Technologie

Blockchain ? Oui, mais encore ?

Avec cette technologie, le système est décentralisé et la confiance entre les parties repose sur des techniques cryptographiques avancées
La quatrième évolution amenée par la blockchain apporte le partage collaboratif et l’inaltérabilité.
DR, Philippe Arraou, Expert-comptable, Commissaire aux Comptes, Président du cabinet BDO France

Rares sont les conférences sur l’actualité où le mot de blockchain ne soit pas jeté à l’assistance. Peu savent en parler, et très peu savent de quoi il s’agit. Pour comprendre ce qu’est une « blockchain », il faut commencer par traduire le terme anglais, ce qui donne en bon français une « chaîne de blocks ». Cette technologie n’est rien d’autre qu’une suite de blocks liés entre eux. Une autre façon de la comprendre est le recours à la métaphore du livre, dans lequel chaque page est un bloc : prises individuellement les pages n’ont pas de sens, mais assemblées, elles forment une chaîne, et constituent un livre. La particularité de la blockchain est que chaque page est détenue par une ou différentes personnes. Ce morcellement de partage créé une chaîne entre les différents blocs, aucun d’entre eux ne pouvant exister isolément. Un véritable puzzle ! C’est une base de données infalsifiable et partagée en ligne, qui retrace un historique distribué de transactions ou d’échanges de données. Chaque transaction constitue un bloc, validé par les nœuds du réseau appelés
« les mineurs », visible par tous. 

Nouvelle sécurité. Une fois que le bloc est validé, il est horodaté et ajouté à la chaîne de blocs. L’avantage de cette technologie est qu’elle génère une forme nouvelle de sécurité : le système est décentralisé pour ne pas dire éclaté, et la confiance entre les parties repose sur des techniques cryptographiques avancées, à l’aide d’algorithmes. Chaque bloc est validé avant d’entrer dans la base partagée. Plus les acteurs sont nombreux et actifs, plus l’information est diluée, et moins il y a de risques, chacun jouant un rôle de vérificateur de la chaîne. Le tout repose néanmoins sur une règle fondamentale : que le registre soit infalsifiable. La blockchain peut ainsi être définie comme un registre actif, chronologique, distribué, vérifiable et protégé contre la falsification par un système de confiance répartie, ce qui suppose la participation d’un grand nombre d’acteurs non-coalisés. On peut répartir l’utilisation de la blockchain entre trois catégories :

- les applications pour le transfert d’actifs, essentiellement pour les opérations monétaires, bien connues avec le développement des crypto-monnaies, dont la fameuse Bitcoin ;
- les smart-contracts, nouvelles formes de contrats dits « intelligents » ;
- les opérations de registre, pour assurer une traçabilité.

 Ce dernier usage de registre est certainement celui qui va le plus révolutionner les habitudes. On parle aussi de « registre distribué », ou Distributed Ledger en anglais. Le législateur français par son Ordonnance du 28 avril 2016 la définit comme « un dispositif d’enregistrement électronique partagé ». C’est donc bel et bien une forme de registre, d’un type nouveau, entièrement technologique. Or le concept de registre est ancré dans les fondamentaux du commerce et de l’économie. L’opération d’enregistrement, qui n’est rien d’autre que l’inscription dans un registre, a évolué dans sa forme au rythme des évolutions technologiques de notre société qui l’ont rendue de plus en plus accessible et performante. Depuis l’invention du papier, puis de l’imprimerie, puis de l’informatique, on sait comment conserver une information, la partager et la diffuser,
y compris de manière dématérialisée. 

Trois technologies. La quatrième évolution amenée par la blockchain apporte le partage collaboratif et l’inaltérabilité. En effet, la technologie garantit que le registre est infalsifiable par une entrée unique des données. Il faut donc voir la blockchain comme un nouveau concept de registre et de conservation des données, à la condition cependant d’allier trois technologies : un système de partage en pair-à-pair sur un réseau, des algorithmes de validation des entrées écrites sur le registre, et des techniques de cryptographie avancées pour sécuriser les échanges de données ou les transactions. Leur combinaison crée une infrastructure qui génère de la confiance et permet de réaliser des échanges de valeur sans intermédiaire. La Banque Centrale du Royaume-Uni définit la blockchain comme « une technologie qui permet à des gens qui ne se connaissent pas les uns les autres de faire confiance ensemble à un registre d’événements partagés ». Nous voilà donc dans un nouveau monde, gouverné par la technologie