Impayés de loyers : pas de vague, mais des craintes

Les aides publiques ont permis de contenir les défaillances de locataires mais les Français sont sceptiques pour les prochains mois.
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Jusqu’ici tout va bien. En mars 2020, alors qu’ils se confinaient en urgence chez eux, beaucoup de ménages ont dû faire face à une baisse de leurs revenus. L’ampleur du chômage partiel a été telle qu’une augmentation des impayés de loyers semblait inévitable. Plus d’un an après, force est de constater que le tsunami n’a pas eu lieu tel qu’il était redouté.

« Le nombre de sollicitations pour des impayés a chuté pendant le premier confinement du fait de la sidération générale. En revanche, nous avons connu un pic de demandes dès le mois de mai », a expliqué Roselyne Conan, directrice générale de l’Agence nationale pour l’information sur le logement (Anil) lors d’une table-ronde organisée par le courtier en assurances immobilières Odealim.  

42 % des propriétaires et 57 % des locataires déclarent avoir rencontré des difficultés liées aux revenus ou au logement depuis le début de la crise sanitaire.

Nombre de consultations de l'Anil relatives aux impayés (de 2020 à 2021)

La stupeur du premier confinement explique en partie l’augmentation limitée des impayés au plus fort de la crise. Bloqués chez eux, les ménages ont accordé une importance primordiale à leur foyer et donc leur loyer afin de ne pas le perdre. Les aides publiques ont également joué leur rôle de matelas de sécurité, apportant des solutions aux locataires les plus en difficultés, en complément du prolongement de la trêve hivernale.

Les mois à venir pourraient changer la donne. Si l’Anil indique que le niveau des sollicitations retrouve progressivement son rythme habituel, l’agence relève toutefois une augmentation des demandes provenant du parc social depuis le début de l’année. De son côté, Arnaud Hacquart, président de l’agence digitale Immodirect, alertait dès le mois de janvier sur l’augmentation constatée dans son parc. De 1% avant la crise il est passé à 2% et surtout il ne redescend pas. Les Français sont également pessimistes sur la situation : 67% pensent que les impayés augmenteront dans les prochains, nous apprend une étude d’Harris Interactive pour Odealim (1).

Les Français anticipent une augmentation des impayés de loyers 

Source : Harris Interactive / Odealim

Des difficultés à venir pour les copropriétés ?

Le risque d’impayés ne concerne pas que les loyers. Les charges de copropriétés peuvent également souffrir de retards de paiements. Les Français l’ont bien compris et anticipent majoritairement leur augmentation (55%). « Les charges de copropriété sont souvent perçues comme une variable d’ajustement par les ménages », a expliqué Estelle Baron, directrice de projets chez Soliha, premier acteur associatif du secteur de l’amélioration de l’habitat. Le véritable de danger se situe à la levée des aides des ménages, ce qui lui fait craindre un « décalage des difficultés à 2022 ».

Que ce soit pour les charges de copropriété ou pour les loyers, Roselyne Conan a rappelé la nécessité de se mobiliser dès le premier mois de retard, que l’on soit locataire ou propriétaire. Ces derniers sont d’ailleurs quasiment unanimes sur l’utilité des assurances contre le risque d’impayés (88%) mais ne sont que 20% à en avoir souscrit une, relève l’étude d’Odealim. Elle souligne également que près des deux tiers des ménages estiment que les syndics de copropriétés doivent régler les factures des fournisseurs et prestataires de l’immeuble même en cas d’impayés de la part de certains propriétaires.  

Les Français favorables au transfert de risques

Les trois quarts des Français sont favorables à ce que les gérants de biens professionnels prennent le relai du locataire en cas d’impayés. Une volonté qui fait écho au mandat de sécurisation totale aux propriétaire bailleurs proposé par le député Mickaël Nogal (LREM).

(1) : Enquête réalisée en ligne du 08 au 10 juin 2021 aurpès d'un échantillon de 1.032 personnes représentatif des Français âgés de 18 ans et plus.