Les banques peuvent créer les conditions pour une transition juste et performante

Isabelle Millat, responsable solutions d'investissement durable, activités de marchés Société Générale CIB

Au premier semestre 2021, la collecte des fonds ESG en Europe a dépassé celles des fonds non ESG (1). S’agit-il d’une nouvelle bulle ? D’un mouvement de mode éphémère ? A priori non. La finance durable bénéficie aujourd’hui d’une dynamique favorable, structurelle, inscrite dans la durée. Cela n’est pas le fruit du hasard.

Situées aux carrefours de l’économie, de la finance et de l’épargne, les grandes banques mondiales sont des acteurs importants de l’évolution vers une finance durable et à impact positif. Cela concerne bien sûr le climat, mais aussi les autres enjeux environnementaux et sociétaux. Dans un monde global et interconnecté, aborder les sujets séparément, en silo, ne fonctionne plus. Il faut une vision globale pour que la transition écologique soit juste, équitable et socialement acceptable. Cela représente certes un défi, mais surtout de nouvelles opportunités d’innovation, de conseils et de services auprès des différents acteurs. Pour apporter des solutions contribuant à la transition vers une économie durable, les banques sont ainsi en constante adaptation.

Le succès des fonds ESG s’explique par la capacité des gérants à utiliser les critères ESG au bénéfice de la performance durable, mais aussi par la volonté des épargnants et investisseurs institutionnels de contribuer à la protection de la planète et à l’économie réelle.

Les banques s’engagent pour permettre à leurs clients de financer un monde plus durable. Sans attendre l’entrée en vigueur des nouvelles réglementations, telles que le règlement Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) pour les sociétés de gestion et les assureurs en 2022, les banques ont déjà franchi plusieurs étapes structurantes. Dès 2015, plusieurs d’entre elles ont signé les principes de l’United Nations Environment Program – Financial Initiative (UNEP-FI ) pour la finance à impact positif puis en 2019 les Principes pour une Banque Responsable. Et en avril 2021, 43 banques représentant 23 pays se sont engagées pour la neutralité carbone en 2050, au travers de la Net Zero Banking Alliance.

Ces engagements sont utiles mais loin d’être suffisants. La clé du succès réside dans l’innovation et la création de produits adaptés aux besoins des entreprises et des investisseurs. L’histoire des banques est marquée par l’innovation. Elle nous permet aujourd’hui de concilier contraintes réglementaires et demandes de nos clients en cherchant à prendre en compte leurs enjeux ESG dans les solutions que nous proposons. Cela requiert la mise en œuvre de méthodologies rigoureuses permettant de concilier les critères économiques et financiers - savoir-faire historique des banques - et les impacts environnementaux et sociaux comme la réduction des émissions de CO2, la promotion des femmes dans les instances de direction ou la sécurité au travail. Innover nécessite également d’anticiper, de saisir de nouvelles tendances et de maîtriser de nouvelles thématiques, comme l’hydrogène vert, ou la transition juste.

Tous les métiers de la banque sont concernés. Le financement de projets avec la prise en compte de critères ESG dans le choix des investissements. Le crédit avec les émissions obligataires vertes ou sociales, qui impliquent un engagement à financer des projets durables et à impact positif, ou encore les obligations dont les taux d’intérêt sont indexés sur l’atteinte de critères ESG. La protection du risque, avec des produits structurés répondant aux besoins financiers spécifiques des investisseurs. La gestion d’actifs, avec le développement de gammes de fonds, dans toutes les classes d’actifs, intégrant dans leur processus de gestion des critères extra-financiers.

L'importance du conseil

Ces produits sont de plus en plus sur mesure et adaptés aux besoins financiers des clients et à leurs enjeux ESG.

Dans cette approche personnalisée, notre rôle de conseil devient premier. Non seulement pour apporter des solutions sur mesure, mais aussi pour aider nos clients à percevoir les nouveaux enjeux, se comparer à leurs pairs, comprendre les réglementations existantes ou en cours d’élaboration et les intégrer dans leurs stratégies financières.

Notre savoir-faire est crucial pour proposer une offre équilibrée conciliant rentabilité, risque économique et impact ESG, gage d’acceptabilité et de pérennité. Aujourd’hui, un produit très rentable dont l’impact ESG serait fortement négatif perd de son acceptabilité sociale. Mais à l’inverse, un produit à impact positif dont la rentabilité serait très faible voire négative serait-il en mesure d’attirer un volume significatif d’investissement ? Probablement pas. L’expertise et le savoir-faire de la banque prennent tout leur sens dans ce contexte.

Le métier de la banque va donc aujourd’hui bien au-delà de celui de gestionnaire d’épargne, de transformation financière et de financement de l’économie. Les solutions labellisées ESG permettent de sensibiliser et créer une dynamique, sans constituer une fin en soi. Il faut, in fine, viser la transformation de toute notre relation clients pour intégrer à leur bénéfice les dimensions de durabilité et de responsabilité, même si le produit n’a pas une « étiquette » ESG. Cet objectif donne à nos métiers leur sens et raison d’être.

(1) Selon l’observatoire Quantalys de juin 2021, en 2021, la collecte ESG s’élève à 118,13 milliards d'euros, soit 62% de la collecte totale réalisée. Au mois de Juin, les fonds ESG ont réalisé une collecte de 3,25 milliards d'euros tandis que les fonds non-ESG ont réalisé une collecte de 6,04 milliards d'euros.