Investissements

Banquiers privés et family office : et si on parlait enfin startups ?

Charles Degand, co-fondateur d’Angelsquare.
Banquiers privés ou family office font aujourd’hui face à une demande nouvelle de leur clientèle, l’investissement dans les startups, dont la raison essentielle est générationnelle
Les banquiers privés face à l’urgence de diversification de leurs expertises et missions ont besoin de se faire accompagner par des acteurs professionnels du financement des startups

Pourtant plus traditionnellement tournés vers l’investissement en bourse, en immobilier ou encore en obligation publique, les clients des family office comme ceux des banquiers privés se montrent, depuis quelques années déjà, très demandeurs d’investissement dans les startups. Représentant plus de 20 % de la part totale des investissements des family office (1) en 2019, devant l’immobilier (17 %), le private equity est de plus en plus plébiscité par ces « familles ». Une tendance illustrée par la mutation récente du profil de clientèle de ces banquiers privés : plus jeune, plus entrepreneuse, en recherche d’un investissement porteur de sens et d’une performance potentielle, et donc naturellement plus sensible à l’écosystème entrepreneurial français et à ses opportunités. Une mutation imposante, de fait, à ces experts de la gestion de patrimoine de se transformer eux aussi pour attirer et fidéliser cette génération d’investisseurs porteuses d’aspirations nouvelles, et donc de se tourner davantage vers les startups et le potentiel qu’elles portent.

 

Les startups, nouveau fer de lance des gestionnaires de patrimoine. Qu’il s’agisse des banquiers privés comme des family office, dont les prérogatives demeurent sensiblement les mêmes, beaucoup font aujourd’hui face à une demande nouvelle de leur clientèle : l’investissement dans les startups. La raison essentielle ? Elle est générationnelle ! D’abord, parce que les clientèles des banques privées, plus généralement familiales, voient se succéder autant d’héritiers que de générations. Et les dernières, souvent « millenials » et biberonnées à l’entrepreneuriat, se trouvent aujourd’hui plus averties que leurs aînés sur l’écosystème startup dont la vague de succès ne leur a guère échappé ces dix dernières années. Ensuite, parce que cet écosystème en plein essor a lui-même donné naissance à une nouvelle génération d’investisseurs, venant gonfler les rangs de leurs clientèles : ce sont les start-uppeurs eux-mêmes, disposant d’un patrimoine financier pour le moins confortable après la revente avantageuse, pour les plus chanceux, de leurs structures. Ces derniers sont naturellement plus enclins à réinvestir cet argent dans les startups et le private equity, en soutien à un marché qu’ils connaissent. Et c’est une nouveauté pour ces gestionnaires qui, par souci de fidélisation et d’attractivité, se doivent désormais de répondre à ces demandes moins traditionnelles, si ce n’est même d’en formuler l’offre ! Demeure pourtant aujourd’hui encore un frein important à cette restructuration de leurs missions : les compétences.

 

Gestionnaires privés versus experts de l’amorçage : chacun son expertise ! 

L’investissement dans les startups demande une expertise spécifique et pointue, dont l’acquisition demande un travail dédié, approfondi et patient. De la maîtrise des secteurs, à l’évaluation de la pertinence du projet entrepreneurial, de sa performance, de ses entrepreneurs, jusqu’à la sélection des meilleurs et l’accompagnement sur la durée, l’analyse d’une startup à son niveau le plus balbutiant relève en effet d’un ADN dont ne disposent pas les banquiers privés et family offices. Et pour cause, concentrés sur les produits dont ils ont la maîtrise, entre l’analyse des cours de bourse et le conseil fiscal, il leur manque aujourd’hui cette brique devenue essentielle pour accompagner la transformation de leur clientèle comme celle de leur métier. Point nécessaire de s’en alarmer pour autant, si tant est qu’ils acceptent de s’entourer des experts ad hoc manœuvrant les outils et les process indispensables à l’identification des meilleurs projets entrepreneuriaux et seuls, du moins pour l’heure, en mesure de leur apporter cette complémentarité fondamentale à la satisfaction de ces nouveaux besoins en investissement. A l’image des business angels qui n’existaient que peu il y a une dizaine d’années, ces banquiers privés, face à l’urgence de diversification de leurs expertises et missions, ont plus que jamais besoin de se faire accompagner par des acteurs professionnels du financement des startups, afin de développer et proposer ensemble de nouvelles opportunités d’investissement, adaptées et porteuses d’un dynamisme économique cher au cœur de leurs clients-entrepreneurs.  

 

(1) Baromètre annuel de l’Association française du family Office, mars 2019