Numérique

Et si les fintech n’étaient pas les ennemis des banques ?

Les fintech ont provoqué un véritable « Big Bang » pour les banques qui doivent faire face à une déferlante numérique
Mais face aux banques et aux fintech, se trouvent les GAFA et les BATX qui détruiront les acteurs trop petits et ceux n’ayant pas su innover
Adrien Perthame, directeur du développement chez Yseulis

Contraction de « finance » et de « technologie », les fintech représentent une véritable industrie à elles seules. Les technologies déployées ces dernières années ont fait naître une nouvelle industrie financière questionnant le monde de la gestion d’actifs, de la gestion de patrimoine, des établissements bancaires, mais aussi des professionnels salariés comme indépendants.
 Le domaine où elles provoquent le plus grand Big Bang est celui des banques. Après avoir traversé la crise de 2007, ces dernières doivent faire face à une déferlante numérique et une baisse drastique de leurs frais et de leurs commissions. L’un des moteurs de cette déferlante sont les fintech - mais aussi les leaders du numérique et de la télécommunication - qui cherchent à les contourner et à séduire les consommateurs en proposant des nouveaux modes de collaboration plus modernes et plus attractifs.
 Contrainte supplémentaire pour les banques, le Parlement européen, à travers la Directive DSP2 (1) a défini les conditions dans lesquelles les nouveaux acteurs du secteur peuvent se connecter aux comptes bancaires des consommateurs pour apporter leurs services. Cette méthode, qui porte le nom de screen scraping, est rentrée en vigueur le 13 janvier dernier et oblige les banques à construire des API gratuites, pour le moment limitées aux comptes de paiement.

Parts de marché dévorées. Seulement, les établissements financiers vivent sans difficultés depuis des décennies, sur leurs métiers de base qui sont les dépôts, les crédits, la protection, les paiements et le conseil financier. Qu’est ce qui a donc changé ? Nous avons d’un côté, les géants du numérique et de la télécommunication (Apple, Amazon, Orange...), et de l’autre, des fintech. Tous les deux viennent dévorer leur part de marché en proposant des services à coûts réduits et une nouvelle relation clientèle plus adaptée aux usages digitaux. Malgré cela, il faut comprendre que l’enjeu pour les banques n’est pas de changer de métier, mais de faire évoluer leurs procédures et services par l’innovation. C’est justement là la force des fintech : elles ont su identifier les besoins et comprendre les nouveaux comportements. Grâce à leur flexibilité, elles avancent rapidement, dépassant même de vraies entreprises expertes, dans des domaines bien spécifiques (courtage, placement financier, gestion des risques de change). 

Le danger des GAFA et BATX. Les fintech proposent donc à travers une réponse technologique, de nouvelles valeurs adaptées aux attentes et répondent à des cas d’usage. Mais l’objectif n’est pas de disrupter le milieu bancaire. Il est plutôt d’aider le client à avoir des meilleurs services à un coût moindre et de décupler l’efficacité des personnes réalisant des tâches d’exécution. Ces fintech, pour la plupart, devront s’associer aux banques, car leurs structures ne leur
permettent pas de devenir un seul et unique
leader sur le marché. Or, face aux banques et aux fintech, se trouvent les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) et les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) qui détruiront par leurs tailles et leur puissance financière, les acteurs trop petits et ceux n’ayant pas su innover. Banques et fintech sont donc encouragées à lier des partenariats et échanges pour dessiner une nouvelle relation triangulaire « banques, clients, fintech ».
 Un temps réticents, de plus en plus d’établissements financiers classiques voient le danger venir. La stratégie ayant changé, ils investissent dans l’innovation financière, en créant leur unité fintech, en rachetant un opérateur sur le marché ou en concluant des partenariats pour offrir des services spécialisés qu’ils ne pouvaient développer en interne. Il faudra donc que les banques infléchissent leur caractère universel pour se tourner vers l’agrégation de services tiers incarnée par les fintech. Car au final, ce sont par ces alliances que le premier concerné sera gagnant, c’est-à-dire le consommateur. Enfin, pour les professionnels de la gestion de patrimoine, ils verront dans ce rapprochement, un fournisseur plutôt que deux concurrents.


(1) Directive (UE) 2015/2366 du Parlement européen et du Conseil 25 novembre 2015.