Crédit et protection des épargnants : le Royaume-Uni navigue entre ses contradictions

L'Agefi Quotidien
S’il encadre plus sévèrement le paiement fractionné, le gouvernement britannique encourage de l’autre main à desserrer les contraintes sur le crédit immobilier.

L’annonce de la Banque d’Angleterre (BoE) ce lundi 20 juin a de quoi surprendre : en pleine remontée des taux, son comité de politique financière a décidé de relâcher les contraintes pesant sur l’accès au crédit immobilier. Les tests de solvabilité imposés depuis 2014 aux épargnants outre-Manche pour se voir accorder un prêt hypothécaire ne seront plus une obligation à compter du premier août.

Pression politique 

Un choix qui semble dicté par la volonté politique d’encourager l’accession à la propriété, alors que les prix de l’immobilier au Royaume-Uni ont connu une envolée à deux chiffres, pointent plusieurs observateurs. L’économiste Charles Goodhart, ancien membre du comité de politique monétaire de la BoE, s’est ainsi ému auprès de l’agence Bloomberg d’une «décision très étrange» . «Si l’on veut agir de manière contracyclique, il faudrait plutôt resserrer les contraintes en matière de solvabilité», juge-t-il.

De là à dire que la BoE est «sous pression politique» ? Le Premier ministre Boris Johnson n’a pas caché, depuis 2019, son intention de promouvoir l’accès le plus large possible à la propriété pour les ménages britanniques. Depuis que le scandale du «Partygate» a été révélé dans la presse - le gouvernement ayant organisé des apéritifs clandestins au 10 Downing Street en plein confinement – «BoJo», comme le surnomment les Britanniques, a donné un coup d’accélérateur à cette politique en vue de faire oublier ses frasques.

Vigilance renforcée pour le BNPL

Au détriment de la protection des consommateurs ? Les largesses du régulateur britannique en matière de crédit à l’habitat contrastent étrangement avec sa sévérité vis-à-vis des nouveaux acteurs du crédit à la consommation. Ironie du calendrier, le gouvernement britannique a publié ce lundi 20 juin son plan en matière d’encadrement du «Buy Now Pay Later», ou paiement fractionné en français. Une première législation, qui sera présentée d’ici la fin de l’année 2022 avant d’être complétée à la mi-2023, imposera à ces acteurs de pratiquer «une vérification de la solvabilité» de leurs clients, de «s’assurer que les prêts sont supportables» et les contraindra à présenter «des publicités justes, claires et non trompeuses».

Les acteurs du BNPL, qui se trouvent également dans le viseur de la Commission européenne avec son projet de directive sur le crédit à la consommation, devront être agréés outre-Manche par l’autorité de supervision bancaire, la FCA (Financial Conduct Authority). Cette dernière se montre préoccupée par la fragilité financière des emprunteurs britanniques. Fait rare, elle s’est fendue il y a quelques jours d’une lettre à quelque 3.500 patrons de banques et sociétés financières pour leur demander d’accompagner leurs clients en difficulté face à l’inflation galopante. Elle a notamment demandé aux acteurs du crédit à la consommation, y compris aux acteurs encore non régulés du BNPL, une vigilance accrue quant à la capacité de remboursement de leurs clients.

«En imposant au Buy Now Pay Later des normes aussi élevées que pour les autres prêts et formes de crédit, nous protégeons les consommateurs et favorisons la croissance sûre de ce marché innovant au Royaume-Uni», s’est félicité dans un communiqué le secrétaire économique au Trésor John Glen. Des normes qui semblent tout de même à géométrie variable pour le crédit immobilier.