périodes d’observation. En niveau annuel glissant, la baisse est de 5.6% à fin juillet pour le montant de la production et de 7,5% pour le nombre de prêts accordés.

Les encours en hausse de 6,4%

A fin juillet, les encours étaient en hausse de 6,4%, après avoir déjà progressé de 6,6% le mois d’avant, selon la Banque de France. «Le flux CVS mensuel - qui résulte de la différence entre les prêts nouveaux et ceux qui sont remboursés - s'établit ainsi à 6,7 milliards d'euros, soit un niveau significativement supérieur à sa moyenne sur les cinq dernières années (5,3 milliards)» écrit-elle dans sa note.

Taux d’intérêt : une moyenne à 1,45%

En juillet, la Banque de France relevait un taux d’intérêt moyen à 1,45%, après 1,35% en juin, un niveau «nettement en deçà de celle du taux de l'OAT à 10 ans depuis le début de l'année», précise-t-elle. Surtout, elle souligne qu’il reste inférieur au taux de l’usure (2,57% pour la catégorie principale, composée par les prêts d'une durée de 20 ans et plus).

L’estimation avancée pour août indique une poursuite de la remontée progressive du taux d’intérêt moyen sur les nouveaux crédits qui atteindrait 1,57 %, une production mensuelle CVS de crédits à l’habitat qui continuerait à se normaliser graduellement (20,6 milliards d’euros, niveau proche de la moyenne sur 5 ans mentionnée plus haut), et un quasi maintien à +6,3 % du taux de croissance annuelle de l’encours de crédit

Cette nouvelle communication de la Banque de France n’indique pour l’instant aucun changement à venir dans les méthodes de calcul de la production de crédit et du taux d’usure. Les premiers baromètres des courtiers indiquent pourtant déjà des taux d’intérêt qui dépassent nettement les 2% pour les profils les moins aisés.