L'AMF va moderniser ses sytèmes informatiques de surveillance

Newsmanagers

Le régulateur français veut se moderniser. Face à la course aux nouvelles technologies, c'est par son système informatique que la bataille passera forcément. "Nous devons rester dans la course et, afin d'identifier les risques de demain, nous devons être capables de traiter le volume considérable de données auxquelles nous avons désormais accès grâce aux obligations de reporting issues des textes européens. (...) Nous avons donc décidé d'investir significativement sur les cinq prochaines années et de lancer deux programmes de modernisation de nos systèmes d'information. Le premier porte sur la surveillance des marchés et le second sur la gestion d'actifs", a déclaré Gérard Rameix, président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), à l'occasion de la présentation des voeux du régulateur à la presse.

Le premier programme, baptisé "ICY", qui doit être prononcé "I see why...", a été lancé officiellement ce 25 janvier. Ce nouvel outil de surveillance que l'AMF commence à développer en interne avec l'appui de la société Neurones, reposera sur des technologies de type "Big Data", qui permettent d'exploiter rapidement des données représentant des volumes importants et de nature diverse. A compter du second semestre 2017, ICY sera déployé progressivement afin d'être opérationnel pour recevoir les données MiFID 2 à compter du 3 janvier 2018.

A terme, l'AMF bénéficiera ainsi d'une capacité démultipliée de stockage et d'analyse croisée des données tout en profitant de fonctionnalités innovantes. L'AMF souhaite ainsi renforcer sa faculté d'examen en temps réel pour une plus grande réactivité, mais aussi améliorer la détection des abus de marché grâce à des outils d'intelligence artificielle comme l'apprentissage automatique ("machine learning"). Certains modèles de détection, pour les manipulations de cours par exemple, pourront être ajustés automatiquement avec ce type de technologie.

"Dans un contexte de marchés financiers de plus en plus automatisés et fragmentés, la détection des manquements d'initié ou des manipulations de marché nécessite des outils  sophistiqués et innovants qui sont en mesure de décrypter une information complexe et non structurée", précise Alexandra Givry, directrice de la division surveillance des marchés. La masse des données qui sera collectée demain par l'AMF est évaluée à 50 millions de messages par jour.

Gérard Rameix, dont le mandat arrive à terme cet été, a toutefois souligné que devant tous les défis à relever, la modernisation indispensable des systèmes d'information mais aussi de nouvelles missions confiées par le législateur et une plus grande mobilisation des équipes à l'international, "il ne faudrait pas que notre capacité à exercer nos missions soit obérée par un déséquilibre structurel et prolongé de nos finances".  De son point de vue, le mécanisme mis en place il y a quelques années de plafonnement des recettes des autorités publiques indépendantes comme l'AMF et de reversement de l'excédent au budget de l'Etat produit "des conséquences à mon sens très néfastes dans la durée". Gérard Rameix relève que depuis sa nomination en 2012, les comptes auront été "constamment déficitaires" et qu'en même temps, l'AMF a subi d'importants prélèvement sur ses réserves.

Dans ce contexte, "le maintien du plafond de recettes, fixé depuis trois ans, à 94 millions d'euros, n'est plus tenable dans le futur. D'une part, nous ne pouvons être durablement collecteur d'impôts pour le budget général de l'Etat. D'autre part, et surtout ces 94 millions sont inférieurs aux dépenses prévues à notre budget de telle sorte que si ce plafond n'est pas sensiblement relevé pour 2018, l'AMF devra réduire drastiquement ses dépenses et diminuer ses actions de régulation". Autrement dit, l'AMF souhaite avoir les moyens de ses ambitions, surtout au moment où la voix de la France dans les négociations en Europe peut prendre du volume dès lors que le régulateur britannique devrait progressivement se retirer du jeu...