Réforme des retraites

Une aubaine pour la gestion de patrimoine ?

Karl Toussaint du Wast, co-fondateur de Netinvestissement.fr revient sur l'intérêt de la réforme des retraites pour l'industrie de la gestion de patrimoine
PER, assurance vie, immobilier à crédit ou au comptant en LMNP, les solutions pour préparer sa retraite sont multiples
Karl Toussaint du Wast

Plus de 750.000 actifs ont pris leur retraite en 2019, portant le nombre total de retraités à 17 millions, soit 24 % de la population française. En moins de 50 ans, le nombre de retraités en France a été multiplié par cinq (1). Si leur nombre a explosé, celui des actifs n’a lui pas autant progressé. De profonds décalages existent désormais dans les caisses de retraite, qui sont de plus en plus difficilement en mesure d’honorer convenablement les retraites des Français.

Il y a encore cinq ans, lorsque nous abordions le sujet de la préparation de la retraite avec un couple de quarantenaire, la réponse était souvent la même : « On a encore le temps… on verra cela plus tard ». La réforme des retraites est en marche et avec elle une prise de conscience de la part des Français de l’absolue nécessité d’anticiper et de préparer, par eux-mêmes, leurs « vieux jours ». Cependant, force est de constater que malgré cette prise de conscience, la majorité des Français n’épargnent pour autant pas davantage à proprement parler. Actuellement, les Français épargnent en moyenne 1.700 euros par an (2) pour préparer leur retraite et c’est en moyenne à 40 ans (2) qu’ils commencent à s’en préoccuper.

 

Réorienter l’épargne. S’ils n’épargnent pas forcément plus, ils peuvent en revanche réorienter une partie de leurs investissements sur des solutions spécifiquement dédiées à la retraite. Ainsi, une personne active, âgée de 45 ans, avec deux enfants et qui jusqu’à présent épargnait 500 € par mois, sera à présent davantage encline à réorienter 15 % à 25 % de son épargne sur des solutions prévues pour la retraite (3).

Bien évidemment, il faut prendre en considération la situation propre à chacun. Les plus aisés qui pourraient plus facilement débloquer une nouvelle épargne sont souvent les mêmes qui ont déjà mis en place des solutions en vue de leur retraite. Pour ces derniers, c’est surtout sur une meilleure orientation, vers les produits les plus appropriés, qu’il faudra travailler. À l’inverse, les foyers dont les revenus sont plus minces n’ont souvent pas les moyens de débloquer une nouvelle ligne d’épargne. Pour les conseillers en gestion de patrimoine français, il ne s’agit donc pas d’un match gagné d’avance. Ils devront notamment aller capter une population parfois moins fortunée qu’à leur habitude pour développer ce segment. Une population qui s’intéresse déjà au sujet…

Depuis septembre 2019, nous avons constaté une hausse de 30 % du nombre de demandes sur notre site, spécifiquement sur la retraite, par rapport aux périodes précédentes. Mais cette augmentation révèle d’abord une volonté des particuliers à vouloir « faire un point » et agir par anticipation.

En outre, nous observons un paradoxe entre cette prise de conscience rationnelle et le côté perçu comme « contraignant » de devoir épargner sur une solution bloquée jusqu’à sa retraite. Dans la très grande majorité des cas, les épargnants aiment rester libres de leurs choix dans le temps. Ils souhaitent pouvoir disposer à tout moment de tout ou partie de leur épargne. D’où le succès historique de l’assurance vie et du livret A.

Deux interrogations principales et récurrentes reviennent inlassablement aux oreilles des conseillers : « Combien aurai-je au moment de ma retraite ? » et « Quelles sont les meilleures solutions pour agir et anticiper au mieux ? »

S’il est malheureusement très difficile de répondre avec précision à la première question, tant les règles, exceptions, évolutions et changements de vie, de régime ou de caisses peuvent influer sur le résultat d’ici au jour du départ, nous savons en revanche, qu’en l’état actuel des choses, pour un actif âgé de 40 à 50 ans, la baisse de revenus sera comprise entre -40 % et -50 %, à minima (4), au moment du départ à la retraite.

Pour les conseillers en gestion de patrimoine, rappeler cette vérité à leurs clients tient du devoir de conseil.

