Les intermédiaires font main basse sur la gestion d'actifs outre-Manche

NewsManagers

Environ 150 décideurs concentrent aujourd'hui dans leurs mains les flux de souscriptions sur le marché britannique de la gestion d'actifs. Tel est le principal constat d'une étude conduite par The Economist Intelligence Unit pour le compte du cabinet de conseil Deloitte (« Seismic shifts in investment management : How will the industry respond ? »). « L'industrie de la gestion d'actifs au Royaume-Uni est à un tournant de son histoire, estime Andrew Power, associé chez Deloitte, cité dans l'étude. L'introduction de la ‘Retail Distribution Review' (une réglementation visant à davantage de transparence dans la rémunération du gestionnaire et du conseiller au bénéfice de l'investisseur final, NDLR) a abouti à un nombre limité de garde-barrière – environ 150 personnes – chez les conseillers financiers, les plateformes de distribution et les gestionnaires de fortune, attirant ainsi plus d'argent dans un nombre plus faible de fonds. »

L'étude pointe du doigt l'émergence de nouveaux modèles d'intermédiation et, en particulier, l'emprise exercée sur le marché par ce groupe restreint d'intermédiaires. « Les gestionnaires d'actifs qui ont historiquement contrôlé une part significative de la chaîne de valeur sont en danger alors que des plateformes, des gérants de fortune, des compagnies d'assurance et d'autres acteurs ont tous pour objectif de contrôler une part plus importante du gâteau, estiment les auteurs de l'étude. Dans de nombreux cas, ils contrôlent non seulement l'accès aux fonds mais ils utilisent aussi les mêmes critères pour leurs recommandations d'investissement », poursuivent-ils.

En standardisant de la sorte les critères de sélection de fonds et en lançant leurs propres fonds, ces intermédiaires sont devenus incontournables sur le marché britannique. « Cette situation engendre une concentration des flux de souscriptions et met la pression sur les coûts des fonds, avec beaucoup de gestionnaires d'actifs qui éprouvent des difficultés pour se différencier et justifier leurs commissions aux yeux de ces puissants nouveaux intermédiaires », observent les auteurs de l'étude. « Il y a eu une institutionnalisation du processus d'achat des fonds, regrette Phil Wagstaff, responsable de la distribution chez Henderson Global Investors, cité dans l'étude. Plus d'argent est désormais dans les mains d'un nombre plus petit d'acteurs [...]. L'année dernière, près de 90 % des souscriptions dans les fonds britanniques se sont orientées dix véhicules (fonds de fonds ou plateformes). »

L'étude souligne à quel point l'émergence des plateformes « a perturbé la distribution traditionnelle ». Au 31 mars 2014, elles affichaient ainsi 274,4 milliards de livres d'actifs sous administration. Les deux plus importantes d'entre elles – à savoir Cofunds de Legal & General et FundsNetwork de Fidelity – détiennent respectivement 23,9 % et 17,7 % du marché des plateformes britanniques.

Dans un tel contexte, « les gestionnaires d'actifs capables d'afficher des performances élevées continueront de prospérer et seront capables de bien facturer leurs fonds, estime Mark Ward, responsable de la gestion d'actifs chez Deloitte. Ceux ayant de faibles ou de médiocres performances seront dépassés par les fonds passifs (ou indiciels). Le résultat va probablement être une nouvelle phase de consolidation parmi les gestionnaires de fortune et les plateformes et une réduction du nombre de fonds. »