L’inévitable démocratisation de la gestion de patrimoine

Par Sébastien Barbe, président du directoire d'Arkea IS
Elle va de pair avec l’émergence du banquier privé « augmenté »
Sébastien Barbe, président du directoire d'Arkea IS

La démocratisation des solutions de gestion de patrimoine va se dessiner ces prochaines années : les niveaux d’épargne sont au plus haut et les taux d’intérêt au plus bas dans un contexte de besoin de financement complémentaire des retraites. 

Les taux d’intérêt réels vont rester durablement bas voire négatifs. Si les patrimoines élevés manient déjà l’effet de levier pour optimiser leurs rendements, les autres épargnants sont amenés à utiliser le crédit principalement pour de l’immobilier. Ils ont compris qu’avec des taux aussi faibles, s’endetter permet de s’enrichir à moyen terme. La démocratisation de l’épargne pourrait passer par la démocratisation de l’emprunt pour investir sur les autres produits d’épargne. 

En matière de véhicules de placement, les solutions d’investissement dans le non coté, déjà accessibles aux particuliers à fort pouvoir d’épargne, sont appelées à se diffuser dans les patrimoines plus « modestes ». Elles permettent de promouvoir des investissements de proximité, dans des entreprises dont l’activité parle aux épargnants. 

Les plans de soutiens étatiques ou des banques centrales, couplés aux politiques de transition écologique, injecteront d’importantes liquidités dans l’économie, qu’il faudra savoir capter avec des produits adaptés répondant aux préoccupations environnementales, territoriales et sociales des populations. Le financement de projets, locaux (PME et ETI) ou globaux (Green Bonds par exemple) apparaît comme une tendance de fond.

Le fonds en euro ne sera pas substitué par un produit unique mais par des solutions d’investissement simples et offrant des protections du capital. A l’épargnant d’allouer ces solutions selon son profil.

Face à ces choix, et pour gérer au mieux leur patrimoine en construction, ces épargnants peuvent déjà s’appuyer sur de nouveaux outils numériques (applications, robo advisors…) qui simplifient le parcours clients et la prise de décision, à moindre coûts. Mais les banquiers privés et gestionnaires de patrimoine devront inévitablement s’adapter à ces nouveaux clients et usages, en promouvant encore plus la gestion sous-mandat, qui a montré ses qualités ces dernières années, et en utilisant eux-aussi toujours plus d’outils numériques.

Le gestionnaire de patrimoine restera le décideur final, en appui de son client. Mais les briques logicielles mises à sa disposition feront de lui un « banquier privé augmenté » afin de prendre des décisions rapides et éclairées. Cette démocratisation ne doit toutefois pas faire oublier les règles de prudence, rendues encore plus indispensables dans un climat de chasse au rendement qui peut être créateur de bulle financière. 

La finance, qui a su se mobiliser en appui des Etats ces derniers mois, sort de la crise du Covid-19 avec une meilleure image que lors de la crise de 2008-2009. Elle doit s’appuyer sur ce capital confiance pour aborder au mieux ces cinq prochaines années et prendre part aux transitions en déployant les capitaux qui lui sont confiés pour impacter positivement la société.