 

Le PER. Heureusement, et pour répondre à la deuxième question fréquemment posée, de nombreuses solutions sont disponibles. Il existait déjà les plans d’épargne retraite dédiés : le PERP pour les salariés et le contrat Madelin pour les TNS (travailleurs non-salariés). Or, dans une volonté d’harmonisation et de simplification, la loi Pacte a donné naissance à un plan d’épargne unique et spécifique à la retraite : le PER.

Si le PER a conservé le même fonctionnement et les mêmes avantages que ses prédécesseurs il apporte notamment une nouveauté importante et qui avait tendance à « refroidir » quelque peu les épargnants : la possibilité de récupérer la totalité de l’épargne constituée en capital au moment de la retraite (5). En effet, si le PER reste un contrat d’épargne dédié et spécifique à la retraite, il peut être clôturé avant dans différents cas de force majeure : perte de droits au chômage, accidents de la vie, surendettement ou encore suite au décès du conjoint.

 

L’assurance vie. Malgré l’apparition de ce nouveau dispositif, les français continueront d’avoir massivement recours à l’assurance vie pour préparer leur retraite. Souple, liquide, évolutive et optimisée en termes de droits de succession, l’assurance vie n’impose (contrairement au PER) aucun versement annuel minimum. Elle peut être rachetée partiellement ou totalement à tout moment. De plus, avec la mise en place du prélèvement forfaitaire unique (PDU) ou « flat tax », sa fiscalité est devenue encore plus simple et transparente.

 

L’immobilier à crédit. L’autre solution privilégiée par les français pour préparer intelligemment leur retraite : l’immobilier évidemment ! Mais surtout l’immobilier à crédit. Aucun intérêt, en effet, d’acheter comptant et de se priver des taux historiquement bas. Les particuliers cherchent à se constituer un capital dans le temps grâce aux loyers et à « l’argent de la banque ». Une solution d’autant plus pertinente si l’on s’y prend à l’avance.

Ainsi, en 2020, grâce notamment aux taux d’emprunts très bas, il est possible de construire un plan de financement d’investissement immobilier dont l’échéance sera calibrée sur l’année de départ à la retraite avec une épargne de quelques centaines d’euros par mois seulement.

L’avantage du LMNP. A ce titre, l’investissement immobilier en location meublée non professionnelle (LMNP) dans des résidences gérées est actuellement l’une des solutions les mieux adaptées pour générer des revenus complémentaires en vue de la retraite.  Non seulement les loyers sont encadrés et détaillés au travers d’un bail commercial qui réduit considérablement les risques, mais surtout, grâce à une mécanique d’amortissement comptable, les loyers perçus ne sont pas imposables. Ainsi, en achetant en paiement comptant un bien en LMNP géré et en utilisant la mécanique de l’amortissement, on comptera 13 ans de loyers non imposables en moyenne !

Une solution couramment utilisée est de mettre en place différents supports d’épargne type PER ou assurance vie pendant la phase active. Au moment de la retraite, le capital constitué sur ces supports est alors débloqué (partiellement ou en totalité) et l’épargnant procède à l’acquisition, en paiement comptant, d’un ou plusieurs biens immobiliers en LMNP. Ce dernier touchera ensuite des loyers nets d’impôts avec un rendement compris entre 4 % et 5 % par an.

Pour les conseillers en gestion de patrimoine, le sujet de la retraite est beaucoup plus abordé avec leurs clients depuis peu. Cela ne représente pas forcément de nouvelles enveloppes d’épargne disponibles mais souvent des arbitrages de l’épargne sur des supports plus efficaces pour préparer au mieux la dernière partie de leur vie. Dans tous les cas, les CGP sont au premier rang pour aider les particuliers et les accompagner dans la mise en place de solutions adaptées. 

 

(1) Source : Insee.

(2) Données issues de l’analyse de Net-investissement à partir des données récoltées sur plus de 1.000 transactions/souscriptions réalisées sur le site en 2019.

(3) Chiffres extraits par Net-investissement sur près de 1.000 questionnaires KYC réalisés en 2019.

(4) Étude de la DREES de 2015 sur la retraite et l’impact à terme des baisses de revenus des retraités.

(5) Jusqu’à la création du PER, la sortie en capital sur les produits d’épargne retraite était plafonnée à seulement 20 %. Le reste étant versé sous forme de rente.